Monsieur le président, acceptez la limitation de votre mandat, le scrutin à deux tours et recherchez le consensus

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Organisation à pas de charge des élections à venir  :

nouvelle boucherie humaine analogue à celle d’avril 2005 en préparation pour le peuple Togolais

« Nous ferons tout pour que l’application des deux textes adoptés par l’Assemblée nationale n’intervienne pas. Le peuple togolais a tous les moyens à sa disposition pour agir. Nous avons une panoplie de moyens et si on nous pousse à l’insurrection, nous n’hésiterons pas », c’est ce qu’a déclaré lundi dernier Me Zeus Ajavon, coordonnateur du Collectif « Sauvons le Togo ». C’était au cours d’une conférence de presse annonçant l’organisation cette semaine de trois jours de marches suivies de sit-in à Lomé pour contraindre le pouvoir à l’abrogation immédiate et sans condition des deux lois relatives au découpage et au code électoral. Des déclarations qui obligent plusieurs observateurs à  prédire des lendemains mouvementés au Togo.

L’actualité  politique togolaise est dominée ces deux derniers mois par le débat autour de la préparation des élections législatives et locales prévues pour la fin de l’année 2012. Le pouvoir ayant refusé de débattre des questions se rapportant  aux réformes constitutionnelles et institutionnelles  préconisées par l’Accord Politique Global (APG) signé depuis octobre 2006 au Togo, a fait capoter tous les dialogues entre lui et l’opposition.  Le consensus recherché par les partenaires en développement notamment l’Union Européenne (UE) sur le cadre électoral étant devenu impossible, Faure Gnassingbé et son gouvernement ont révisé unilatéralement le code électoral pour ensuite le faire voter par l’Assemblée Nationale. Cette volonté du pouvoir de définir seul les contours de ces élections est  la résultante de la vive tension  au sein de la classe politique togolaise. Inévitablement, Faure Gnassingbé et son pouvoir risquent  de mettre le pays en ébullition s’ils persistent dans cette logique de passage en force. Car en face, ils ont un adversaire, le Collectif « Sauvons le Togo » déterminé à « empêcher par toutes  les voies et les moyens légaux, la tenue des mascarades d’élections législatives et locales que le gouvernement s’acharne à préparer à marche forcée, ainsi que toute mascarade électorale ultérieure au Togo ». Va-t-on vers une nouvelle boucherie humaine genre celle de 2005 au Togo ?

De la responsabilité de Faure Gnassingbé

La mascarade électorale organisée en 2005 et qui a consacré l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir a été émaillée d’incidents d’une rare violence que le Togo n’a jamais connue. C’était à une véritable boucherie humaine que les Togolais et l’ensemble de la communauté internationale ont assisté en avril 2005. Si le rapport de l’ONU parle de 500 Togolais abattus par l’Armée à la solde de la famille Gnassingbé, celui de la LTDH, estime à plus de 1000, le nombre de Togolais qui ont été sacrifiés et qui ont versé leur sang pour sauver la vérité des urnes. Mais la raison du plus « Faure » étant toujours la meilleure, cette armée a fini par installer le fils de Gnassingbé Eyadéma dans le fauteuil présidentiel tâché du sang de milliers de Togolais.

C’est dans l’optique de tourner cette page sombre de l’histoire du Togo et d’ouvrir le pays à la démocratie que l’ensemble de la communauté internationale a contraint tous les protagonistes de la crise togolaise au dialogue inter-togolais qui a difficilement accouché de l’Accord Politique Global le 20 aout 2006 à Lomé.  L’essentiel du contenu de cet accord est la mise en place des réformes institutionnelles et constitutionnelles, pour doter le pays d’organes de gestion et de textes fiables répondant aux normes démocratiques. Malheureusement, sept (7) ans après la signature de cet accord, rien n’a été fait pour sa mise en application. C’est toujours la Constitution tripatouillée et taillée sur mesure accordant à Gnassingbé Eyadéma et son successeur une présidence à vie qui continue de servir de loi fondamentale pour le Togo. A chaque fois que le débat sur les réformes s’est posé, le pouvoir RPT-UNIR  avance  toujours  des arguments saugrenus pour organiser sa fuite en avant. C’est dans cette même logique qu’ à l’ouverture des dialogues entre l’opposition parlementaire et le pouvoir à la Primature, Foli-Bazi Katari, deuxième vice-président du nouveau parti de Faure a trouvé que la priorité de l’heure était les législatives parce que le temps presse et qu’il n’était pas opportun de discuter  de la limitation du mandat présidentiel et du mode de scrutin. C’est d’ailleurs cette question qui a fait capoter  ce dialogue annoncé tambour battant et qui a obligé le pouvoir au présent coup de force dont l’issue risque d’être fatale pour le peuple. On note à travers toutes ses agitations et manœuvres que les tenants du pouvoir en l’occurrence le chef de l’Etat n’ont tiré aucune leçon des tueries qui ont marqué l’histoire du Togo en avril 2005.

Tout comme les frères Castro au Cuba ou la fratrie Kim Jong en Corée du nord, la famille Gnassingbé n’a que faire de l’ouverture du pays à la démocratie et donc à l’alternance. Sur toute la ligne, on sent que son seul souci est de protéger le pouvoir  considéré comme un héritage familial. Pour ce qui est des vies humaines, Faure semble dire à travers sa position actuelle dans le coup de force en préparation que c’est le dernier de ses soucis.

            Si non comment comprendre le renvoi des députés de l’opposition (ANC) du Parlement au moment même où on met en place une commission pour réconcilier les Togolais ? En tout cas, tout comme en 2005, l’histoire le tiendra responsable des conséquences qui pourront découler de ce énième coup de force électoral en préparation.

Olivier GLAKPE

Le Correcteur N° 350

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