Quel talent dans la bassesse à l’état pur !

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« Comme  Chef d’Etat deux choses lui avaient manqué : qu’il fut un chef ; qu’il eût un Etat » indiquait Charles de GAULE dans ses  Mémoires de guerre pour marteler le jugement fort réel des générations montantes sur la dimension chétive d’un politique français, Albert LEBRUN  dans le caractère d’homme d’Etat et rigoureusement plat dans les civilités républicaines. Il  fut l’auteur de la faillite de la IIIème République. Pour de GAULE, la morale déserte l’esprit et le cœur d’un homme politique quand ce qu’il porte en lui ne peut servir l’honneur de la collectivité nationale. Ainsi, il demeure dans une effroyable résidence de la bassesse.

Sous les Tropiques, la reproduction servile de ce jugement de l’histoire fait son costume de théâtre à l’homme de la forfaiture, porté et maintenu au pouvoir dans des conditions tout à fait détestables, avec des cérémonies d’adieu, des chants mortuaires et des larmes salées de tout un peuple. Dans le silence, le soupir d’un millier d’hommes froidement abattus déchire nos cœurs et maudit le fils du père, ses complices. Ils sont tous dans la réclusion à perpétuité, dans une prison à ciel ouvert au royaume de la démence. Leurs actes désadaptés et incongrus les situent dans l’isoloir exigu et lugubre de la chute de l’homme.  Leur ivresse immorale et leur folie libertine les jettent  au parc des curiosités historiques, au périphérique de l’Humanité. Ils sont une risée éternelle pour la communauté humaine, un modèle d’archaïsme des espèces disparues à interdire, même dans les mutations à rebours.

Dans le règne du non-sens, un conseil des ministres fait le choix à la taille de ses prouesses immondes en ordonnant l’exécution de la décision de la Cour d’Abuja à minima, dans une vacuité éthique, par un choix méprisant de ne payer que les dommages chiffrés. Or, la réparation des droits des députés ANC (Alliance Nationale pour le Changement) est le principal enjeu du gain du procès. Cette insalubrité étatique célébrée à un conseil des ministres au Togo n’est rien moins qu’une avarie morale. Elle arrose notre pays d’une puanteur gênante qui nous fait suffoquer d’indignité. Elle certifie la légende d’un Faure au fond des âges et d’un gouvernement aux balbiements d’australopithèques. Qui cherche à avilir la vérité, la justice devient ipso facto vil lui-même. Loin d’avaliser une attitude qui n’est d’aucun enseignement pour notre  jeunesse, d’aucune élévation, le peuple togolais se révolte. L’indignation nous verse dans la rue. Quel mérite un gouvernement a-t-il à vider toute une baignoire pour remplir un lavabo sous le prétexte ahurissant que les deux contenants sont en porcelaine ? Comment peut-on féconder le présent et la postérité en faisant le stupide pari d’écraser la vérité, la justice ? Dans ses Mémoires de jeune fille rangée, Simone de BEAUVOIR nous rappelle tout le sens que revêtent les modèles dans la construction de la personnalité : « Il me semblait que la terre n’aurait pas été habitable si je n’avais personne à admirer ». Les hommes politiques, les leaders déchus de leur statut d’homme par leur médiocrité et la sottise sont de véritables drames communautaires.

On ne construit pas une société sans se soumettre à l’exigence de diffuser des valeurs, des vertus, sans s’illustrer par l’éthique, sans forger le sens de l’honneur, de la justice dans la sensibilité collective. Ce sont les bons exemples que donnent les dirigeants des communautés qui font vite grandir ceux dont ils ont la charge de protéger. Dans les méandres de la bassesse, la classe dirigeante nous courbe la tête de honte et fourvoie notre jeunesse. Elle oublie qu’à la souveraineté nationale, nous avons promis à l’Humanité d’être des modèles de l’espérance. Le manque de respect de soi et des autres, de la vérité et de la justice ne fait pas un homme sérieux, encore moins un gouvernement.

