Les propos nauséabonds, tribalistes et régionalistes de Koffi Mélébou, préfet du Golfe.

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Les gaffes du préfet Koffi Melebou, Saison II

« Kara est un village, on se connaît. On retrouvera les casseurs et ils vont reconstruire. Ca c’est clair et net ! »

 

Décidément, si ce monsieur n’existait pas, il aurait fallu le créer. Le personnage en soi n’est pas une célébrité, et on ne le connaissait pas en dehors des murs de sa préfecture, mais ce sont ses écarts de langage qui l’auront rendu célèbre. Il y a quelques mois, l’homme s’illustrait, avec une déclaration choc : « La répression est un facteur de démocratie ».  On croyait que ces propos s’étaient juste dérobés au contrôle de sa conscience, à un simple lapsus au passage qui ne se répéterait plus. Mais le monsieur nous a démentis royalement. Il a fait encore parler son génie de Tonton gaffeur vendredi dernier, à 48 heures de Noël où toutes les âmes pécheresses cherchent à se faire racheter par le Messie Jésus Christ de Nazareth. Lui, c’est son Excellence le préfet du Golfe, Monsieur Koffi Melebou.

Ce vendredi était jour de fête à Aflao Sagbado. C’est cette localité qui a été choisie pour le lancement officiel du Projet de renforcement et d’extension du réseau de distribution d’énergie électrique du Togo. Le chef Semekonawo III ne pouvait pas mieux en demander. Lui et ses notables étaient dans leurs plus beaux apparats, les populations très contentes d’avoir du courant électrique offraient des prestations folkloriques en guise de gratitude, le ministre des Mines et de l’Energie Noupokou Dammipi et ses accompagnateurs passaient de bons moments et étaient sans doute fiers de semer du baume au cœur des populations du coin…bref l’ambiance était à la gaieté. Le préfet du Golfe qui était aussi de la partie – c’est bien normal, Aflao Sagbado fait partie de son hacienda – fut annoncé par le speaker pour délivrer son discours de circonstance. Pour reprendre les Ivoiriens du groupe Magic System, c’est là tout est gâté.

Comme s’il voulait épater une créature miam-miam, une Shakira locale qui se trouverait dans l’assistance, Monsieur Melebou débarqua à la tribune sans discours préparé, au contraire des autres officiels. Il commença tout d’abord son numéro en comparant le Togo à un patient souffrant du paludisme, de l’hypertension, du diabète, du Sida, bref de plusieurs maladies, et de demander à l’assistance d’aider le docteur appelé à son chevet à le soigner en lui indiquant par quelle maladie commencer. Il fit ainsi lever de leurs sièges les chefs traditionnels et leurs notables qui ont rivalisé d’ardeur pour proposer des réponses. Tout ce détour, juste pour jeter des lauriers à Faure Gnassingbé.

« Par où voulez-vous que le chef de l’Etat commence ? », demanda-t-il à l’assistance, comme pour dire que l’électrification d’Aflao Sagbado c’est ce dont les populations du coin avaient besoin en premier lieu, et de se répandre en dithyrambes à l’endroit du « Leader nouveau », ravissant ainsi la vedette au ministre des Mines et de l’Energie. Pour les louanges, on ne saurait lui en tenir grief, car c’est le sport favori des officiels, qui n’hésitent pas à jeter des lauriers à Faure Gnassingbé pour toute action du gouvernement, même les plus insignifiantes. L’expression standard qu’on retrouve dans toutes les déclarations est : « sur instruction personnelle du chef de l’Etat…». Depuis sa nomination au gouvernement, le successeur du Général Atcha Titikpina au ministère de la Sécurité et de la Protection civile, le Col Gnama Latta enrichit le vocabulaire dithyrambique avec ses « vraiment, le chef de l’Etat… », « le chef de l’Etat vraiment… ». Bon, passons et revenons à notre cher Melebou.

