Vaines agitations autour du candidat unique de l’opposition

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Vaines agitations autour du candidat unique de l’opposition

Un proche collaborateur de Georges Clemenceau venait de mourir. Un candidat à la succession lui dit: — “Je suis tout prêt à prendre sa place” – Entendu! Vous n’avez qu’à vous arranger avec les pompes funèbres!” (Georges Clemenceau)

 

            Dans son allocution “The Role of the Opposition in Parliament” prononcée devant l’Empire Club à Toronto, le 27 octobre 1949, John George Diefenbaker, le 13ème Premier ministre du Canada du 21 juin 1957 au 22 avril 1963, a abordé avec des détails à profusion la place de l’opposition dans la démocratie. “L’histoire nous prouve que la liberté s’évanouit toujours lorsqu’il n’y a plus de critique. L’opposition fait respecter et soutient les droits des minorités. Elle doit faire preuve de vigilance pour combattre l’oppression et l’empiètement injuste, par le Cabinet, sur les droits du peuple. Elle doit surveiller toutes les dépenses et s’opposer aux extravagances, en informant le public de tout gaspillage ou méfait encore pire. Elle décèle les erreurs, suggère des modifications, pose des questions et tire les choses au clair; elle éveille, informe et façonne l’opinion du public en lui permettant de s’exprimer et de voter. Elle doit suivre de près le moindre geste du gouvernement pour l’empêcher de court-circuiter la procédure démocratique comme les gouvernements se plaisent à le faire”, a-t-il conseillé. Une mission que rempli bon an mal an l’opposition togolaise, entendez le Collectif “Sauvons le Togo” et la coalition Arc-en-ciel. Mais, au-delà de tout, le mot “opposition” est un fourre-tout au Togo. Il est courant de voir des partis politiques aux affaires se réclamer encore de l’opposition. De même, tout quidam peut se lever et chercher à parler au nom de l’opposition. C’est ainsi qu’on a affaire dans le marigot politique togolais aux “opposants modérés“, “opposants radicaux“, “opposants lucides” ou “nouvelle opposition intelligente“…

            Depuis quelques temps, tout ce beau monde ne cesse de parler de la candidature unique de l’opposition à la présidentielle de 2015. Les faux, les vrais, les pêcheurs en eau trouble, tous montent au créneau pour appeler à l’union de l’opposition. Quel doit être le profil de ce candidat unique? Personne n’ose avancer le premier pion. Mais ce qui est drôle, c’est que la plupart de ces tribuns de la candidature unique de l’opposition, ne le font pas de bon cœur. Au lendemain des législatives du 25 juillet dernier par exemple, un chef de parti, tout en appelant à l’union de toute l’opposition, ne s’est pas empêché de contester la victoire de la Coalition Arc-en-ciel à Yoto devant la Cour Constitutionnelle.

            En effet, réduire le combat politique dans le cadre des prochaines échéances électorales au choix du candidat unique de l’opposition, c’est s’égarer complètement. Il faut se rappeler l’année 2005 avec le candidat Emmanuel Bob Akitani. Quoique ce choix ait reçu l’adhésion populaire, le miracle ne s’est pas produit. Ce n’est pas parce que l’opposition aura réussi à dégager un candidat unique, que Faure Gnassingbé et ses hommes videront le plancher. Au lieu de s’agiter autour du candidat unique de l’opposition, les partis de l’opposition ainsi que les organisations de la société civile doivent se battre pour l’effectivité des réformes institutionnelles et constitutionnelles, et la mise en œuvre totale  des recommandations des missions d’observation de l’Union européenne. Des réformes auxquelles, il faut nécessairement associer la grande muette puisque depuis le 14 avril 1967, le trône présidentiel est dans les casernes, bien protégé par les armes prêtes à tomber sur des êtres de chair et de sang qui veulent le récupérer.

                                                                                             

Zeus AZIADOUVO

Liberté N° 1586 du 27 novembre 2013

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