Comment un gouvernement vidé de son étoffe, de sa valeur peut-il affronter avec responsabilité les problèmes d’un pays et réinventer avec de grandes ambitions le destin de la nation ?

La justice n’est-elle pas le centre de toutes les grandeurs humaines pour ainsi dire, une nécessité pour la cité ?

Quand elle vient  à manquer cruellement dans le comportement de la classe dirigeante, quelle attitude le peuple tout entier doit-il adopter ?

1) Principes moraux et rôles

Il serait fastidieux d’ouvrir le chantier de la réflexion sur ce sujet en parcourant de bout en bout toutes les thèses de ROUSSEAU à KANT en passant par VOLTAIRE, René Le SENNE… Mais, la substance morale qui dirige intelligemment l’action humaine et l’harmonie sociale, politique, économique s’énonce en une seule  phrase comme nous l’indique dans la Critique de la raison pratique Emmanuel KANT : « Et si tout le monde en faisait autant ? » La réponse à cette question doit présider à tous nos actes. C’est elle qui nous en donne l’approbation ou la réprobation, c’est-à-dire notre conscience morale. Le principe de notre action doit s’inscrire dans la protection de l’humain-patron, dans la valeur pour défendre la vie, promouvoir le développement humain, le progrès social, la qualité de notre environnement, la croissance économique, l’évolution de l’homme tout court. C’est pourquoi la société fonctionne à partir des donnés normatives où l’interdit et le permis, le profane et le sacré font, dans leur respect, des valeurs.

L’ensemble des formes de comportements qui unit les hommes dans une tradition commune telle que chaque conscience se le représente constitue la morale. Elle est assurée par le principe de socialisation. Les incartades et les violations appellent à des réparations, à des sanctions et parfois à l’auto-sanction comme par exemple des remords, des contritions, des pénitences. La morale est la source de l’équilibre social, psychologique qui assure la coexistence. C’est par la sensibilité morale que nous adhérons à la communauté, que nous reconnaissons autrui qui est notre «  indispensable complétude ».

Par nos actes désadaptés, malsains nous brisons notre appartenance communautaire pour tomber dans un état barbare et sauvage. Pour Jean-Paul SARTRE dans la théorie du regard, dans nos mauvais actes nous sommes saisis et embrigadés dans le regard de l’autre avec tout ce que cela comporte de déclassement, et le déclassement provoque une perte d’appartenance aux civilités. Il est ressenti dans la conscience individuelle des auteurs actes dramatiquement maladroits et pauvres en termes de honte. Encore faut-il avoir en soi sa valeur d’homme pour éprouver la honte.

Dans tous les cas, la bassesse est une pourriture de l’acte morale qui nous fait sortir de l’Humanité. C’est en cela que le viol d’une décision de la Cour communautaire de la CEDEAO par le gouvernement nous fait perdre fierté et dignité. La forfaiture à répétition, la violation assidue des Droits humains, le mépris de la justice ont convoyé la classe dirigeante dans  une dérégulation terrible des normes de la civilité au point que la plus méprisable des nations est la nôtre parce qu’elle n’a nulle espèce d’honneur et ne peut servir de modèle pour des générations montantes. Comme l’écrit Maurice BLANCHOT dans L’espace littéraire« Là où la légèreté nous est donnée, la gravité ne manque pas ».

2) De l’humiliation du peuple togolais

L’histoire n’a jamais  instruit le régime togolais. Perdu dans l’illusion de sa puissance, il croit qu’il peut disposer de la vie des citoyens comme il l’entend, pour sa propre survie. Cette étroitesse d’esprit du « club du petit » est dans une logique de provocation gratuite dont le point culminant est aujourd’hui le renvoi des députés de la nation de l’hémicycle. A ce sujet, le gain du procès contre l’Etat du Togo ne semble guère ramener le gouvernement au sens de la mesure. Son effervescence démentielle à trafiquer la vérité lui a fait perdre toute crédibilité. Ce gouvernement dans ces pratiques de barbare ivre provoque l’orage dans le ciel des cyclones immoraux qui ont porté le Prince sans couronne au pouvoir.

