Manifestations étouffées à Akparé, préfecture de l’Ogou

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Manifestations étouffées à Akparé, préfecture de l’Ogou

La preuve de plus de la propension à la corruption électorale du pouvoir de Faure Gnassingbé

 

Le ministre Yacoubou Hamadou n’avait pas dit la vérité, il avait tout simplement nié l’évidence. Son parti, l’Union pour la république (UNIR) a bel et bien utilisé la corruption électorale pour extorquer des suffrages aux législatives du 25 juillet dernier. Les populations d’Akparè l’ont confondu à travers les manifestations de protestation qu’elles ont organisées le mercredi 6 novembre dernier. A leurs protestations légitimes ont répondu matraques et arrestations, cela aussi relève des habitudes de la maison. On fait des promesses qu’on ne tient jamais, ou presque.

 

Marchandage électoral

Les populations des cantons d’Akparè et des environs n’en ont sans doute pas l’expérience. La déception qu’elles ressentent est devenue le lot quotidien de certaines populations dans d’autres régions du pays.  A chacun de faire son expérience avec le pouvoir de Faure Gnassingbé. Il nous est revenu que le mercredi 6 novembre dernier, jour de marché par ailleurs à Akparè, les jeunes gens des cantons ont décidé de manifester vivement contre la trahison et la malhonnêteté des candidats et responsables du parti de Faure Gnassingbé. Nos informations indiquent en substance que dans le cadre des législatives du 25 juillet dernier, les candidats UNIR ont instamment sollicité les suffrages des électeurs des cantons du voisinage contre des promesses fermes. Le courant électrique, l’eau courante, des routes modernes étaient entre autres la contrepartie offerte par UNIR.

Quatre mois après, rien de tout cela n’est visible dans la région. Promesses d’ivrogne, voilà à quoi ressemble la situation et La Fontaine avait bien écrit que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Pour avoir écouté et cru, les jeunes gens des cantons d’Akparè se sont retrouvés en dindons de la farce, déçus et vexés d’avoir été floués et utilisés comme de vulgaires et méprisables choses. Toute action appelant une réaction, les « dindons de la farce » ont choisi de montrer leur désaccord, mal leur en a pris. Des grenades lacrymogènes lancées à bout portant sur les manifestants, ainsi que le soulignent les témoignages, des coups de matraques, des courses-poursuites ainsi que des arrestations ont été les réponses apportées à leurs mouvements d’humeur par les autorités préfectorales. On signale en sus la fuite de plusieurs manifestants, les plus heureux, qui ont réussi à échapper à la rafle punitive.

 

Dagbati et Tsévié aussi

La situation d’Akparè n’est pas isolée. En plusieurs endroits du pays, la colère gronde pour la même raison des promesses électorales non tenues.  C’est le cas à Dagbati dans la préfecture de Vo et à Tsévié-ville.

Dagbati est un village naguère très enclavé de la préfecture de Vo. Le dénuement des populations entraînait un exode remarquable des habitants vers Lomé ou vers le Nigeria, le Bénin. Devenu village minier, des carrières de minerai ayant été ouvertes dans le village, l’espoir revient peu à peu mais cela est loin de changer la donne. Pour les législatives passées, la ministre Dogbé-Tomegah et ses camarades Menan et autres ont promis aux habitants de Dagbati le courant électrique contre les suffrages. Marché conclu et des poteaux devant servir à tirer les câbles du courant électrique ont été transportés et déposés çà et là dans le village. Quatre mois après les élections, le miracle du courant électrique ne s’est pas encore produit. Pis, les populations constatent sans rien y comprendre que les poteaux porteurs d’espoir et gages du marchandage électoral ont été ramassés et emportés.

Même scénario à Tsévié : à l’approche du scrutin législatif du 25 juillet dernier, les vieux poteaux d’éclairage public ont été remplacés par des nouveaux, signe que l’éclairage public qui a disparu depuis des lustres allait faire son retour. Mais les populations attendent en vain depuis le scrutin les lampes de l’éclairage public à Tsévié. Il leur faudra attendre encore, en vain peut-être pour toujours. Que dire des compatriotes d’Agou Agbladomé qui attendent depuis 2010 la réfection ou le bitumage des pistes qui desservent leur village ? Quid de toutes les autres régions du pays où les électeurs crédules ont échangé malgré eux leurs suffrages contre des promesses d’amélioration de leurs conditions de vie sans jamais pouvoir toucher du doigt ce qu’on leur a promis ?

