La haine, le problème de l’opposition togolaise

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La haine, le problème de l’opposition togolaise

“Qui se laisse guider par son profit s’attire haine et rancune”. (Confucius)

Nous donnons l’impression d’être unis, mais nous ne le sommes pas. C’est une illusion que nous vendons aux gens que nous sommes unis”, a déclaré le Président du CAR, Me Dodji APEVON dans l’émission 12-13 de la radio Nana FM. Pour lui, le corollaire de cette situation, c’est que “l’opposition est l’instrument premier qui aide le parti UNIR à rester au pouvoir”. Et nous sommes d’accord avec lui quand il dit: “Nous avons mal engagé notre bataille pour l’alternance. Il nous faut réorienter notre lutte; nous devons faire une autocritique et taire nos egos exacerbés“. Dans la dynamique de cette autocritique, il sied de rappeler que le problème des opposants togolais n’est pas un problème d’ « egos exacerbés ». Mais il s’agit tout simplement de la haine que les plus impopulaires nourrissent envers les mieux placés. Au lieu de prendre conscience de leur situation, ces partis et leurs leaders s’escriment à troubler le marigot politique au profit de Gnassingbé père, puis de Gnassingbé fils. Tous opposants, ils ne sont pas prêts à accepter un des leurs à la tête du pays: “au lieu que ce soit l’autre, je préfère que les Gnassingbé restent aux affaires“.

            Quoiqu’on puisse lui reprocher, il faut reconnaître que Me Apollinaire AGBOYIBO a joué un rôle énorme dans le combat démocratique au Togo. Mais son problème, il en fait un miroir dans lequel il se voit tout le temps, tout beau comme Narcisse. Dans son for intérieur, c’est à lui d’être le premier successeur de Gnassingbé Eyadéma pour avoir fait descendre la démocratie sur la “Terre de nos aïeux“. Une obsession qui l’a amené à contester le choix d’Edem Kodjo comme candidat du Collectif de l’Opposition Démocratique et à se lancer dans la course pour  la présidentielle d’août 1993. Un scrutin qui s’est finalement déroulé sans l’opposition et qui a permis à Eyadéma de reconquérir tout son pouvoir mis à mal par la Conférence Nationale Souveraine. Une déloyauté de Me Agboyibo que l’ancien Secrétaire général de l’UA n’a jamais digérée et qu’il lui a rendue après les législatives de 1994, en occupant contre toute attente le poste de Premier ministre qui devait en principe revenir au CAR. A la présidentielle de 1998, Me Yawovi Agboyibo a cru que son heure était venue, comptant sur la reconnaissance des Togolais pour tout ce qu’il avait fait au début des années 1990. Mais il va déchanter puisque les électeurs ont massivement porté leurs choix sur un certain Gilchrist Olympio de l’UCA. Une fessée électorale qu’il n’a jamais oubliée. Pour se venger, il a contesté les déclarations de victoire de Gilchrist Olympio, laissant Eyadéma confisquer la victoire du peuple. Inutile de ressasser ici les autres spectacles offerts par les opposants togolais.

            Aujourd’hui, nous sommes malheureusement dans la même situation. Malgré l’arrivée de Me Dodji Apévon à la tête du CAR, les choses n’ont pas changé. LA haine reste la chose la mieux partagée au sein de ce parti qui, tout en parlant de l’union de l’opposition, fait tout pour consacrer la division de celle-ci.  N’est-ce pas au nom de la haine que les dirigeants de ce parti dénient le titre de chef de file de l’opposition à Jean-Pierre Fabre au lendemain des dernières législatives? Ils ne sont pas encore disposés à accepter qu’un Fabre ou un Patrick Lawson avec qui ils ont toujours fait l’opposition, aille s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. C’est également au nom de la haine que la minorité veut que la majorité s’efface à son profit. “Le désir d’ordre est le prétexte vertueux par lequel la haine de l’homme pour l’homme justifie ses forfaits”, enseigne Milan Kundera.

  Zeus AZIADOUVO

Liberté N° 1549 du jeudi 03 octobre 2013

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