Le mépris des termes de la condamnation de la Cour, qui ordonne la réparation des droits des députés et à payer des dommages et intérêts pour la privation temporaire de la jouissance de leur mandat, est le triomphe de la sottise. Il mobilise toutes les énergies et les naïfs qui croyaient encore au masque d’une réconciliation initiée par le RPT, à la fin de l’impunité, aux vertus d’un dialogue sur mesure, aux excès de revendications de l’opposition. L’esprit corrompu du régime, excellent dans le tourbillon aveuglant du faux et du mensonge est encore, face au gain du procès, dans un principe de rêve, dans un pacte écervelé avec sa propre chute pour dire et faire ce qui ne pouvait jamais effleurer l’esprit des hommes dignes. Dans une illusion topologique dans sa caverne d’handicapé, le gouvernement togolais étale un voile de tristesse et de honte sur notre sensibilité nationale. Son rigoureux sectarisme est si effroyable que nous n’avons rien du tout à espérer de lui. Louis BOURDALQUE nous en donne raison lorsqu’il écrit dans Sermon sur la fausse conscience : « Un chemin étroit ne peut jamais avoir de proportion avec une conscience large ».

Pour appartenir à la communauté de la grandeur, le bon sens doit être toujours appliqué et bien appliqué aux choses de la vie. Le comble, dans le cas précis des êtres supposés être des hommes d’Etat encore au sentier perdu de la raison et de la morale, est qu’eux-mêmes ont démissionné de leur appartenance au statut d’homme.

Les grandes décisions des nations se forment d’elles-mêmes quand le destin des peuples est dans les poubelles de l’histoire. L’exaspération des Togolais a atteint le seuil de l’intolérance. C’est pour cette raison que tous les anonymes des défenseurs de la civilité, de la justice, des droits humains, de l’éthique et tous les indignés du Togo se joignent à l’ANC pour défendre la citoyenneté. Nous refusons unanimement l’esclavagisme d’Etat. Ce gouvernement ne peut plus nous soumettre à un breuvage des ordures, des injustices, de la forfaiture. Dans ce combat, nous nous inscrivons dans la durée. Nous devons flamber la lutte, garder le cratère incandescent de la mobilisation contre la délinquance des petites gens aux calculs véreux à la tête de notre pays bien-aimé. Il est un bien commun à défendre avec âpreté et collectivement. C’est ce devoir qui nous rallie et qui allume l’effervescence populaire contre l’injustice parce que nous tenons à donner à ce pays que nous avons en partage la vraie dimension républicaine. Ceux qui sont enchevêtrés par la mauvaise foi, l’illusion des temps et des lieux sans principe  de réalité n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Les bases de la justice sont toujours le socle des grands rassemblements. Le pouvoir, dans son choix sélectif d’exécuter la condamnation du procès d’Abuja en faveur de l’ANC, fournit des grains et de l’énergie gratuits au moulin de l’opposition. Le peuple martyrisé, privé de toute assistance  de la part du gouvernement, dans ses réclamations de justice sociale, forme une cuirasse autour du FRAC capable d’ouvrir le boulevard de la dignité à notre pays et le réinventer admirablement. Aucun régime ne saura un  jour tomber en dessous de l’esprit corrompu du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais) ancienne comme nouvelle formule avec le « club du petit » dans notre pays.

3) Les conditions objectives d’un vrai changement

Les peuples du monde sont en éveil pour rejeter définitivement le mépris, les abus du pouvoir et toutes les formes de dictature. Aucun peuple ne sait encore attendre son avenir comme on attend le train dans une gare. La soumission à l’injustice est une complicité active parce que renoncer à ses droits sous la pression des criminels est une prime à l’encouragement et à la floraison de toutes les défiances, de toutes les dérives.

