L’Union Européenne n’encourage-t-elle pas les crimes contre l’humanité ?

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L’Union Européenne n’encourage-t-elle pas les crimes contre l’humanité ?

 

Il y a aujourd’hui quelque chose qui se passe au sein de l’Union Européenne (UE). A voir de près, on a l’impression que les responsables de cette institution le banalisent. Nous avons de la peine à comprendre que, tout en donnant l’impression de marquer son hostilité vis-à-vis des crimes contre l’humanité, l’UE encourage indirectement, sciemment ou inconsciemment la perpétration de ces crimes en Afrique.

Depuis le départ de Romano Prodi et l’arrivée de José Manuel Barroso à la tête de cette institution, tout se passe comme si celle-ci a résolument perdu sa vocation diplomatique pour devenir un machin de « commerçants », où il ne se trouve pas un seul pour demander d’arrêter le scandale. Tous ensemble à l’UE, on semble se satisfaire de ce qui se passe depuis quelques années, et l’on a l’impression que rien n’est entrepris jusqu’ici pour rassurer ceux qui croyaient à tort ou à raison en la crédibilité de cette institution.

Dans notre parution du mercredi 16 janvier, nous avions publié un article intitulé : « Le discours biaisé et partisan prononcé par Partick Spirlet, au cœur de la discorde entre les diplomates ». Dans cet article, nous mentionnions par exemple que, c’était au moment où Patrick Spirlet prononçait son discours, que la plupart des diplomates présents prenaient connaissance du contenu. Celui que beaucoup se plaisent à qualifier de diplomate commerçant au Togo, parle d’« avancées importantes de la politique conduite par Faure Gnassingbé durant l’année qui s’achève, notamment en matière des droits de l’Homme, des réformes institutionnelles et constitutionnelles, des progrès en matière économique au Togo». Pour mémoire, ceux qui avaient suivi ce discours du 19 décembre doivent se rappeler qu’il y en avait parmi les diplomates qui se chuchotaient des choses à l’oreille. Visiblement, un tel discours n’avait pas fait l’unanimité.

Nous n’avions pas manqué de relever que la description que M. Patrick Spirlet a faite du Togo, ressemble plutôt à celle d’un autre pays. Le parti pris était patent. Depuis plus de trois ans que l’actuel chargé de mission de l’UE au Togo est là, il sait très bien que les discours de Faure Gnassingbé n’engagent que ceux qui y croient. De plus, il doit avoir présent à l’esprit la promesse de celui-ci, de faire des élections transparentes et crédibles pour emboîter le pas aux voisins ghanéens, ce qui ne fut qu’une promesse d’ivrogne au bout du compte. On peut en multiplier les exemples. Curieusement, voici ce qu’a déclaré M. Spirlet lors de son discours : « Nous avons pris note avec satisfaction de votre volonté d’en assurer toute la transparence et la crédibilité ».

Signalons qu’à la suite des législatives de 2007 et de la présidentielle de 2010, plusieurs recommandations avaient été faites par la mission d’observation de l’UE (MOE-UE) en vue de corriger de nombreuses irrégularités. Parmi celles-ci, on ne le dira jamais assez, il y a le découpage inique sur la base duquel avaient eu lieu les législatives qui ont donné une cinquantaine de députés au parti présidentiel avec moins d’un million de voix contre 31 députés pour l’Opposition avec plus de 1,2 million de voix. Usant de l’esbroufe, le pouvoir, plus de cinq ans après les législatives de 2005, n’a pas jugé utile d’accéder à cette recommandation parmi tant d’autres de l’UE.

Quant au nombre de sièges au parlement qui était de 81 députés depuis plusieurs décennies, après le recensement général de la population et contre l’exigence et l’avis de plusieurs partis de l’Opposition dont les études avaient estimé raisonnablement le nombre aujourd’hui à une centaine, le pouvoir se contentera unilatéralement de le porter dans un premier temps comme il lui convenait, à 91. Soit 10 députés de plus et puis, comme par provocation et selon sa convenance, le Pouvoir redescend quelque temps après plus bas : 83 sièges ; soit une augmentation de seulement deux députés. Et c’est dans ce contexte que, refusant d’entendre raison, et prenant tout le monde à contre-pied, Faure Gnassingbé et ses amis, ont mis en place une Commission électorale non consensuelle à forte dominance Pouvoir plus amis du Pouvoir, pour des élections que Faure promet transparentes et crédibles ; ce que croit Patrick Spirlet.

