Les trois grandes prouesses de Faure Gnassingbé : L’éducation en musée, l’emploi au cimetière, la justice en couronne d’épines

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« Nous vivons avec nos défauts comme avec les odeurs que nous portons : nous ne les sentons plus ; elles n’incommodent que les autres », disait la Marquise de LAMBERT  dans Avis d’une mère à sa fille et à son fils. Ce qui nous suffoque dans l’ère du prince, c’est bien le néant moral que son trône répand dans la cité. L’hardiesse du crime, le triomphe du faux, les falsifications les plus abjectes, le mépris de la demande sociale, les fausses promesses, l’ampleur de l’indigence, la destruction de l’éducation, le naufrage du pôle emploi, le désert du service judiciaire dans un énorme dysfonctionnement de l’Etat  exposent le pays à une implosion. Celui qui a une vision anémique de l’idée du bien ne peut nourrir de dédain pour la médiocrité. C’est pourquoi l’effusion de sang qui le porta au pouvoir est une monstruosité qui diffuse dans tous les étages de sa gestion le grand crépuscule de notre pays.

            Que personne ne se trompe sur les routes qui nous emmènent plus promptement aux cimetières. Les avatars des tueries massives pour le pouvoir sont dans des mutations féroces qu’ils ne peuvent mettre en état de lucidité éthique, morale, le jeune monarque. Il a totalement perdu son équilibre psychique dans le tourbillon du pouvoir et ne peut concevoir ni le présent avec grandeur, ni construire l’avenir qui sème l’espoir. Le renversement des valeurs consume la promotion des différents secteurs de présence de l’Etat. Avec stupéfaction, nous assistons tous à une momie de pouvoir en ce que l’étoffe qui lui confère la référence s’est évaporée dans l’insensé de la récurrence du crime et de l’immoralité.

            L’entêtement à la fourberie n’est pas un acte d’intelligence et la supercherie avilit la cervelle en flétrissant l’étincelle qui l’illumine dans la vérité. Les  fausses promesses ensevelissent toute confiance, même embryonnaire, dans les dunes du désert politique. L’absence d’une imagination et d’un raisonnement d’autorité a placé Faure GNASSINGBE sur le boulevard de l’errance. Il n’a pas appris à creuser, à fouiller, à bêcher alors qu’il est  fanatique du pouvoir et de la jouissance facile. C’est pour cette raison qu’il s’adosse facilement à tout, à la répression, à la violence, au crime et à tous ceux qui de leurs visages lugubres, peuvent s’y livrer pour son grand « bien ». Partout où l’homme veut se vendre, il y a toujours quelqu’un pour l’acheter. L’ambition dont le prince n’a pas les capacités est la cause principale de la catastrophe morale qui met les brides à notre pays pour le placer sur des cales jusqu’au pourrissement.

            D’un autre  côté, l’homme qui accepte le crime ou qui en fait un marche-pied n’a pas de révolte humaine. C’est ce noble sentiment de révolte qui est l’avant-garde des grandes œuvres. A ce titre, LA BRUYERE a pu écrire dans Les Caractères : « Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères ». Si le cœur de cet homme n’a pas frémi dans les massacres des Togolais et qu’il s’empare du pouvoir pour en être fier, cette dimension chétive est une abîme morale et l’abîme morale est un précipice, une déchéance qui ne sert ni à la créativité, ni à réinventer le devenir heureux des peuples.

            Qui a la faiblesse du crime n’est pas un homme libre. Son esprit est embrigadé dans les travers d’une protection et la peur ankylose sa vision sur les questions de fond ou d’intérêt général. Son repli égocentrique le prive d’une vraie ouverture sur le monde parce qu’il demeure dans un soupçon permanent qui érode ses certitudes. Le péché originel de Faure  GNASSINGBE dans la prise du fauteuil  est un handicap infranchissable de l’exercice du pouvoir. Toutes ses pirouettes traînent ses grelots sonores de l’immoralité. Tous les secteurs de production, des biens et services de notre pays sèchent et meurent parce qu’ils ploient sous le règne d’un banditisme étatique et de l’impunité. Tout pouvoir qui est incapable de se convertir à la religion de la valeur humaine place sur l’échafaud l’avenir de toute une nation. L’école, l’emploi, la justice sans une transfusion des compétences et de l’éthique est une folie.