Travestir la vérité, tronquer la justice à des fins de domination est un esclavagisme qui met en état de révolte la volonté populaire. La sensibilité mondiale est en situation de soutien à toutes les réclamations populaires. L’aval des grandes nations pour les droits sociaux et humains se disqualifierait en sériant les peuples dans leurs réclamations. Ces nations savent qu’elles sont terriblement redevables aux pays qui sont écrasés sous le joug des tyrans. Longtemps, elles ont fermé les yeux sur leurs excès, leurs brimades, leurs crimes et en ont fait presque la promotion au travers de leurs systèmes de profit et de collaboration. Mais, les populations elles-mêmes font d’énormes sacrifices pour se dégager de l’étau des tyrans et se révoltent contre les puissances qui mettent des bandeaux sur les yeux pour des amitiés, on ne sait lesquelles, au nom desquelles trépassent des générations d’hommes et de femmes. Comme les tyrans s’interdisent toutes les mutations dans le respect des forces émergentes, dans la coexistence des partis politiques et des forces nouvelles, ils sont si raides dans la volonté de museler le cours de l’histoire que le principe de réalité devient une évidence à laquelle adhèrent tous les retardataires. Ils ont compris Winston Léonard Spencer CHURCHILL, prix Nobel de la littérature en 1953, deux fois Premier ministre en Grande Bretagne qui disait : « Nous devons prendre le changement par la main sinon, il nous prendra par la gorge ».

Au Togo, les lois, les institutions, les accords multiples, la justice qui devraient amorcer le changement sont toujours noyés dans les flots du mensonge et de la barbarie. Mais, la détermination de ces jours-ci refait promptement une réhabilitation de la conscience populaire et le gain de la victoire est entre la main du peuple. Le parfum d’une République au sens noble du terme est diffus dans les sueurs qui perlent au front de toutes les forces rassemblées contre la négation de la justice. Nul n’est capable d’étouffer pour longtemps les vraies aspirations d’un peuple. C’est en cela que l’espoir doit se nourrir de notre volonté ferme à combattre les insalubrités morales, les bassesses pour donner une chance à la renaissance de notre pays.

Que personne ne se trompe. La dynastie des GNASSINGBE n’a ni étoffe, ni décence, ni raison, ni l’âme de la sagesse pour choisir d’elle-même les mutations responsables pour un nouvel horizon tant espéré. Les simagrées des porte-voix du régime dans un machin de réconciliation et dans ce bidule de CPDC (Cadre Permanent de Dialogue et de Concertation) nous édifient davantage. Seul le feu de l’adversité et la mise en situation de danger font des sillons pour évincer les Prédateurs du Togo.

L’enjeu principal au Togo est la reconstruction de notre pays. Ce chantier ne peut s’accomplir sans la restauration de la justice qu’est la source des grandes valeurs dans la construction de l’homme togolais et son avenir. Et si tous les justiciables choisissaient à loisir de dépouiller les décisions de justice, de se soumettre aux condamnations subsidiaires, de mépriser et de rejeter tout ce qu’ils trouveraient absolument contraignant dans les réparations ordonnées par un tribunal de renom, responsable et droit, qu’adviendrait –il dans notre société, dans notre cité ?

Il est clair que par ses multiples violations et viols, par ses barbaries et son mépris souverain de la justice, le RPT a détruit le socle de la personnalité togolaise et les fondements de notre République. Le combat pour la nouvelle République, le nouveau type d’homme togolais est recentré autour de l’ANC et ses amis au nom de la justice. L’adhésion massive des Togolais à cet idéal nous fait dire, comme Léon BLUM dans A l’échelle humaine : «Toute classe dirigeante qui ne peut maintenir sa cohésion qu’à condition de ne pas agir, qui ne peut durer qu’à condition de ne pas changer, qui n’est pas capable ni de s’adapter au cours des évènements ni d’employer la force fraîche des générations montantes, est condamnée à disparaître dans l’histoire ».

Didier Amah DOSSAVI

www.lalternative-togo.com

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