Des promesses non tenues aux arnaques politiques, Faure Gnassingbé reste fidèle aux méthodes de son feu père

Opposition du pouvoir de Faure Gnassingbé aux réformes

Des promesses non tenues aux arnaques politiques, Faure Gnassingbé reste fidèle aux méthodes de son feu père

Au moment où le délégué allemand aux droits de l’homme et à l’aide humanitaire invitait la classe politique au dialogue avant toute élection, Gilbert Bawara proclamait péremptoirement qu’il « serait illusoire d’insister sur les réformes avant les élections ». Ce sont deux logiques presque opposées et on a des raisons de dire que les deux hommes n’habitent sûrement pas sur la même planète. Le missi dominici croit si bien dire mais il ignore sans doute que ce disant il apporte la énième preuve que le pouvoir qu’il sert n’est pas digne de confiance.

Tout sauf les réformes

A la fin, on peut croire, à la suite des adversaires politiques de Faure Gnassingbé, que les réformes institutionnelles et constitutionnelles sont de nature à sceller le sort politique de ce pouvoir. Tout se dit et se fait pour autoriser à croire que si d’aventure lesdites réformes devenaient une réalité, elles produiraient l’effet de renvoyer dans l’opposition Faure Gnassingbé et tout l’appareillage politico-financier qui tourne autour. Pour longtemps. Cela doit être ainsi le cas, sinon ce pouvoir ne montrerait pas autant d’aversion vis-à-vis des réformes.

Après avoir fait contre mauvaise fortune bon cœur en admettant les réformes imposées par la révolte populaire de 1990 à l’entregent de la conférence nationale souveraine, feu Eyadèma avait attendu 2002 pour remettre en cause la substance de ces réformes. Le déverrouillage de la limitation du nombre de mandats pour un président et la spoliation de la primature de ses prérogatives régaliennes contenues dans la constitution de 1992 sont entre autres les résultats de ce coup de force constitutionnel.

Avant  ce passage en force qui l’a maintenu au sommet de l’Etat, envers et contre tout, feu Eyadèma avait couru à Bruxelles pour prendre des engagements, ce qu’on a appelé les 22 engagements. Pour quelles retombées ? A l’analyse, on se rend à l’évidence que ces instants de lucidité et de profession de bonne foi servaient juste au Général  d’alibi pour se repositionner, s’assurer de sa selle et échafauder d’autres plans de contournement. et de négation des engagements librement pris. Son fils, Faure Gnassingbé, a bien appris la leçon et il joue à se moquer de ses adversaires politiques en faisant des promesses pour ensuite s’en détourner. C’est le cas des réformes.

Le sujet devient presque blasant. A l’extérieur, les gens se demanderont bien ce qui arrive aux Togolais. On peut poser la question de savoir si les réformes qu’il faut faire consistent à transformer ou à transférer le Togo vers la planète Mars. Si ce n’est pas le cas, pourquoi est-il si difficile de faire ces réformes dans ce pays ? Pourquoi, depuis le décès de Gnassingbé Eyadèma, le sujet reste d’actualité alors qu’il n’y a sûrement pas que cela à faire dans le pays ? Questions légitimes et pertinentes. Le fait est que Faure Gnassingbé a choisi de ne pas faire ces réformes mais il n’a pas le courage de le dire franchement. Il semble dire, sans le dire, que les réformes ne viendront pas si leur aboutissement doit être la fin du règne du clan politico-militaire en place depuis 1967.

Il suffit pour cela de voir combien de fois ces réformes ont été mises à l’ordre du sujet puis évitées astucieusement ou au forceps. A la mort de Gnassingbé Eyadèma, la classe politique d’opposition avait demandé que des réformes se fassent avant tout nouvelle élection. Non possumus, leur avait-on jeté au visage. Le temps presse, on fait les élections puis on verra. Après ce qui ressemble à des élections sans jamais être des élections, le dialogue politique intertogolais a accouché de l’Accord Politique Global (APG). Conclu sous la houlette de Blaise Compaoré, président du Faso, ledit accord avait inscrit clairement dans son agenda les mêmes réformes, étant donné que, contre la position des adversaires politiques de Faure Gnassingbé qui voulaient que la question soit abordée et tranchée en même temps, le facilitateur avait fait le jeu de Faure Gnassingbé en invitant la classe politique togolaise à signer l’accord d’abord, puis à s’occuper des réformes dans le cadre du gouvernement d’union nationale. L’agenda était simple : avant les législatives, la fenêtre devrait être close.