Ce dernier, dans la foulée oublie (?) que son institution avait officiellement déclaré qu’en l’absence de la prise en compte des recommandations de la MOE-UE, elle ne financerait pas les élections à venir. Et c’est dans ce contexte que Spirlet s’était impliqué récemment avec le PNUD dans ce qu’ils ont appelé conférence de haut niveau sur le processus électoral dans le cadre des élections à venir. Plus tard, il encouragera le Pouvoir dans les coulisses à continuer la préparation des législatives et locales en l’absence d’une entente avec l’Opposition qui continue d’exiger un dialogue politique franc et sincère dont Spirlet sait que le Pouvoir fait tout pour éviter la tenue par mauvaise volonté et mauvaise foi.

Jusqu’à preuve du contraire, l’UE n’est pas revenue entre-temps sur sa décision de ne pas financer les élections pour défaut de prise en compte des recommandations. Il est très surprenant que cette institution européenne soit devenue aujourd’hui un instrument aux mains de Louis Michel dont tous les Togolais connaissent les accointances avec Faure Gnassingbé pour ce qui du Togo, Joseph Kabila pour ce qui est de la RDC. Quant à Patrick Spirlet qui roule pour ce Belge dont il est au service tout comme son prédécesseur Filiberto Sebregongi, il suffit d’un claquement de doigts pour qu’il comprenne ce qu’il doit faire au profit du régime togolais au détriment de son Opposition.

Du temps de Romano Prodi à la tête de l’UE, au moins les Africains sentaient la présence d’un patron. Ne comprenant pas les attitudes d’Eyadèma envers son peuple, il l’avait convié à Bruxelles à un chaud tête-à-tête qui, selon certaines indiscrétions, n’avait pas été du goût du dictateur togolais. C’est là l’attitude d’un dirigeant responsable qui donnait au moins l’impression de se préoccuper du sort des opprimés africains. Depuis l’arrivée de Barroso, on a l’impression que l’institution n’a plus de patron et a perdu toute sa crédibilité. Barroso a-t-il vraiment de poigne ? Tout porte à ne pas le croire. Louis Michel ayant des intérêts au Togo, cupidité aidant (ses prises de position le démontrent clairement), rien n’est fait par l’UE pour mettre la pression sur le Pouvoir et équilibrer les débats. Ainsi la légèreté de cette institution qui a financé les travaux du dialogue intertogolais ayant abouti à l’APG, a conduit à l’impasse dans laquelle notre pays se trouve aujourd’hui avec la non application des recommandations dudit accord salué par tous dès sa signature en août 2006.

La diplomatie, selon Wikipédia, est la conduite des négociations entre les personnes, les groupes, ou les nations en réglant un problème sans violence. Au Togo, l’UE depuis l’arrivée de Faure Gnassingbé n’a pratiquement rien fait pour sauver les meubles. Elle n’a créé que des frustrations dans le camp de l’Opposition et du peuple tout entier en prenant fait et cause pour « le plus fort », ceux qui ont les armes et l’argent, et c’est à dessein. Elle fait tout pour maintenir la crise en l’état, sinon, la compliquer davantage. Dans une situation comme celle dans laquelle l’UE plonge injustement le Togo et son Opposition depuis un bon moment, il faut dire sans ambages qu’elle est en train de semer les germes de ce qui conduit partout à ce que la Communauté internationale elle-même a l’habitude d’appeler crime contre l’humanité et pour laquelle elle poursuit des auteurs auprès des tribunaux internationaux.

Si seulement l’UE pouvait s’interroger un moment sur le drame qu’elle prépare dans notre pays par son entêtement, son esprit condescendant, la cupidité de certains de ses membres et l’application d’une diplomatie tropicale, ce dont elle ne mesure pas la portée, elle pourrait s’efforcer de faire un peu œuvre utile. Est-il normal que l’UE apporte son soutien à un régime qui viole tous les textes de loi en vigueur jusqu’à ce jour, malgré les engagements pris récemment à Genève ? Est-il normal qu’une institution comme l’UE soutienne et protège un Pouvoir qui traficote un rapport produit par une institution de la République, rapport commandé par lui-même ? Est-il normal que dans une nation, des gens s’organisent pour extorquer arbitrairement aux commerçants leurs fonds sans raisons valables et ce, pendant près de deux ans ? Est-il normal de soutenir des gens qui piétinent la justice et bloquent à tous les niveaux son bon fonctionnement ? Est-il normal … ?

Alain SIMOUBA

www.liberte-togo.com

22 janvier 2013

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