Manipulation, accusations fantaisistes, mensonge…

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Le dernier acte de la tragicomédie joué par le Colonel Yark Daméhame

Manipulation, accusations fantaisistes, mensonge…

 

« Connaissant les habitudes de la maison, ces temps-ci sont sans doute mis à profit pour parfaire la stratégie. Les chimistes (sic) du Droit seraient en train de réfléchir dans les laboratoires secrets du pouvoir, aux chefs d’accusation à leur coller, qui seraient les moins invraisemblables et scandaleux possibles. Surtout que dans la foulée, quelques quidams ont été aussi interpellés, que l’opinion togolaise ne soit pas étonnée qu’un de ces quatre, au cours du journal de 20 heures, la TVT montre un groupe d’individus se réclamant militants du CST et disant avoir été instrumentalisés par ses premiers responsables pour mettre le feu aux deux marchés. Ou un scénario similaire. Ces aveux (sic) auraient légitimé la mise aux arrêts des responsables du Collectif, et ainsi leur sort serait scellé à jamais », écrivions-nous dans la parution N°1372 du 15 janvier dernier, soit 72 heures après la survenue de l’incendie du grand marché de Lomé, sous le titre « Incendie des grands marchés de Kara et de Lomé / Des manœuvres dilatoires du pouvoir pour faire porter le chapeau aux responsables du CST et décapiter le Collectif ». Nous ne croyions pas si bien dire. Comme un présage, ce scénario prévu est en train d’être respecté à la lettre.

Ultime acte de la tragicomédie

L’acte ultime de la tragicomédie a été joué vendredi. D’abord au cabinet du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, puis sur la Télévision togolaise. En effet le Col Yark Daméhame organisait ce jour une conférence de presse au cours de laquelle il a rendu publics « les éléments de l’enquête ». Plutôt chargé les coupables tout désignés par le pouvoir et ses caisses de résonnance avant même l’ouverture des enquêtes, c’est-à-dire les militants et leaders des partis phare du Collectif « Sauvons le Togo », l’Alliance nationale pour le changement (Anc), l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts), l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (Addi). « M. Manty est activement recherché aujourd’hui…Tous ceux qui composent le CST ont participé à ces opérations. Parmi les jeunes interpellés, il y a un à qui M. Adja a demandé d’incendier des stations d’essence. Ils se sont arrêtés à un million de franc. Naturellement le premier responsable du parti OBUTS, c’est Agbéyomé Kodjo, c’est pourquoi il a été demandé la levée de son immunité. Son degré de responsabilité sera déterminé par la justice », a argué le ministre« Entre le 5 et 8 janvier, deux importantes réunions ont été tenues au siège de l’ANC. Au cours de ces réunions auxquelles ont participé Alphonse Kpogo, Jean Eklou, M. Adja lors desquelles a été décidé ce qu’il fallait faire pour attaquer certains points sensibles de notre pays. Des cocktails Molotov ont été entreposés au siège de l’Anc, des bidons d’essence et des bombes artisanales ont été entreposés dans le bâtiment du Grand marché avec la complicité de certains gardiens. Certains ont été interpellés, d’autres sont en fuite », a ajouté Yark Daméhame.

Le commun des Togolais devrait s’attendre à être convaincu de la culpabilité de ces coupables (sic) tout désignés. Mais l’argumentation laissait tout simplement à désirer. Le ministre parle même d’une « préparation mystique » des exécutants à 20 heures avant l’heure H. On retiendra que toute l’implication du leader de l’Obuts, Agbéyomé Kodjo est fondée sur des pseudos promesses faites aux jeunes activistes (sic) par son adjoint Gérard Adja. A une question d’un confrère pour comprendre la véritable implication de l’ancien Premier ministre, pour toute réponse, le ministre a laissé entendre que M. Adja a promis aux pseudos jeunes pyromanes de prendre de l’argent chez son patron pour les payer. Et cela a suffi pour inculper Agbéyomé Kodjo. Par contre le Col Yark Daméhame a presque pris la défense du militaire qui a tenté d’incendier une station d’essence du côté de l’aéroport de Lomé le lundi 14 janvier dernier. « Il voulait fumer sa cigarette…», a-t-il dardé. Tous les autres indices révélés et les questionnements pertinents du Cst qui donnent des pistes non négligeables sont simplement ignorés. C’est magique non ?

Le reste du scénario prévu a été exécuté sur la Télévision togolaise. Certains des 17 individus appréhendés ont avoué (sic) avoir été instrumentalisés par les leaders de l’Anc, de l’Obuts et de l’Addi pour incendier les marchés et autres infrastructures. Parmi eux, un jeune pseudo Sénégalais aussi du nom de Mohamed Loum qui a proprement chargé les leaders de l’opposition. Le dernier responsable cité est le député Manti de l’Anc.

Le CST (presque) décapité

« Tous ceux qui composent le CST ont participé à ces opérations », a laissé entendre le Col Yark Daméhame, et d’annoncer que « d’autres suspects seront interpellés dans les prochains jours ». Des propos qui annoncent simplement ce à quoi on devra s’attendre les heures et jours à venir. Gérard Adja, Agbéyomé Kodjo, Jean Eklu, Alphonse Kpogo sont déjà mis aux arrêts, mais le pouvoir ne s’arrêterait pas en si bon chemin. L’opinion ne devrait pas s’étonner si un de ces quatre matins, Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson, Mes Zeus Ajavon, Raphaël Kpandé-Adzaré ou Jil-Benoît Afangbédji et autres venaient à être appréhendés à leur tour. Déjà le chargé à la Communication de l’Anc Eric Dupuy est cité, mais ce dernier se dit serein. Les observateurs ont vu très tôt en l’arrestation précipitée de Gérard Adja une stratégie pour atteindre Agbéyomé Kodjo, et les faits leur ont donné raison. Il faut craindre que ce ne soit la même stratégie qui est mise en branle pour parvenir à Jean-Pierre Fabre.

Le Prince de la République est tout simplement en train de parvenir, par le mobile des incendies, à coincer ses « empêcheurs de mal gouverner et d’organiser les élections dans des conditions opaques », là où il avait échoué avec les arguments de dégradation des biens publics à la suite des manifestations de juin 2012. A l’époque les responsables du Cst dont Mes Zeus Ajavon, Kpandé-Adzaré, Agbéyomé Kodjo avaient été appréhendés avant d’être relâchés plus tard, sous l’effet des pressions diverses. Faure Gnassingbé est ainsi lentement mais sûrement, en train de vouloir décapiter le Collectif et casser la dynamique populaire qui l’empêche d’organiser des élections frauduleuses, avec l’arrestation de ses premiers responsables. Et au même moment, le pouvoir accélère les préparatifs des élections. Cette stratégie va de paire avec un certain travail de sape au sein de l’opinion. Les journalistes du pouvoir sont déployés en masse pour charger proprement le Cst et ses responsables et ainsi intoxiquer l’opinion nationale. Le même exercice, c’est le Premier ministre Arthème Ahoomey-Zunu qui l’a fait à l’international, à l’occasion de sa tournée en Europe. C’est cela la démocratie sous le Prince.

 

Tino Kossi

Liberté N° 1381 du 28 janvier 2013

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