Répression des manifestations du 05 octobre dernier : le Colonel Yark a exposé ses « dessins animés »

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Répression des manifestations du 05 octobre dernier

Le Colonel  Yark a exposé ses « dessins animés »

Le Colonel Yark Damehame était devenu commentateur de film ou de dessins animés jeudi dernier. Les circonstances l’y obligeaient. Il n’était pas d’avis avec ceux qui l’accusent d’avoir réprimé les manifestations du 05 octobre dernier et comptaient le prouver à tout prix, images à l’appui. Selon son exposé, ce sont plutôt les manifestants qui ont provoqué les forces de l’ordre. Dépassés, ces derniers ont fini par les disperser. Même si la séance vidéo qui n’est qu’une infime partie de tout ce qui s’est passé sur le terrain présentait une scène isolée qu’il prétendait lui donner raison, il y a de quoi douter de l’authenticité de ces images qui, non seulement ont été tournées par un élément de la gendarmerie, mais aussi sont délibérément amputées de certaines parties clés.

Le  ministre de la Sécurité et de la Protection civile n’a pas apprécié les commentaires qui l’accusent d’avoir réprimé les manifestations du CST et de la Coalition Arc-en-ciel du 05 octobre dernier et a tenu à le faire savoir par le biais d’une conférence de presse organisée à son cabinet jeudi dernier. Mais cette fois-ci, le démenti n’a pas été que verbal, non. Il a été accompagné de preuve palpable. Laquelle ? Il s’agit  d’un film d’une vingtaine de minutes montrant des manifestants surexcités faces aux forces de l’ordre. Ces manifestants voulaient à tout prix emprunter un itinéraire interdit par les autorités, itinéraire qu’un important cordon de gendarmes et de policiers était chargé de boucler. Personne ne devait passer par là, encore moins un manifestant.

Justement, les manifestants, eux, ne l’entendaient pas de cette oreille. Ils voulaient passer par la trajectoire interdite, un point c’est tout. Trouver des forces de l’ordre en face d’eux pour les empêcher les énervait donc. Tous les moyens étaient bons pour les pousser à leur céder le passage. Très surchauffés, certains profèrent des insultes à l’endroit des forces de l’ordre tandis que d’autres tentent de leur arracher leurs matraques ainsi que ce qui leur servait à lancer les gaz lacrymogènes.  D’autres encore n’ont trouvé d’autres solutions que de crever les roues de trois véhicules de la Gendarmerie. Débordées par ce qu’ils appellent de « la provocation », les forces de l’ordre ouvrirent alors les hostilités en dispersant les manifestants à coups de matraques et de gaz lacrymogènes.

Toute personne à qui ces images seraient montrées ne pourra tirer qu’une et une seule conclusion : les manifestants ont provoqués les forces de l’ordre. Il ne peut en être autrement puisque c’est réellement ce que montre le film. Malheureusement, certaines parties du « cinéma » de Yark laissent planer des doutes sur son authenticité. Des témoins ont même déclaré que ce cinéma était monté et les acteurs ne sont d’autres personnes que les mêmes éléments de Yark en civil. Comme pour remonter à l’adage, tous les coups sont permis.

Un « cinéma » qui ne convint pas

Même s’il est indéniable, au vu des images qu’a montré le ministre Yark, que les manifestants ont quelque peu provoqué les forces de l’ordre,  il n’en demeure pas moins que certaines parties du film n’ont pas été convaincantes. Voilà pourquoi beaucoup de journalistes sont partis dubitatifs  de la conférence de presse et s’interrogent jusqu’alors sur la pertinence même de ce qu’ils ont vu.

Ces doutes sont d’autant plus fondés que d’après le ministre Yark, le film a été tourné par un élément des forces de l’ordre et de sécurité, donc un des leurs.  Quoi de plus normal qu’ils prennent soin d’enlever les parties qui ne les arrangent pas avant de les montrer aux journalistes. Sinon, comment comprendre que l’auteur de la vidéo ait pu filmer avec précision ceux qui provoquent les forces de l’ordre, mais n’ait pas été en mesure de montrer  d’autres faits marquant de la manifestation. Par exemple, juste après le déclenchement des hostilités, un homme s’est retrouvé à terre, blessé, le visage ensanglanté. Dans quelles circonstances cela est arrivé ? Le film de Yark ne nous l’avait pas montré. Dans la foulée des gaz lacrymogènes, le confrère Justin Anani  s’est également  retrouvé sur le sol, blessé. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Le cinéma de Yark ne l’a pas montré non plus. Au vu de tout cela, il y a de quoi émettre des doutes sur l’authenticité de ce montage grotesque.

Deux poids, deux mesures

Quand il s’agit de repérer les  manifestants de l’opposition provoquant les forces de l’ordre, les caméras de la gendarmerie filment bien. Mais quand il s’agit de filmer des choses qui n’arrangent pas le pouvoir, on ne les voit pas.

Le 15 septembre dernier, des miliciens proches du pouvoir armés de gourdins cloutés, machettes, haches et autres armes blanches ont empêché une marche du CST qui devait commencer par Adéwui, un quartier considéré comme fief du pouvoir. Ils ont blessé des dizaines de manifestants et causé des dégâts matériels. Tout ceci au nez et à la barbe des forces de l’ordre qui n’ont rien fait pour les en empêcher.

Certainement que le caméraman de la gendarmerie était sur le terrain ce jour là. Mais, lors de la conférence de presse qui a suivi ces événements d’une extrême gravité, aucune vidéo n’a été montrée aux hommes de médias pour leur expliquer la manière dont les choses se sont passées. Comme si les incidents du 15 septembre étaient moins graves que ceux du 05 octobre dernier.

Par ailleurs, le ministre de la Sécurité a promis mener des enquêtes pour arrêter ceux qui ont été à l’origine de ces forfaits. Plus d’un mois après, aucun résultat n’a encore été publié. Les investigations se poursuivent, dit le colonel Yark. De quelles investigations nous parle-t-on quand on sait qu’on peut aller capturer ces miliciens dans leurs maisons sans avoir à faire forcément des enquêtes. Puisqu’ils ont opéré à visages découverts et leurs photos se sont retrouvées sur internet.

Au lieu de chercher à tout prix à prouver que c’est les manifestants de l’opposition qui ont provoqué les forces de l’ordre, le ministre de la Sécurité ferait mieux de laisser les gens manifester librement. La loi sur les manifestations publiques leur donne ce droit. Cela épargnera le Colonel Yark du « cinéma » offert gratuitement en fin de semaine dernière. D’ailleurs, en laissant les gens marcher librement, le ministre ne sera plus accusé de quelque répression que ce soit pour chercher à se justifier.

Rodolph TOMEGAH

L’Indépendant express N° 232 du 16 Octobre 2012

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