27 Avril 2016 : Message à la Nation de Monsieur Jean-Pierre FABRE Président National de l’ANC, Chef de file de l’opposition

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Message à la Nation de Monsieur Jean-Pierre FABRE

Président National de l’ANC, Chef de file de l’opposition

A l’occasion de la commémoration

du 56ème anniversaire de l’Indépendance du Togo

le 27 Avril 2016

 

 

Mes Chers Compatriotes,

Le 27 avril, jour anniversaire de l’indépendance du Togo, est le symbole mémorable, inaltérable et indélébile de la naissance de la nation togolaise libre, indépendante et souveraine.

Que d’efforts déployés, que de sacrifices consentis, pour affranchir définitivement notre pays du joug colonial et de l’oppression, au terme d’une longue lutte politique. Que d’engagement, que de détermination et de persévérance pour apporter à toutes les générations des fils et des filles du Togo, l’espoir de construire l’avenir autour des valeurs de liberté, de justice, d’abnégation au travail et de respect de la dignité humaine, valeurs indissociables des principes de démocratie, d’Etat de droit et de bonne gouvernance. L’espoir de relever les défis du développement durable solidaire, de la prospérité partagée, du progrès social et de la sécurité pour tous. La promesse du rayonnement de la nouvelle République, qu’une plume d’inspiration divine baptisa ‘’l’or de l’humanité’’.

En nous inclinant avec déférence devant la mémoire des artisans, de tous les compagnons et de tous les martyrs de cette lutte héroïque et patriotique, nous saluons, tout particulièrement, le courage, la probité, la rigueur et la foi des pères de l’indépendance et fondateurs de notre nation. C’est en effet un devoir sacré pour tout citoyen, d’honorer la mémoire de Sylvanus Olympio et de ses compagnons, à l’occasion de la commémoration de la fête de l’indépendance du Togo, le 27 avril de chaque année. La nation reconnaissante, les portera un jour, assurément, au panthéon de l’histoire de notre pays. N’en déplaise à ceux qui ont tenté de gommer la symbolique du 27 avril et de rayer de l’histoire les héros à qui nous la devons.

Le 27 avril est donc pour nous, un moment de mémoire. Un moment unique, solennel et très particulier. Un moment où nos regards oscillent de notre passé vers notre avenir, en explorant attentivement notre présent. Un moment de communion générale entre toutes les filles et tous les fils de notre pays où qu’ils se trouvent. Un moment extraordinaire de loyauté et d’engagement envers notre patrie.

Un moment que les Togolaises et les Togolais refusent et n’accepteront jamais de voir transformé, en une célébration de l’injustice et de l’arbitraire, du tribalisme et du népotisme, de la violence et de l’impunité, de la fraude électorale et du parjure, de la corruption et du pillage des ressources nationales, de l’imposture et de la forfaiture…

Mes chers compatriotes,

Aujourd’hui, 56 ans plus tard, notre pays ne cesse de s’enliser dans la pauvreté et la misère, sous le joug de la dictature du régime RPT/UNIR.

Les droits et libertés des citoyens continuent d’être menacés, voire confisqués. Des prisonniers politiques croupissent en prison malgré les appels et les décisions de justice demandant leur libération.

Le régime RPT/UNIR, qui se transmet le pouvoir de père en fils peut, en totale impunité, faire tirer à bout portant sur de jeunes élèves à Dapaong, écraser de jeunes manifestants sous les chenilles des chars d’assaut à Mango, au cours d’une manifestation publique pacifique.

Le régime RPT/UNIR peut ordonner la torture de citoyens arbitrairement détenus et falsifier un rapport de la CNDH établissant les crimes de torture ainsi commis.

Le régime RPT/UNIR, en violation flagrante de la Constitution et des lois en vigueur, dénie aux populations togolaises, le droit de choisir librement leurs représentants dans les conseils municipaux, préfectoraux et régionaux.

L’égalité des chances et l’équité sont loin d’être au rendez-vous. La jeunesse, confrontée à un chômage endémique et laissée à l’abandon, sans perspective et en détresse, est exposée aux graves dangers de l’extrémisme religieux et de l’immigration clandestine.

La protection de la jeune fille et la promotion de la femme restent encore des vœux pieux tandis que la nécessaire autonomisation de la femme togolaise fait place à une instrumentalisation politicienne, avec des initiatives incongrues, menées tambours battant à la veille des scrutins pour pousser les bénéficiaires à un endettement forcé et insoutenable, avant de disparaitre subitement pour réapparaître à la veille d’une autre échéance électorale.

Les étudiants, les travailleurs de tous les secteurs y compris les militaires, policiers, gendarmes, gardiens de préfecture et gardes forestiers, revendiquent en vain des conditions de vie décentes, des conditions de travail et d’études adéquates.

