Une marrée humaine investit l’esplanade du Palais des Congrès de Lomé pour exiger la réintégration des députés

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 Les forces de l’ordre répriment une autre marche du FRAC à Sokodé

Tout comme le 9 novembre dernier, les militants et sympathisants du Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) étaient dans les rues de Lomé hier pour le même exercice, exiger le retour des neuf députés ANC arbitrairement révoqués du parlement. A cette occasion, les responsables du FRAC ont vigoureusement dénoncé l’attitude irresponsable de l’eurodéputé Louis Michel qui est venu selon eux, au Togo jouer au néo-colon en s’ingérant dans des affaires qu’il maîtrise à peine.

C’est au cri de « Louis Michel, démarcheur ! », « Louis Michel, mercenaire en col blanc !», « Louis Michel, ignorant certifié !», « Faure Gnassingbé dégage ! », que les militants et sympathisants de l’Alliance Nationale pour le Changement, (ANC), le Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR), l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) et Sursaut-Togo, constitués en Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC) et le Parti des Travailleurs ont battu le pavé hier pour faire entendre leurs voix dans le différend qui oppose le gouvernement togolais à neuf députés ANC, arbitrairement révoqués le 22 novembre 2010 du parlement au motif qu’ils auraient démissionné du parti sur la liste duquel ils auraient été élus.

Cette décision, jugée scandaleuse et inacceptable par les députés concernés, avait été attaquée par ces derniers devant l’Union Interparlementaire (UIP) et la Cour de justice de la CEDEAO. Toutes ces institutions, ont eu à dénoncer les conditions ubuesques dans lesquelles la démission est intervenue et exigé la réparation du préjudice causé aux neuf députés. Depuis lors, l’Etat togolais se montre très réticent à mettre en exécution les recommandations de ces institutions, surtout celles de la Cour de justice de la CEDEAO qui s’avère contraignante pour le régime togolais.

Cette situation est dénoncée par les formations politiques regroupées au sein du FRAC, qui ont hier, décidé de profiter de la tenue à Lomé de la 22ème session de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE pour se faire entendre de la communauté internationale.

Ils étaient plusieurs dizaines de milliers de personnes à prendre d’assaut l’esplanade du Palais des Congrès de Lomé, espace longtemps fermé aux militants de l’opposition, pour marquer leur désapprobation à la décision de renvoi des députés de l’Assemblée nationale et au refus de leur réintégration malgré les recommandations d’institutions respectables comme l’UIP et la Cour de justice de la CEDEAO. Le cas Louis Michel, eurodéputé et co-président de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE n’a pas été passé sous silence par les manifestants. « Quel mal les togolais ont-ils fait à Louis Michel pour mériter pareil traitement de sa part? », s’est interrogé le 1er Vice-président de l’ANC, Patrick Lawson. « La contribution de Louis Michel dans le sang versé par le peuple togolais en 2005 est grande », relève celui-ci.

Pendant ce temps, à Sokodé (400 km au nord de Lomé), avait lieu un incident symptomatique du refus du régime togolais d’avancer sur la voie de la démocratie et de l’Etat de droit. Dans cette ville du centre du Togo, une marche qui avait démarré au même moment que celle de Lomé a été sauvagement réprimée par les forces de l’ordre, faisant selon les informations, plusieurs blessés graves dans les rangs des militants du FRAC. «Toutes les formalités ont été effectuées et aucune objection n’a été signifiée aux manifestants, rapporte Patrick Lawson, mais les forces de sécurité ont chargé, faisant de nombreux blessés dont trois graves ». Des arrestations auraient été également effectuées, d’après les témoins, et parmi les appréhendés, le président fédéral de l’ANC, El Hadj Mourtala et l’un de ses collaborateurs. Ils ont cependant été relâchés peu après sous la pression des populations, nous a indiqué une source dans la région.

Jean-Pierre Fabre a dénoncé cette énième bavure commise par les autorités togolaises et a martelé que le retour des députés Anc sur les bancs du parlement ne souffre d’aucune incertitude. Si le gouvernement togolais se met à interpréter la décision de la Cour de justice de la CEDEAO, relève-t-il, c’est qu’il cherche à faire diversion et à gagner du temps pour masquer les dérives de la Cour Constitutionnelle qui, d’après lui, constitue le verrou intérieur qui garantit les fraudes du pouvoir en place tandis que Louis Michel, le « démarcheur », joue le rôle de verrou extérieur. « C’est l’habitude de Louis Michel, rappelle le patron de l’ANC. Nous le connaissons en détail et nous n’avons jamais raté l’occasion de signifier aux responsables de l’UE, ses comportements. Il a toujours joué le rôle de lobby du pouvoir RPT au niveau de Bruxelles et est connu comme tel si bien qu’il rase désormais les murs au sein de l’Union européenne  ».

Jean-Pierre Fabre a également annoncé avoir saisi de nouveau la Cour de justice de la CEDEAO en interprétation de sa décision.   Lire la déclaration du FRAC ayant sanctionné la marche.

O.A.

Liberté N° 1100 du jeudi 24 novembre 2011

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