La main dans le sac

Les manifestations d’Akparè ont le mérite de révéler aux yeux du Togo entier que le parti de Faure Gnassingbé recourt bel et bien à la corruption électorale au cours des rendez-vous électoraux. On aimerait bien voir la tête que M. Assouma, président de la cour constitutionnelle aurait faite en apprenant l’information des manifestations d’Akparè. En 2010, il avait opposé une fin de non recevoir à la plainte du candidat du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) au sujet des dons et libéralités que le candidat du RPT avait faits aux populations pendant la campagne électorale. Les événements d’Akparè révèlent si besoin est que cette pratique est une évidence et que c’est visiblement  le seul moyen dont dispose ce parti pour espérer obtenir des suffrages des populations.

Grâce aux populations d’Akparè et environs, la preuve est faite qu’en plus de violer la loi électorale qui interdit les dons et libéralités, le pouvoir de Faure Gnassingbé est incapable de tenir ses promesses. Double incapacité aussi : ce pouvoir ne peut pas servir des arguments pertinents pour convaincre les électeurs et en plus il ne peut pas tenir ses engagements, honorer ses promesses à l’égard des populations. Ainsi, le parti de Faure Gnassingbé est pris en flagrant délit de pratiques délictueuses, la main dans le sac pour parler relâché. De même, les cas signalés de  Dagbati et de Tsévié ne sont pas pour dire le contraire, ils permettent au contraire de soutenir et de réitérer l’évidence selon laquelle le système dont Faure Gnassingbé est la page d’accueil est si vomi  par les populations togolaises qu’il ne peut que recourir à la corruption et à l’escroquerie politique pour maintenir un statut hypothétique de parti majoritaire dans le pays.

Pratiques ignominieuses !

Peut-être a-t-on eu peur que l’exemple d’Akparè n’éveille des rancœurs jusque-là tues ici et là et on a utilisé la force brute pour étouffer les protestations. A ce jour, des jeunes de ce canton sont encore en cavale, certains ont quitté leurs postes de fonctionnaires pour se cacher ailleurs dans le pays. Leur mal : avoir réclamé que des promesses qu’on leur a faites soient tenues. Du coup, on peut toucher du doigt la gravité de telles pratiques dans un Etat qui se dit de droit.

C’est terriblement scandaleux et il faut bien admettre que ce serait un euphémisme que de dire que le pouvoir de Faure Gnassingbé est blâmable. Les objets du marchandage électoral sont curieusement des droits que la constitution reconnaît aux populations. L’électricité, l’eau courante, des routes modernes et la nourriture sont des droits que les populations dans un pays normal ne sauraient échanger contre leurs suffrages. C’est le devoir et la responsabilité du pouvoir politique de mettre toutes ces infrastructures et besoins à la disposition des populations. Si à Akparè, à Dagbati ou à Tsévié, il n’y a pas d’eau courante, de courant électrique ou autres, c’est au pouvoir de Faure Gnassingbé que revient la responsabilité. C’est parce que depuis près de 50 ans que ce pouvoir existe, de Gnassingbé Eyadèma à Faure Gnassingbé, les besoins vitaux des populations n’ont jamais été la préoccupation première du pouvoir. Des fortunes sont dépensées pour des futilités, pour le culte de la personnalité et pour l’entretien des réseaux de corruption, de trafic d’influences et de conservation du pouvoir illégitime mais on n’en réserve jamais suffisamment pour construire les routes, réaliser les adductions d’eau et d’électricité. Au lieu d’avoir honte pour ce manquement assez grave et de faire profil bas devant les populations, Faure Gnassingbé et les siens se déguisent en donneur de manne au cours des campagnes électorales, promettant ici et là monts et merveilles. Les promesses ne sont jamais tenues, non plus. Il en résulte une vaste arnaque politique pour laquelle les uns et les autres méritent bien un procès. Une question : les promesses ainsi faites, avec quel argent va-t-on les réaliser ? Avec les deniers publics ? Comble de l’impudeur politique !

Au total, la preuve est bien faite que le pouvoir de Faure Gnassingbé abuse impunément de la crédulité et de la confiance des populations, surtout en période électorale. Comme la justice est une aile marchante du pouvoir, rien ne les arrête et le crime continue d’être commis. Au grand malheur de toutes les victimes, de  Dagbati à Akparè en passant par Agou et Tsévié, la liste n’est pas exhaustive.

Nima Zara

 

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