Les laborieuses populations, qui manquent d’eau potable, d’énergie, de services de base en matière d’éducation, de santé, d’assainissement et d’hygiène, sont plus que jamais exposées sans aucune protection à toutes les catastrophes.

La corruption, les détournements de deniers publics et la gabegie ne font pas de quartier à la misère, à la pauvreté et au dénuement des populations spoliées, exploitées et exsangues, au point que le Chef de l’État finit par avouer lui-même que ‘’seule une minorité s’accapare des richesses nationales’’.

En somme, à sa naissance voilà plus de 56 ans, notre nation, qui était promise à tant de rêves et d’espoirs, est prise en otage dès le 13 janvier 1963, et voit son destin brisé, son avenir compromis. C’est dire que depuis l’assassinat de Sylvanus Olympio et la confiscation du pouvoir par la force et dans le sang, notre pays a sombré dans une dictature implacable avec comme corollaires, des violations massives et répétées des droits de l’homme et le piétinement systématique des valeurs de l’Etat de droit. Une situation qui a valu des sanctions économiques au Togo mais qui n’a jamais été résorbée malgré toutes les pressions intérieures et extérieures.

Au contraire, le régime en place depuis des décennies, se refuse à toute réforme structurante au plan politique et électoral, à toute mesure d’apaisement sociopolitique et continue de se maintenir indûment par la violence, par la terreur, par les coups de force électoraux.

Il y a en effet un an, les populations togolaises et le monde entier suivaient en direct sur les antennes de la radio et de la télévision nationales, le dernier coup de force électoral en date, perpétré par le régime RPT/UNIR. C’était à l’issue de l’élection présidentielle du 25 avril 2015.

Une fois encore, le choix majoritaire des électeurs et des électrices de notre pays a été confisqué et détourné au travers de résultats rocambolesques, contraires à la volonté populaire, prononcés nuitamment et imposés à tous. Des résultats préfabriqués, soutenus par rien moins qu’un arsenal d’achat des consciences et des responsabilités, un appareil de détournement des bulletins de vote et de bourrage des urnes, ainsi qu’un dispositif impressionnant de répression.

Mes chers compatriotes,

Au cours d’un point de presse le 20 avril dernier, j’ai expliqué et justifié en quoi les conditions ne sont pas réunies pour que je prenne part aux cérémonies officielles du 27 avril 2016, en ma qualité de Chef de file de l’opposition.

Votre présence à nos côtés pour célébrer dans la sobriété et la dignité, la fête de  l’Indépendance de notre pays, est plus que réconfortante car c’est ensemble que nous exigeons l’adoption et la mise en œuvre des  réformes politiques et électorales. C’est ensemble que nous exigeons l’organisation consensuelle d’élections locales honnêtes, équitables et transparentes. C’est ensemble que nous exigeons le rétablissement dans leurs droits des représentants de CAP 2015 à la CENI. C’est ensemble que nous exigeons la libération de tous les prisonniers politiques, le retour de tous les Togolais contraints à l’exil, la fin des persécutions et de la terreur, notamment, à Mango, à Dapaong et à Agoènyivé.

À cet égard, je ne cesserai d’appeler le Chef de l’Etat à ses responsabilités. Il y va de l’apaisement du climat sociopolitique dans le pays. Il y va de la paix et de la quiétude au sein des populations togolaises.

Mes chers compatriotes,

Je voudrais, au nom du Bureau National et en mon nom personnel, renouveler à vous tous, nos remerciements pour votre confiance et vous exprimer notre reconnaissance pour la ténacité et la constance qui sont toujours les vôtres. Vous pouvez compter sur moi autant que je compte sur vous.

Comme vous le savez, notre aspiration profonde et légitime à l’ANC, est de voir le Togo, après ces longues années d’errements, s’engager enfin sur le chemin d’une véritable démocratie et d’un développement solidaire. Je sais à quel point vous partagez ces objectifs qui sont précisément l’objet de notre lutte commune. Cette lutte, nous l’avons entreprise ensemble. C’est ensemble et la tête haute que nous la finirons. Nous ne baisserons jamais les bras.

Je vous invite par conséquent, à la vigilance et à la mobilisation de tous les instants, aux côtés de l’ANC et de CAP 2015, pour revendiquer et obtenir l’alternance et le changement qui doivent ouvrir pour notre pays les meilleures opportunités de développement et d’emploi, de progrès social et de prospérité, de bien être et de sécurité.

Vive la liberté

Vive le Togo indépendant et souverain.

Ablodé, Ablodé, Ablodé Gbadja

Lomé, le 26 avril 2016

Jean-Pierre FABRE

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