            L’école togolaise peut-elle afficher l’orgueil de garantir à nos enfants l’éducation et la fierté de la formation ? Sous quelles formes percevons-nous l’emploi et la justice dans notre pays ?

1) Que reste-t-il de l’éducation au Togo ?

Les hommes professent le plus souvent des qualités et des valeurs qu’ils ont eux-mêmes intériorisées avec beaucoup de bonheur dans leur cursus, dans leur éducation. Ils éprouvent une grande fierté à en user et à les partager avec les autres. L’engagement pour une diffusion d’une éducation d’excellence émane des résultats qu’on a soi-même de sa propre formation. La bonne formation nous procure un esprit de discernement et une admiration des hommes de qualité. Le bonheur terrestre n’est  nullement réductible à un état de satisfaction temporelle, physique, matérielle et morale. Il est  aussi dans le sentiment d’une idée de perfection défendue et entretenue en vue d’une amélioration de l’espèce humaine pour répondre  largement aux défis d’un monde mouvant qui se renouvelle et s’affine dans l’approche des solutions qui garantissent à l’homme son statut de « maître et possesseur de la nature ».

Qui est bien formé sait, comme Abraham LINCOLN, que « la connaissance est un pouvoir, l’ignorance est une vermine ». Il mesure, à juste titre, l’immense patrimoine pour l’Humanité, la formation excellente. Dès que la qualité de l’éducation est impeccable, le centre  d’intérêt de ceux qui désirent la connaissance se vivifie, se bonifie, s’amplifie et leur donne  une énorme assurance. L’éducation a besoin de s’effectuer dans un environnement paisible, propre pour entretenir le meilleur goût et l’attirance vers le savoir. Le milieu scolaire, l’environnement de nos écoles, de nos collèges, de nos lycées et universités sont si rebutants et si agressifs qu’ils transforment la formation en une terrible corvée. Nos écoles qui ont l’exceptionnelle chance d’être  bâties en dur, n’ont reçu aucun soupçon de peinture depuis cinquante, quarante, trente, vingt ans. Si le secret de la vie est l’amour, dès que nous aimons ce que nous faisons, un loisir s’y dégage ; dans le cas contraire, il devient pour nous  un véritable fardeau. La situation de l’école favorise le renoncement, les échecs parce qu’elle se mue en ce que Gaston BACHELARD appelle dans La Formation de l’esprit scientifique l’«obstacle épistémologique », c’est-à-dire, un handicap psychologique qui rend rebelle l’esprit qui s’ouvre à la connaissance.

Nous n’avons jamais vu autant de classes dépotoirs qui appellent à une insurrection morale et civique que sous  Faure GNASSINGBE. Dans  son concept hasardeux aux contours scabreux d’ « école gratuite », les salles de classe sont carrément  devenues des bateaux négriers et les enseignants, brigadiers pour mineurs, sont à la lisière de la fournaise surchauffée, attendant désespérément leur pitance de rétribution mensuelle. Dans nos collèges d’enseignement général, dans nos lycées et universités, la bataille pour une place assise est une épreuve régulière. L’« Esprit nouveau » a entrepris de répandre l’ignorance, de diffuser l’analphabétisme dans nos  écoles, d’assassiner la vocation enseignante, de guillotiner l’immense joie de faire venir au monde les enfants. La solution finale qu’il ait pu trouver pour l’éducation est la Shoah, exactement comme Hitler en avait trouvé à la question juive dans les camps de concentration.  La militarisation qui  se  déroule à présent sur le campus de Kara avec son corollaire d’arrestations arbitraires et de violences attestent la catégorie à laquelle le prince a logé la formation.

