Et si le gouvernement togolais faisait profil bas ?

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 Le pouvoir, comme ce voleur qui parle de morale au gendarme

 

Dans les sociétés modernes qui se veulent organisées et démocratiques, le garant suprême des droits de l’Homme et des lois, c’est l’Etat. Mais il est aussi constant que le tout premier violateur de ces dispositions juridiques se trouve être ce même Etat. Et cette réalité n’est pas vérifiée que dans les pays qui s’essaient à la culture démocratique, mais aussi dans les démocraties affirmées. La morale voudrait que le violateur la ferme lorsque les violations dont il s’est rendu coupable sont évoquées. Mais malheureusement c’est tout le contraire qu’on observe au Togo avec le pouvoir Faure Gnassingbé. Ici on monte plutôt sur ses ergots. Comme c’est actuellement le cas, avec la réaction du gouvernement suite à la publication par la Ligue togolaise des droits de l’Homme (Ltdh), de son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme au Togo.

En effet la Ltdh rendait public ce rapport le lundi 12 décembre dernier, sous le titre « Rapport thématique sur la situation des droits de l’Homme au Togo en 2011 ». On retiendra que ce sont les droits civils et politiques qui ont été beaucoup plus mis en exergue, preuve que ce sont ces droits qui ont été abondamment violés au cours de cette année 2011 qui s’achève. Mais ce rapport a fait couler de la bile au niveau des gouvernants, qui ont réagi à travers un communiqué, chargeant proprement la Ligue.

Communiqué du gouvernement

La Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH) a rendu public hier (ndlr, lundi) 12 décembre, son rapport sur la situation des droits de l’homme au Togo en 2011. Le Gouvernement a pris connaissance du document et tient à faire part de sa grande surprise et de sa profonde indignation face aux informations erronées et au bilan tendancieux que cette association dresse de la situation des droits de l’homme dans notre pays.

Le Gouvernement note que tout au long de son rapport, la LTDH a utilisé une démarche douteuse qui consiste à recenser les actes criminels et délictueux enregistrés au cours de l’année et à les présenter comme des cas de violation des droits humains. C’est ainsi que des cas de meurtres en séries qui ont fait l’objet d’enquêtes et dont les responsables présumés sont actuellement aux mains de la justice sont présentés comme des cas de violations des droits de l’homme.

Par ailleurs, des délits de droit commun tels que les abus de la liberté d’expression sont catalogués comme des cas violations des droits humains parce qu’ils ont fait l’objet de poursuites judiciaires.

Ces deux exemples parmi tant d’autres suffisent largement à mettre en relief le peu de sérieux et l’absence de professionnalisme qui ont caractérisé ce rapport de la LTDH.

Face aux amalgames auxquels la LTDH s’est livrée et qui ne servent pas la cause des droits de l’homme, le Gouvernement réitère sa détermination à poursuivre la consolidation de l’Etat de droit au Togo et à œuvrer à la promotion des libertés publiques et des droits fondamentaux de la personne humaine, comme il s’y est engagé en juin dernier à Genève dans le cadre de l’examen périodique universel. Il faut rappeler qu’à cette occasion, la communauté internationale a pris acte des progrès réalisés par le Togo en matière de protection des droits humains et a encouragé notre pays à poursuivre les efforts engagés.

Pour sa part, le Gouvernement reste ouvert à la critique constructive mais n’est en aucun cas disposé à accepter que la noble cause des droits de l’homme soit instrumentalisée.

Le Gouvernement exhorte à cet effet toutes les organisations de défense des droits de l’homme à faire œuvre utile et preuve de professionnalisme en jouant pleinement leur rôle avec bonne foi pour la consolidation de l’Etat de droit au Togo.”

Et pourtant des violations bien réelles !

Il faut le dire, le rapport de la Ltdh est un travail scientifique, fondé sur des cas réels de violations. Il est axé autour de neuf (09) pôles : droit à la vie ; arrestations et détentions arbitraires et abusives ; liberté d’expression et d’opinion ; droit de ne pas être soumis à la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ; lutte contre l’impunité et la Commission Vérité, Justice et Réconciliation ; droit à un procès équitable, comprenant le droit à la défense et le droit de comparaître devant une juridiction indépendante et impartiale, ainsi que le droit d’être jugé dans un délai raisonnable ; liberté de manifestation ; liberté de circulation ; droit à la paix et au développement. En réalité la Ligue n’a rien inventé. Le rapport n’est en fait qu’une compilation de la multitude de sorties faites au cours de l’année par cette organisation de défense des droits de l’Homme, à laquelle ont été ajoutés quelques cas non médiatisés.