Me Agboyibo qui a dirigé le gouvernement d’union nationale au nom de son parti le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) sait très bien ce qui lui est arrivé à ce sujet. Des sources concordantes soulignent que si le CAR a décliné toutes les offres de participation à un gouvernement d’unité après l’expérience de 2006-2007, c’est parce qu’il a gardé en travers de la gorge la mésaventure de ce gouvernement qui devait régler la question des réformes. Sans jamais le faire. Promesse encore : après le rendez-vous manqué du gouvernement d’union de 2006-2007, Faure Gnassingbé redonne rendez-vous à ses adversaires à la veille de la présidentielle de 2010. Point n’est besoin de rappeler qu’il a joué le même jeu de se dédire, de reporter unilatéralement encore le débat sur les réformes à l’après présidentielle de 2010. Deux ans après cette présidentielle, le statu quo persiste. Pendant que tout le monde s’attendait à un débat franc et sérieux sur le sujet avant les législatives en instance, Faure Gnassingbé et son pouvoir se cabre une fois encore : pas de réformes avant les législatives. N’est-ce pas le report de trop ? Peut-on abuser ainsi de la patience, de la crédulité et même de la gentillesse de ses adversaires politiques ? C’est pourtant ce que le pouvoir de Faure Gnassingbé fait, sans pudeur aucune.

Trop, c’est trop !

Sur la base de tout ce qui est fait et dit jusqu’ici, il n’y a pas de risque à dire que Faure Gnassingbé ne veut pas faire faire les réformes. C’est presque une certitude que son jeu consiste à remettre indéfiniment à demain, pendant que les années passent et que son règne s’allonge. A l’intérieur du pays, toutes les forces politiques qui sont conscientes que sans ces réformes, il n’y aura jamais une vraie politique dans le pays ne manquent pas d’occasion pour mettre l’accent sur le manque de bonne foi du fils d’Eyadèma. Au grand dam de ce dernier, à l’extérieur du Togo, les opinions sont averties que le pouvoir togolais n’est pas un pouvoir démocratique. Un document qui serait conçu par le parti socialiste français est ferme sur l’évidence selon laquelle « Faure Gnassingbé est hostile aux réformes » et qu’il « utilise les méthodes de son père pour garder le pouvoir ».

La confidence socialiste finit de convaincre tout le monde sur le fait que ce n’est pas faute de temps que les réformes ne sont pas faites jusque-là mais bien parce que certains n’en veulent pas. Pour des raisons qu’il n’évoque vraiment jamais, Faure Gnassingbé fait obstacle auxdites réformes. Pourtant, la paix dont il aime parler n’existera de façon pérenne qu’à la condition que les pratiques politiques deviennent lisibles et équitables. Quelle paix veut-on faire ou promouvoir en imposant des lois scélérates qui punissent injustement les adversaires politiques ? Quelle paix peut-il y avoir lorsque les institutions de la république semblent exister et rouler exclusivement pour certains Togolais, notamment ceux qui s’accrochent au pouvoir ? Aucune paix n’est possible lorsque la commission électorale valide des hold up électoraux ; aucune paix ne l’est non plus dans le cas d’une Cour Constitutionnelle qui cautionne un coup de force dicté par l’esprit de vengeance aveugle et méchante par lequel Gilchrist a fait renvoyer de l’Assemblée Nationale ses lieutenants qui ont refusé de le suivre dans son aventure participationniste.

En laissant son ministre dela Décentralisationnarguer les adversaires politiques en mettant fin aux discussions sur les réformes, Faure Gnassingbé en fait trop. En plus d’abuser de ses adversaires politiques, il montre aux populations qu’il fait des promesses juste pour tromper les gens. Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute, avait écrit le fabuliste. Tout le monde a compris la leçon maintenant que sans raison valable le pouvoir de Faure Gnassingbé s’oppose une fois encore farouchement à des réformes qui auraient dû être faites depuis 2007, si l’on savait tenir ses promesses. Marküs Löning a prêché à coup sûr dans une chapelle de sourds-muets. Quels lendemains prépare-t-on ainsi à ce pays ? Faure Gnassingbé a la réponse à la question.

Nima Zara

Le Correcteur N° 396 du 03 décembre 2012