Un système politique qui ne défend pas le bien-être des citoyens a perdu sa mission fondamentale

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Interview exclusive du Père Pierre Charnel AFOGNON

 

« Un système politique qui ne défend pas le bien-être des citoyens a perdu sa mission fondamentale »

 

Il y a quelques mois, à propos de la dégradation du climat social au Togo, vous avez adressé un courrier au chef de l’Etat. Qu’espérez-vous en envoyant cette lettre ?

J’espère d’abord un changement au niveau de la réalité socio politique du Togo afin que la vie humaine soit respectée et que  la violence gratuite, la violence liée à l’usage abusive des armes contre les citoyens s’arrêtent. Et que le Togo sorte du blocage, de tous ces conflits sociaux qui durent et qui entrainent finalement chez beaucoup de Togolais de la fatigue, de la dépression et un mal être grave et chronique qui fait que dans la sous région, nous n’avançons pas puisque tout développement suppose une certaine stabilité politique. Nous ne pouvons pas continuer comme cela où notre expertise, c’est simplement de porter atteinte  à la vie humaine et  aux droits humains. Un système politique qui ne défend pas le bien commun, c’est-à-dire le bien être de ses citoyens a perdu sa mission fondamentale.

Ne pensez-vous pas que vous êtes sortis de votre rôle de prêtre qui en principe doit rester neutre par rapport aux problèmes politiques ?

Ce n’est pas une question de neutralité. Je ne fais pas la politique politicienne. Je ne me présente pas pour être député. Je n’insulte pas une autorité. Je ne dis pas que tel parti politique est mauvais. Je suis en train de rappeler l’enseignement social de l’Eglise. Ce que Jésus a voulu, tel que le père l’a communiqué aux apôtres par la puissance de l’esprit saint que la traduction vivante de l’Eglise nous enseigne en matière de la politique, du social et de l’économie. Il suffit de lire les documents comme le catéchisme de l’Eglise Catholique, le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, … et pleins d’autres documents. Ce ne sont pas des avis personnels. C’est l’enseignement de l’Eglise catholique.

Avez-vous des craintes pour le pays à l’approche des élections législatives où le pouvoir ne veut pas aller au dialogue.

Quand dans une société, on bloque toute possibilité de dialogue et de négociation, on risque de s’exposer à ce que le philosophe anglais Thomas Hobbes appelle, l’Etat de nature où l’homme devient loup pour l’homme. L’homme, c’est sa capacité rationnelle et sa foi qui l’obligent à dialoguer, à donner ses points de vue, à accepter que moi seul je ne détiens pas toute la vérité, à partager le pouvoir, à accepter que le pouvoir n’est pas une propriété privée. Tout cela fait partie de la nature humaine. Mais quand tout se bloque à ce niveau, le risque c’est  de sombrer dans la violence. Et on l’a vu ailleurs, cette violence prend la forme de guerre. On ne doit pas attendre ça avant de parler. Le prophète ne doit pas avoir peur de parler. Je n’ai pas peur mais je dis que pour mon pays, il faudrait tout faire pour que la paix règne, une paix qui doit permettre le développement de ce petit pays qui est si cher à chacun de nous.

Votre intervention a été en quelque sorte une première. Quel message à l’endroit des autres prêtes et évêques ?

Je ne dirai pas une première. C’est parce que des gens ignorent un peu les enseignements de l’Eglise. Tout ce que j’ai dit, l’Eglise l’a prévu. La conférence des évêques du Togo par le passé a sorti pas mal de lettres. Si on  retourne à ces lettres, on trouve tout ce que j’ai dit. Je voudrais dire non seulement à l’endroit des prêtres et évêques mais aussi à l’endroit de tous les chrétiens, osons être prophète pour notre temps, osons témoigner de l’évangile, osons être la lumière pour notre monde et celle de notre terre, osons s’engager pour la paix, la justice et le développement de notre pays.

 

Interview réalisée par Bella D.

Le Correcteur N° 439

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