LA “COP 21″ DE DÉCEMBRE 2015 S’AGISSANT DE L’AFRIQUE

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LA “COP 21″ DE DÉCEMBRE 2015

S’AGISSANT DE

L’AFRIQUE

par Godwin Tété

 

« En Asie, lorsqu’un projet est décidé, les acteurs mangent…, mais il est, vaille que vaille, réalisé. En Afrique, les acteurs mangent si bien… que le projet ne voit jamais… le jour »

Ainsi parlait feu le Président tanzanien Julius Nyéréré.

Comme tout le monde le sait maintenant, une Conférence universelle se tiendra à Paris en décembre de l’année en cours. Elle recherchera un Accord global, portant sur la Question climatique globale de notre Planète-Terre. Et les débats préparatoires de cette conférence ont révélé que la pierre d’achoppement fondamentale de ces assises a été et demeure l’ « aide financière » à offrir par les pays du Nord, à ceux dits « en développement », du Sud, afin que ceux-ci puissent honorer valablement les engagements qu’ils auront pris dans le cadre de l’Accord global en perspective. En effet, sur ce sujet, les « dirigeants » actuels du Continent africain n’ont guère… lésiné sur leurs surenchères !

          Du coup, je me suis souvenu d’un livre que j’ai publié en 1987, par les soins des Éditions L’Harmattan, intitulé “La Question du Plan Marshall et l’Afrique“. Oui ! Dans les années 1980-1987, de « bonnes » âmes se mirent à réclamer pour l’Afrique, à cor et à cri, un Plan Marshall. Comme si ce dernier allait, telle une panacée radicale, liquider radicalement, une belle fois pour toutes, le fameux sous-développement du Continent africain. Je me rappelle qu’un feu Mobutu Sessé Séko se fit volontiers un véritable chantre notoire d’un hypothétique Plan Marshall pour l’Afrique. Mais, chose curieuse, depuis l’apparition de mon livre susmentionné, je n’ai plus jamais (!) entendu prôner un quelconque Plan Marshall pour l’Afrique.

Oui ! Après avoir exposé l’historique et l’échec de toutes les « suggestions » émises à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, visant le règlement du sous-développement du Sud, je me suis évertué à établir l’inadéquation d’un Plan Marshall pour l’Afrique en 1987. Et ce, sur toute la ligne.

La synthèse de mon analyse figure à la page 124 de l’édition de 1989 dudit ouvrage, comme suit :

« En d’autres termes et en peu de mots, la problématique d’un éventuel « plan Marshall pour l’Afrique » se ramène à la quintuple question fondamentale : Dans le cadre de ce plan, qui ? donnerait quoi ? À qui ? Pour quoi faire ? Dans quel contexte socio-politique ?…

          Ceux qui, çà et là de par le monde, se plaisent à exalter les vertus du plan Marshall, comme s’il s’agissait d’une solution magique aux maux qui accablent le Sud, devraient se dire qu’une telle aventure n’est réalisable que dans des conditions spécifiques. Cela est particulièrement le cas du Tiers monde confronté au terrifiant défi économique de l’an 2000, cependant que le succès passé de ce plan n’apparaît pas du tout transposable dans les pays du Sud, de l’Afrique en tout cas. Car, contrairement à l’Europe d’après-guerre, ces pays manquent d’institutions idoines et de bureaucraties aguerries. Dès lors, la seule infusion de dollars ne saurait constituer la seule solution. C’est parfaitement démontrable à partir de la triste expérience des trois dernières décades durant lesquelles les banques occidentales ont prêté des sommes incroyables à l’Afrique et à l’Amérique latine qui, en raison de la malgestion et de la dégringolade du marché international des produits de base, se retrouvent aujourd’hui ligotées… Oui, « Le concept d’un plan Marshall n’est pas universel » (S. Karnow). Et l’historien et politologue togolais Atsutsé Kokouvi Agbobli de dire très synthétiquement : « L’Afrique de 1987 n’est pas l’Europe de 1947 ». [Cf. Jeune Afrique n° 1383 du 08/07/1987, p. 62.]

Quant à l’ensemble de la rhétorique de mon livre sous rubrique, il se trouve résumé en 4ème page de couverture, de la manière ci-après :

« Subjugués par le clinquant matériel et matérialiste du Nord, les peuples du Sud revendiquent leur indépendance véritable, afin de pouvoir accéder à une modernité autogénérée, sauvegardant leur dignité. Alors, de peur de perdre leur hégémonie de l’univers, les puissances du Nord ont inventé, dans le cadre de la néocolonisation, un « nouvel ordre économique international » (NOEI), pour s’attacher davantage le Sud et le tenir en respect… Mais, l’échec global du NOEI est aujourd’hui reconnu (plus ou moins ouvertement) par les instances les mieux habilitées à cet égard : ONU, BIRD, FMI, CNUCED, OCDE, etc.

Et voici qu’en guise d’arme de substitution, on propose au Sud un hypothétique « plan Marshall ». S’agissant de l’Afrique en particulier, l’intime conviction de l’auteur de cet essai-ci est que, sans de radicales transformations politiques au niveau de l’écrasante majorité des personnels dirigeants actuels… (le poisson pourrit par la tête), sans l’introduction de la démocratie véridique, sans la libération de la voix des masses populaires et des élites humanistes, un « plan Marshall » pour ce continent se révèlerait être, à l’expérience, une nouvelle fausse route.

La problématique de l’Afrique trouvera sa solution le jour où les humanistes du monde entier réussiront à imposer… une coopération internationale autre que machiavélique, dans le contexte d’une éthique radicalement nouvelle. Ce tour de force… implique l’unité africaine des masses. Tournant résolument le dos à l’inacceptable héritage de la Conférence de Berlin : c’est la mission des générations africaines montantes… »

Or, le sujet de l’ « aide financière » du Nord au Sud, s’agissant de la Cop 21 de Décembre 2015, s’apparente étrangement à celui du Plan Marshall des années 1980, pour l’Afrique. Dès lors, il m’apparaît judicieux de crier garde !!! Certes, on ne saurait rejeter catégoriquement une telle « aide ». Mais il convient de prévoir et d’imposer un mécanisme concret, sûr, efficace, capable de permettre un contrôle effectif… de l’utilisation… de l’ « aide » en cause. Car, ainsi que tout le monde le sait, hormis une infime minorité, les « dirigeants » africains de nos jours ne pensent pas à leurs peuples ; ils ne pensent qu’à eux-mêmes !

                   J’ai dit et j’assume !

 

Paris, le 24 octobre 2015

Godwin Tété

 

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