Lutte contre l’insalubrité et le choléra. Le régime saisit-il ce malheur pour préparer les futures élections locales?

FacebookTwitterGoogle+

liberte-togo

Lutte contre l’insalubrité et le choléra

Le régime saisit-il ce malheur pour préparer les futures élections locales?

            Depuis quelques temps, une maladie qui a disparu dans beaucoup de pays en Afrique, vient de faire son retour cyclique au Togo: le Choléra. Et comme si le régime actuel cherchait une occasion pour se jeter dans sa précampagne pour les élections locales, un groupe de ministres délaissent leurs prérogatives pour se lancer dans un domaine qui n’est pas le leur, l’hygiène.

            Mercredi, un parterre de ministres était en mission d’information à l’endroit de la population, Administration territoriale, Enseignement supérieur et de la Recherche, Communication-Culture-Art-Formation civique, Commerce et petites et moyennes Entreprises, Environnement et Ressources forestières. Cinq ministres en mission sanitaire en apparence. Mais lorsqu’on fait un retour en arrière, on note que l’insalubrité de la capitale ne date pas d’hier et chaque année, la faux du choléra prélève son butin en vies humaines dans l’indifférence la plus totale des autres ministères. Subitement cette année, ils sortent de leur torpeur. Et bizarrement, la maladie pointe son nez à la veille des élections locales annoncées. L’empressement des autorités vis-à-vis du choléra serait-il lié à la prochaine échéance électorale?

            Le thème de la rencontre avec les cinq ministres a porté sur la gestion des ordures ménagères et des eaux usées domestiques. Depuis que les travaux de réfection des voies ont été lancés, ni les ministres, ni la mairie et la voirie n’ont daigné effectuer ne serait-ce qu’une seule sortie pour initier ce genre de rencontres avec la population. Nous n’avions cessé d’en parler, au vu de l’état d’insalubrité des voies et le bouchage des caniveaux. Il a fallu, comme c’est de coutume, qu’une catastrophe se produise – et même dans le cas présent, ce sont les élections locales à venir qui les auraient probablement décidés – avant que de façon désordonnée, des ministres se jettent dans la communication sur la gestion des ordures ménagères.

            “Nous pensons que la question de la salubrité publique, ce n’est pas une question qui peut être réglée et jugulée uniquement par le gouvernement. Ça doit susciter la prise de conscience et la mobilisation de tous les secteurs de la société. Les chefs traditionnels, les autorités religieuses, les comités de développement de quartier (CDQ), toutes les populations, chacun dans son quartier doit se mobiliser et œuvrer pour l’entretien des voies, pour le ramassage des ordures“, disait Gilbert Bawara. Un département d’Assistants d’Hygiène d’Etat a été créé au sein des Auxiliaires médiaux (ENAM) avec pour vocation d’inculquer les mesures d’hygiène à la population. Mais il serait très utile que M. Gilbert Bawara qui veut se substituer aux responsables de Santé dise comment l’Etat gère ces agents d’hygiène dans le pays. A quel autre résultat pensait-il que le pays arriverait lorsque ce département n’est même pas pris en compte lors du lancement de concours d’entrée à la Fonction publique? Le ministre poursuit en estimant anormal que “des gens ramassent des ordures ménagères de leur domicile qu’ils déversent dans la rue, devant chez eux, que les eaux usées domestiques soient déversées dans les caniveaux de manière à ce que ça conduise à les obstruer, jusqu’à ce que nous ayons des inondations” Très bonne remarque. Mais alors le ministre devra dire où est-ce que les populations doivent déposer ces ordures lorsque les associations pour le ramassage d’ordures auprès desquelles des abonnements ont été faits, n’honorent pas leur part de contrat. Dans quel état serait son domicile et sa devanture si des véhicules ne passaient pas régulièrement amasser les ordures chez lui?

            Il ne suffit plus de prendre conscience du mal pour l’endiguer, contrairement à ce que chante André Johnson, ministre des Ressources forestières. Le temps des belles paroles est passé. Au quartier Kodjoviakopé et alentours, de vrais camions de ramassage ont pris la relève et le quartier ne s’en porte que mieux. Pourquoi ne pense-t-on pas à étendre ce réseau, quitte à mettre tous les bénéficiaires à contribution?

            Gouverner c’est prévoir, et il serait utile plus que chaque ministre s’occupe des problèmes de son département. Balouki Lègzim, la ministre du Commerce ferait œuvre de salubrité publique en intercédant auprès de Faure Gnassingbé et son ANR afin que le reste des fonds saisis en 2010 par ce service soit restitué aux commerçants. Le ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche aurait trouvé sa place à cette tribune s’il y était pour annoncer une découverte qui révolutionnerait la gestion des ordures. Et la dame en charge de la Communication a d’autres chats à fouetter; une proposition sur l’impartialité des médias publics devrait la préoccuper plutôt que le choléra. L’absence du Premier ministre qui assume l’intérim de la Santé est une des preuves que la rencontre avait une connotation plus politique que sanitaire.

                                                                                            

  Abbé Faria

Liberté N° 1559 du vendredi 18 Octobre 2013

Autres articles pouvant également vous intéresser: