Le Chef de file de l’opposition ne participera pas aux cérémonies officielles du 27 avril 2016.

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Lomé, le  20 avril 2016

Le Président National de l’ANC

Chef de file de l’opposition

 

N° 16-               /ANC/ PN-SG

 

DECLARATION

Le Chef de file de l’opposition ne participera pas aux cérémonies officielles du 27 avril 2016.

Depuis le coup de force électoral du 28 avril 2015, le régime RPT/UNIR se refuse à tout dialogue, en dépit de l’initiative prise par le Président national de l’ANC, le 13 janvier 2016, en sa qualité de Chef de file de l’opposition au titre de l’article 24 de la loi portant statut de l’opposition, d’adresser au Chef de l’Etat, une lettre dont l’objectif est d’ouvrir la voie à une décrispation sociopolitique.

Le Chef de l’Etat, au lieu de mettre en place un dialogue structuré et constructif avec l’opposition, prend, le 25 janvier 2016, le décret d’application de la loi portant statut de l’opposition. Ce décret, délibérément pris avec un si grand retard, soit deux ans après le vote de la loi, en juin 2013, créé une confusion dans la classe politique et fait l’objet d’une polémique tapageuse qui détourne l’opinion nationale des véritables enjeux de l’heure, à savoir :

-          respecter les engagements pris par le gouvernement devant le peuple togolais et auprès de la communauté internationale, concernant la mise en œuvre des réformes politiques et électorales prescrites par l’APG ainsi que l’organisation des élections locales ;

-          mettre en œuvre les recommandations de la CVJR visant à créer un climat propice à la réconciliation nationale, notamment, la limitation du mandat présidentiel et le mode de scrutin à deux tours, l’inscription de l’imprescriptibilité du crime de torture dans le Code Pénal, la lutte contre l’impunité ;

-          libérer les personnes abusivement détenues, lever les inculpations arbitraires et les contrôles judiciaires et permettre le libre retour des personnes contraintes à l’exil, dans la sordide affaire des incendies des marchés de Lomé et de Kara ;

-          rétablir dans leurs droits les représentants de CAP 2015 arbitrairement exclus de la CENI, de manière à préserver le caractère paritaire conféré à cette institution par l’APG et le code électoral ;

-          adopter et mettre en œuvre de manière consensuelle la feuille de route du processus de décentralisation et organiser de manière consensuelle les élections locales ;

-          mettre fin aux harcèlements, aux brutalités et exactions de toutes sortes contre les militants et sympathisants de l’opposition, notamment ceux de l’ANC et, plus généralement, contre les populations togolaises, comme c’est le cas actuellement à Agoè-Nyivé, à Lomé, sur les campus universitaires ;

-          mettre fin aux graves violations des droits de l’homme dont les populations de la préfecture de l’Oti, en particulier celles de la ville de Mango, sont les victimes depuis des mois, libérer toutes les personnes encore en détention et arrêter la chasse à l’homme engagée contre les jeunes et lever l’état de siège dont cette préfecture est l’objet ;

-          mettre un terme aux détournements des deniers publics et au pillage des ressources nationales par une minorité qui, selon le Chef de l’Etat, s’accapare des richesses du pays.

Dans ce contexte, une invitation du gouvernement au Chef de file de l’opposition à prendre part aux cérémonies officielles de la fête nationale du 27 avril 2016, serait malvenue. Le Chef de file de l’opposition déclinera cette invitation. Même s’il y a lieu de noter avec intérêt, que le régime RPT/UNIR a compris, depuis quelques années, la nécessité pour le Peuple togolais de commémorer chaque année, la date du 27 avril, symbole de l’indépendance du Togo, obtenue de haute lutte par Sylvanus OLYMPIO et ses compagnons qui n’ont ménagé aucun sacrifice pour que naisse la Nation togolaise.

En effet, une telle invitation ne saurait être acceptée, surtout au moment où les autorités togolaises se refusent à accomplir leur part des obligations républicaines qui les appelle à mettre diligemment en œuvre les réformes politiques et électorales prescrites par les 22 engagements et l’APG, voilà plus d’une décennie.

De plus, les démarches du Chef de file de l’opposition, effectuées auprès du gouvernement, conformément au droit à l’information prévu à l’article 12 de la loi portant statut de l’opposition, se sont heurtées à une attitude irrespectueuse des ministres et sont restées vaines. Il en est ainsi :

  • des demandes de documents relatifs à la décentralisation et aux élections locales formulées auprès du Ministre de l’Administration Territoriale et
  • des demandes d’informations sur l’arrestation et le lieu de détention d’un compatriote de la diaspora, formulées auprès du  Ministre de la Sécurité.

Enfin, une opposition sérieuse et rigoureuse, soucieuse de remplir pleinement sa mission républicaine en œuvrant à l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit, ne peut se prêter à aucune manœuvre visant à l’instrumentaliser, à donner le change ou à semer la confusion sur la réalité de la situation politique togolaise. Le chef de file de l’opposition entend accorder le plus grand respect aux suffrages massifs qui se portent régulièrement sur lui à chaque élection et qui traduisent l’aspiration profonde du Peuple togolais à l’alternance et au changement. Il entend se soumettre scrupuleusement à cette obligation morale.

C’est dire que les conditions ne sont pas réunies pour que le Chef de file de l’opposition prenne part à des manifestations officielles aux côtés des autorités togolaises dont les paroles et les actes manifestent quotidiennement la volonté de se maintenir au pouvoir par tous les moyens, y compris la violence. Au demeurant, comment comprendre que le Chef de l’Etat togolais, tout en faisant obstacle à l’apaisement du climat sociopolitique dans son propre pays, s’investisse dans la recherche de la paix dans un autre pays ?

En raison de tout ce qui précède, le Chef de file de l’opposition ne participera pas aux cérémonies officielles du 27 avril 2016. Il invite les militants et sympathisants ainsi que les populations de Lomé et ses environs à se joindre à l’ANC pour commémorer le 56ème anniversaire de l’indépendance du Togo, suivant le programme du Bureau National.

 

Fait à Lomé, le 20 avril 2016.

Signé

Jean-Pierre Fabre

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