Tous les étages de notre système d’éducation sont dans une étonnante  phagocytose, au meilleur des cas, dans une médiocrité cruelle qui, du reste, signale la gestion globale de notre pays. Deux années déjà, nos universités sont en effervescence dans la réclamation des conditions acceptables d’étude et les lycées, collèges et enseignement de base leur font écho. Sans la grande formation, il n’y a pas de grands hommes, il n’y a pas d’avenir. Comme l’explique LA METTRIE dans L’Homme machine : « L’esprit a, comme le corps, ses maladies épidémiques et son scorbut ». Le virus de la médiocrité semé au vent dans nos établissements et universités est l’incarnation du chaos que draine l’ « Esprit nouveau ».  Et par analogie, une réplique de ses aventures pour accéder au pouvoir. Et le drame se poursuit dans la prédation des richesses nationales,  dans l’impunité, dans le système judiciaire, dans l’emploi….

2) Jeu et   danger du volontariat

Il y a un déguisement  pernicieux du chômage record et d’une absence criarde de la puissance d’une imagination à réinventer la socialité par l’emploi. Ce que le pouvoir nomme volontariat  comme une solution à l’emploi n’est pas une habileté. Il est  une énorme faiblesse morale et conceptuelle en ce que les conditions de possibilité d’en survivre de façon autonome  ne sont pas garanties. Une maltraitance institutionnalisée qui vole à la jeunesse le droit aux jouissances de l’âge et de la formation, déclare un volontariat fortement prolétarisé qui paie une obole à des gens qualifiés qui ne demandent que la rentabilisation de leurs connaissances dans des structures appropriées. Quand on ne peut pas vivre de son travail, la logique veut qu’on n’en meure pas. Ces volontaires togolais sont si mal payés, vingt-cinq à quarante mille francs à cette époque-ci, et la plupart sont obligés de financer par le truchement des parents, l’étape sacrificielle de la préparation à l’emploi sans une clause intégrative après ce lourd sacrifice.

Il y a dans  ce système de volontariat à la togolaise une énorme supercherie. Elle vole la jeunesse à la couche vigoureuse de notre pays, la précarise  pour la museler dans un batard de propédeutique à  l’emploi qui ne lui assure rien du tout. Ceux qui désertent leurs postes invitent  les initiateurs de cette gigantesque démolition du droit à l’emploi à une révision saine de leur machin de développement à la base, à  leur bidule de préparation à l’emploi, à leur truc de résolution du chômage. Nous sommes totalement ahuris de ne connaître Faure GNASSINGBE autrement que par les mutations faussement grandioses et identiques à celles qui l’ont emmené au  pouvoir. Tout ce qui le suit même aux allures de kermesse, n’a jamais de vérité. Quel triste sort ! D’où la question morale est la pierre angulaire de toutes activités humaines capables d’apporter un rayon de soleil à la vie. Dans ses Lettres, NAPOLEON 1er nous en donne confirmation : « Toutes les crises sociales sont une succession de crises morales autant que toutes les crises politiques et économiques le sont». Nous devons nous le répéter toujours. Il n’y a qu’une seule question au Togo : c’est la question morale. Et le malheur veut que le pouvoir de Faure Gnassingbé soit le promoteur principal  et attitré de la distribution d’une insalubrité morale. Plus près de nous, l’expurgation du rapport KOUNTE en est le dernier chef-d’œuvre connu dans l’insolent foisonnement de la sottise du gouvernement.

            Ne nous mentons pas. Faure Gnassingbé n’est pas dans les meilleures dispositions pour penser l’emploi, faire baisser le chômage. Pour être un homme du beau temps, il faut avoir été un enfant de la pluie. Seuls ceux qui ont été sous la pluie de la souffrance et des affres de la quête d’une subsistance sont aptes à mieux comprendre le feu qui est au fond de la notion du manque et de la précarité, l’humiliation qui réduit l’homme qui fait la marche pour survivre. La grande faiblesse du prince est son sens moral. S’il pouvait tout moins renoncer à ses slaloms multiples dans les jouissances terrestres, à ses prodigalités, à ses voyages multiples, dispendieux, il donnerait le ton à son «Club» pour que les ressources nationales soient consacrées largement à l’emploi.

