Des Diversions au sommet de l’Etat pour désamorcer la tension sociale et détourner l’attention du peuple des priorités

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Des Diversions au sommet de l’Etat pour désamorcer la tension sociale et détourner l’attention du peuple des priorités

 

Qui trop embrasse mal étreint, disent les Français pour indiquer que celui qui fait plusieurs et beaucoup de choses à la fois ne fait finalement rien de sérieux. Dans le cas du pouvoir de  Faure Gnassingbé, il se remarque que depuis quelques temps, plusieurs dossiers sont ouverts et entrepris au même moment. Dialogue inclusif, procès Kpatcha Gnassingbé, audiences publiques de la CVJR, mutation du RPT en un autre parti, voilà des chantiers qui s’enchevêtrent sans qu’il y ait une garantie d’efficacité à toute épreuve. L’objectif serait-il ailleurs ?

Un regain d’activités suspect

                C’est une constatation qu’on peut faire si l’on accorde un peu de temps à observer le microcosme socio-politique du pays. Cet examen révèle assez facilement que depuis le début de cette année, un dynamisme hors pair se remarque dans les rangs du pouvoir de Faure Ganssingbé. Selon certains observateurs, le fils d’Eyadèma multiplie toutes les manœuvres susceptibles de créer la confusion et la diversion dans les masses.

C’est d’abord, hors de toute chronologie stricte, l’annonce tonitruante du procès dans le dossier de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Depuis deux semaines, une certaine presse joue à annoncer, parfois sous forme de scoop, mensonger  malheureusement, l’ouverture du procès tel jour, tel autre jour. Finalement, pendant que certains avancent l’ouverture pour ce jour, d’autres parlent plutôt du mercredi 31 août. Toutes proportions gardées, on peut constater que l’évidence est que ce procès pourrait bien s’ouvrir, bientôt ou dans les prochaines semaines. Dès lors, se demande-t-on avec scepticisme, pourquoi est-ce maintenant qu’une telle frénésie est engagée sur le sujet ? Kpatcha et ses compagnons d’infortune sont au violon depuis plus de deux ans sans qu’aucun intérêt particulier n’ait été accordé à leur cas. Aujourd’hui, on annonce leur procès. Bonne nouvelle mais…

Ensuite, c’est la commission Barrigah qui reprend du poil de la bête. Elle annonce l’imminence d’une phase importante de son chronogramme à savoir les audiences et les auditions de témoins victimes et présumés coupables des crimes politiques commis entre 1958 et 2005. Il se peut que ce soit une coïncidence curieuse qui ne saurait justifier une lecture tendancieuse mais c’est un fait que cela pourra se faire au même moment que les tractations et peut-être le procès dans l’affaire de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Même si c’est une coïncidence, on peut s’interroger sur l’intérêt de l’une et de l’autre activité si elles ont lieu au même moment. N’y a-t-il pas le risque que l’une influe sur l’autre au point d’en réduire l’impact, voire les chances de réussite ?

En outre, c’est à présent un secret de Polichinelle que Faure Gnassingbé veut changer la toque du RPT. Il veut sans doute transformer les couleurs et les symboles du parti du maïs et lui donner un nouveau visage. Même s’il n’y a jamais eu de communication officielle sur le sujet, bien d’actes et de comportements indiquent clairement que le sujet n’est plus un secret. Plusieurs réunions secrètes ont ainsi eu lieu à divers niveaux entre le président Faure Gnassingbé et les membres du comité central et du Bureau politique du parti, de même qu’avec les représentations régionales et préfectorales. Sur la place publique, deux associations de jeunes ne font pas de mystère autour de leur invitation à aller au nouveau parti. La NJSPF et le MSF font le tour des préfectures du pays pour sensibiliser les militants et les populations au bien-fondé de la création d’un nouveau parti en lieu et place du RPT. Cela est en chemin, faut-il conclure, sans date fixe.

Dernier élément : le dialogue inclusif. Ce qui est devenu une berceuse qu’on chante aux enfants régulièrement pour les endormir a été une fois encore servi aux initiés. A quelle fin ? On peut imaginer. Chacun peut avoir son idée sur le sujet. Ce qui est sûr, les discours officiels disent que le gouvernement a une volonté réelle de réunir toutes les forces vives de la Nation autour de la tâche de construction. Rien de nouveau. Les grains du chapelet sont bien connus : CPDC rénové, réformes institutionnelles et constitutionnelles, élections, CENI, etc.