Le décès le 9 février 2011 du sieur Tanco Kokou à la Brigade anti-gang 48 heures après son incarcération a été déjà révélé, de même que la disparition du nommé Barry Mamoudou Belko. Les autorités avaient d’ailleurs été interpellées sur ces dossiers, mais elles n’ont donné aucune suite aux courriers. Les arrestations abusives dans le dossier Kpatcha Gnassingbé ont été déjà dénoncées à maintes reprises. Les menaces sur la vie des journalistes jugés critiques à l’endroit du pouvoir provenant de l’Agence nationale de renseignement (Anr) ont été déjà dénoncées et ont fait l’objet d’une marche pacifique soutenue par des Oddh ; les plaintes en cascade contre des journaux avec réclamation de dommage et intérêt record, la fermeture de radio X Solaire et autres, les Togolais en savent beaucoup déjà. La décoration du Colonel Yotroféi Massina au moment même où il était éclaboussé par des allégations de tortures, les dénis de la vérité au cours des audiences publiques de la Cvjr du major Kouloum et des Forces armées togolaises, la presse et la Ltdh en ont déjà parlé. Dans l’affaire Kpatcha Gnassingbé, il a été à plusieurs reprise dénoncé le procès inique organisé, de même que la protection en règle offerte aux accusés de tortures, nommément le Colonel Yotroféi Massina de comparaitre. L’exclusion scélérate des députés ANC de l’Assemblée nationale, le refus de l’Etat togolais de les réintégrer, c’est une affaire omniprésente dans la presse. Les entraves à la liberté de manifestation les jours ouvrables ou bien à l’intérieur du pays, le blocus parfois imposé au leader de l’Anc Jean-Pierre Fabre pour l’empêcher de sortir de sa maison, l’usage abusif des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestations, la Ltdh n’a ménagé aucune peine pour les fustiger. Avec ces faits, on ne peut que conclure à « un net recul du respect des droits de l’Homme ».

Ce rapport, nous le disions tantôt, ce n’est qu’une simple compilation de ces dénonciations faites publiquement par la Ligue. Et en plus, animés d’une démarche constructive, Raphaël Kpande-Adzare et les siens se sont donné la peine de faire des recommandations pour permettre au pouvoir en place de corriger ces violations. Et c’est une bonne disposition d’esprit qui mérite d’être appréciée à sa juste valeur.

Cette sortie du gouvernement n’est qu’une simple agitation pour amuser la galerie. Le pouvoir est d’ailleurs mal placé pour juger du travail de la Ltdh. Le faire donnerait l’image de ce voleur récidiviste qui parle de moralité et d’éthique au gendarme qui l’arrête. Ce serait un miracle que le violateur adoube son dénonciateur. En matière de sérieux et de professionnalisme dans son fonctionnement, la Ltdh n’est quand même pas la moins lotie.

En tout cas aucun débat n’est possible s’agissant de sa crédibilité. Elle est de loin celle qui inspire le plus confiance, très loin devant la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh) qu’on essaie souvent de mettre en pôle position. Le Togo dispose d’une multitude d’organisations qui se disent s’inscrire dans la défense des droits de l’Homme ; mais la plupart sont corrompues, et comme conséquences, gardent le mutisme sur les cas de violations. Il y en a qui n’ont même jamais produit de rapport sur la situation des droits de l’Homme au Togo depuis leur existence. Mais la Ltdh elle autre, est constante sur le terrain de la dénonciation des abus, assurant ainsi son rôle de sentinelle des droits de l’Homme et de rempart contre les violations. Elle le fait d’ailleurs bien, et le pouvoir en place est mal placé pour la juger. C’est d’ailleurs un reflexe pour ce régime. Toutes les structures qui ne regardent pas dans la direction voulue manquent de professionnalisme, celles qui le louent sont impeccables. Cela se remarque fort bien dans la presse. Ce sont les journalistes et organes jugés critiques à l’endroit du pouvoir qui ne respectent pas la déontologie ; mais les autres qui le louangent et insultent ouvertement les opposants sont professionnels.

Devant ce rapport ô combien réaliste de la situation des droits de l’Homme, la morale voudrait que les gouvernants se la bouclent tout simplement.

Tino Kossi

www.liberte-togo.com

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