Si Faure Gnassingbé veut se convertir à la jeunesse, il doit se donner les moyens de repenser l’éducation et l’emploi avec la noblesse de l’intelligence et de l’action, refouler ses tendances égocentriques, narcissiques et sectaires, ses excès dans les équipements et les recrutements sécuritaires, dégager à tous les niveaux des ressources pour une vraie politique de l’emploi. Les MJSF (Mouvement des Jeunes pour le Soutien à Faure) démultipliés et en agitations stériles pour des dividendes maudites ne sont pas les meilleures méthodes pour un prince de s’occuper des désœuvrés ou de réduire le chômage. Pour qui est responsable, nous enseigne LA METTRIE : «Il y a tant de plaisir à faire le bien… tant de contentement à pratiquer la vertu que je tiens pour assez puni, quiconque a le malheur de n’être pas né vertueux»

3) La justice togolaise : l’hécatombe

Rien qu’à voir le chemin étroit par lequel le jeune monarque a accédé au pouvoir et les moyens par lesquels il s’y maintient, on ne peut qu’avoir la certitude qu’il n’a aucunement une conscience large de la vertu. En matière de justice, le visage de Faure GNASSINGBE est une grande réalité comme la guerre. A ce sujet, les larmes de nos compatriotes tombent dans leurs cœurs, les gonflent jusqu’à leurs yeux qui ne portent plus de masque. L’indignation est à son comble et l’insurrection est en érection. Dans notre pays, la passion du crime tient lieu d’envergure politique.  La conquête du pouvoir est au bout de toutes les effractions morales, éthiques, civiques et constitutionnelles. Ce rituel qui désormais célèbre la classe de ceux qui sortent des grandes universités françaises et américaines leur permet également de confisquer le pouvoir et de se parer des bijoux de l’impunité.

Toutes les sociétés qui guérissent de leurs endémies morales se donnent comme moyens de meilleurs médecins, d’excellents juges. Or, la trouvaille du prince dans les réformes de l’appareil judiciaire, c’est de le ceinturer d’un éthnicisme barbare et de l’inféoder à l’esprit d’un règne que Kpatcha  Gnassingbé avançait dans sa déposition à la CVJR pour justifier son ordre d’allégeance à son frère Président à la mort d’Eyadéma. Un noyau ethniciste s’accapare de la justice avec le triomphe d’une mentalité prélogique de rendre des arrêts sur commande que contestent, du reste même les dilettantes de deuxième année en carrière judiciaire. Nos « Seigneurs de la magistrature» et leur insalubrité éthique sont au mât, vus et connus par-delà nos frontières avec un dédain militant des sommités qui revisitent leurs arrêts à l’UIP (Union Interparlementaire) ou au Tribunal communautaire d’Abuja. Le simple fait que la Cour de la CEDEAO déclare, noir sur blanc, que la Cour Constitutionnelle Togolaise méconnaît la loi illustre le petit esprit qui y siège et toutes les ordures de notre  appareil judiciaire. Les éclaboussures de honte nous atteignent à pleine poitrine et flétrissent notre orgueil national. Mais, les échantillons des procédures de notre justice et l’originalité de ses décisions nous remplissent toujours d’étonnement. L’affaire Kpatcha Gnassingbé, l’affaire SOW Bertin AGBA, l’affaire Eugène ATIGAN-AMETI… voilà encore la pénombre judiciaire dans ses manifestations avec son tambour effarant des violations. Ce fracas immoral de notre justice édifie la magistrature de notre pays dans une ignorance qui salit la robe et dans une sottise qui tue l’espoir des plus petits dans une cité-jungle.

Ce panorama de désolation en justice, en éducation et dans la socialité par l’emploi appelle les Togolais à l’unité et au sursaut national parce que la solution finale s’impose d’elle-même. LAMARTINE nous montre la voix à suivre lorsqu’il écrit dans Cours familier de littérature : «Le temps seul peut rendre les peuples capables de se gouverner eux-mêmes». L’heure a sonné !

Didier Amah DOSSAVI

L’Alternative N° 137 du 16 avril 2012

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