Le jeu de la diversion

                Ces différents chantiers témoignent de la charge de travail qui attend le pouvoir. Chose remarquable, on l’a souligné, tous ces chantiers sont ouverts au même moment. On ne parlera pas pour les premiers concernés pour dire qu’ils n’y peuvent pas réussir mais ce qui est vrai, c’est que toutes ces charges au même moment ne présagent pas d’un soin particulier en vue d’un quelconque succès sans faille.

Ces premières analyses ne sont pas du goût de certains analystes qui voient plutôt dans ce regain une simple manœuvre de Faure Gnassingbé de donner le sentiment ou l’impression de faire quelque chose. Selon ces analystes, c’est une manière pour lui de divertir l’opinion en l’occupant par une montagne de sujets. Ce faisant, les masses pourraient oublier un tant soit peu leur enthousiasme suite aux différentes révolutions au Nord du continent et plus loin dans le Golfe Persique. On sait que, au temps fort des révolutions arabes, des forces politiques à l’intérieur avaient agité l’idée d’une récupération nationale en vue d’une expérience propre. D’autres forces politiques, déçues par les promesses non tenues du pouvoir, ont également promis de lui faire la peau.

L’objectif évident est ainsi d’éviter à coup sûr que l’occasion ne s’offre à toutes ces envies pour mettre en œuvre leur rêve. On souligne par exemple que si Faure Gnassingbé appelle à un dialogue inclusif, au même moment il veut créer un autre parti, quelle garantie de réussite peut-il offrir à ce dialogue si entre-temps, l’interlocuteur change ?  De même, quelle sérénité peut-il y avoir à auditionner témoins, victimes et présumés coupables au même moment où un procès extrêmement sensible comme celui de Kpatcha Gnassingbé et coaccusés ? Ce sont des interrogations qui autorisent à convenir avec ces analystes que l’intention ou l’objectif réel peut bien être ailleurs.

Cet ailleurs intègre aussi la tension sociale qu’il faut désamorcer. Depuis quelques mois, avec la hausse successive des prix des produits pétroliers, avec les contestations liées aux récurrentes violations des droits humains, la tension sociale a considérablement monté dans le pays. Les réclamations et protestations liées au prix du carburant ont été accompagnées par la grève des médecins qui a donné elle aussi des idées aux autres corps de métiers. Sur le plan politique, le pouvoir de Faure Gnassingbé n’avait pas la paix non plus. Même son nouvel allié l’UFC n’a pas fait économie de crise en désavouant leur « amitié » dans le sujet de la révision de certains articles de la constitution. Il en résulte que, de part et d’autre, c’est un pouvoir qui souffre, geint et pleure aussi peut-être, acculé de toutes parts et décrié sans ménagements. Les masses muettes crient la faim, les attentes sur le plan social restant sans suite réelle, le pouvoir d’achat déclinant quotidiennement, etc.

Un autre élément qui conforte la thèse de la diversion et partant de la crainte permanente de révolution est la réponse expresse donnée par le pouvoir au mot d’ordre de grève des fédérations de conducteurs et de travailleurs du bois. Bien que ce ne soit pas des fédérations connues et très représentatives, Faure Gnassingbé et le RPT ont senti la nécessité de désamorcer cette bombe, alors que par le passé, ils répondaient par une indifférence déconcertante. De même, le report de la rentrée scolaire du 12 septembre au 3 octobre a un fort relent de volonté de contourner le pire. Des sources proches des syndicats d’enseignants indiquent qu’il y aurait eu deux préavis de grève déposés sur la table du gouvernement dans la perspective de la rentrée du 12 septembre. N’est-ce pas pour empêcher la survenue de ces grèves aux conséquences insoupçonnables que la décision de report a été prise ? Officiellement, on ne l’avouera pas mais la raison officielle avancée ressemble fort à l’arbre qui cache la forêt.

Pour tout dire, les différents chantiers ouverts ou en perspective ne sont pas vraiment la preuve d’un dynamisme  avéré du pouvoir de Faure Gnassingbé. C’est de toute évidence une manœuvre pour éviter que la terre ne tremble sous ses pieds. Cependant, il a plutôt intérêt à trouver des solutions adéquates et pertinentes aux différents problèmes en instance au lieu de jouer les autruches. C’est le devoir que lui confère son titre de président de la république. Il doit l’assumer pleinement ou donner raison à tous ceux qui ne croient pas en lui, non sans raison.

 

Nima Zara

Le Correcteur N° 279 du 27 août 2011

 

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