On pouvait croire que c’était juste une parenthèse et que Monsieur le préfet allait revenir à l’objet de leur présence à Aflao Sagbado, c’est-à-dire le lancement officiel du Projet de renforcement et d’extension du réseau de distribution de l’énergie électrique. Mais ce n’était là qu’une mise en condition physique, l’actualité comme le disent les petits cinéphiles. « Ceux qui crient que le gouvernement ne fait rien, et quand ils sortent le matin, au lieu d’aller travailler, ils ont choisi de marcher sur la plage ; au lieu d’aller pêcher, ils choisissent de marcher sur la plage, et après ils viennent intoxiquer les populations. Non, on ne les laissera pas faire ! Nous sommes tous Togolais et nous avons un malade à guérir, et le président demande à tous ceux qui sont médecins et qui peuvent apporter leurs contributions de se lever pour que le Togo soit guéri de ses maladies », enchaîne-t-il. Ca s’appelle un coup sec. Quel rapport avec le sujet du jour, demandez-vous ? Nous-mêmes on s’est posé la question, et on continue de se la poser, sans trouver de réponse.

Ces propos suscitèrent un remue-ménage dans l’assistance. Même dans les rangs des officiels, on était mal à l’aise. Certains se remuaient sur leurs sièges et se chuchotaient des choses dans les oreilles. Sans doute leur dépit. On faisait même de petits signes au discoureur afin qu’il mette la balle à terre. Mais rien n’y fit. Ce qui pouvait être salutaire en ce moment, ce serait un délestage. Mais, ironie du sort, il était question d’améliorer la fourniture électrique. Comme s’il avait aperçu dans les parages son ennemi intime Kossi Aboka, le chef de la Délégation spéciale de la Préfecture du Golfe et il voulait lui montrer toute l’étendue de son talent et aussi l’empêcher de marcher sur ses plates bandes, Monsieur le préfet du Golfe continua sur sa lancée. « Regardez-les, la dernière fois les gens se sont permis de détruire les biens dans la ville de Kara, et ils sont à Lomé, ils ont mis les tam-tam, les radios, les télévisions et ils dansent que oui, désormais à Kara aussi on casse. Justement nous savons ceux qui ont cassé. Kara est un village, on se connaît ; on les retrouvera et ils vont reconstruire. Ca c’est clair et net ! », vocifère-t-il, en bon « commandant », et d’enchaîner, non repu : « Les étudiants natifs de Kara continuent de nous appeler pour dire qu’ils regrettent, qu’ils ne savaient pas que c’est comme ça que ça allait se passer. Parce que personne d’eux n’a jamais cassé une seule ampoule dans la ville de Kara. Quand on regarde les images, effectivement on constate que ce ne sont pas les enfants natifs de Kara. C’est des gens qui, parce que l’Université de Kara produit de bons résultats, ont envoyé des enfants à Kara qui ont exporté les mauvaises habitudes de la capitale. Ce ne sont pas les enfants de Kara, et nous allons désormais faire face à tous ceux qui tentent de détruire le pays ». C’est clair donc, l’Université de Kara produit de bons résultats, on s’occupe bien des étudiants et c’est par jalousie que les ennemis du progrès ont envoyé des casseurs professionnels de Lomé pour aller commettre du vandalisme. « Guillaume Soro » et ses camarades apprécieront sans doute. Dieu merci, nos prières ont porté fruit, et c’est sur cette crise universitaire que Monsieur Koffi Melebou a fermé la page.

Monsieur le préfet en avait visiblement assez sur le cœur et cherchait une tribune pour se vider ; ce qu’il a trouvé ce vendredi-là. C’était du simple zèle d’un commis qui n’est pas à son coup d’essai. Des louanges, Faure en a certainement besoin, mais le cadre ne s’y prétait absolument pas. Et Koffi Melebou aura gâché la fête qui avait pourtant bien commencé. Ce monsieur est visiblement unique en son genre, et on croit de plus en plus au confrère qui jouait sur le nom « Me-le-bou », l’équivalent ewe de « Je disparais », pour parler d’une espèce en voie de disparition. En tout cas, cela apprendra sans doute aux organisateurs de ces genres de cérémonies, d’inviter n’importe qui, n’importe où, et n’importe quand.

Tino Kossi

Liberté N°1122 du mardi 27 décembre 2011

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