Dama Dramani entretient et pérennise les pratiques viles du passé et du présent

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An I de la nouvelle assemblée nationale

Dama Dramani entretient et pérennise les pratiques viles du passé et du présent

 

Opacité dans la conduite de certains dossiers, clochardisation et caporalisation assumées, vote de lois scélérates, voilà entre autres les tares inhérentes à la représentation nationale que le président actuel ne fait rien pour corriger. Pourtant, à sa prise de fonction, il a fait croire monts et merveilles. C’est une nouvelle preuve que le camp politique au pouvoir n’est pas capable de rupture ni de modernité.

 

Le doyen d’âge avait tracé le chemin…

A la première réunion des députés élus au scrutin du 25 juillet 2013, l’honneur était revenu au député Georges Lawson, doyen d’âge, de présider les travaux. Son discours inaugural avait retenu l’attention par son audace et par sa pertinence. Dans l’ensemble, M. Lawson avait essayé de tracer le chemin sur lequel la nouvelle Assemblée devrait passer pour assumer valablement sa mission au bonheur de tout le pays.

M. Lawson a montré la toute importance de l’Assemblée Nationale dans le dispositif démocratique du pays en relevant l’obligation que la loi fait à la Cour Constitutionnelle et à la commission électorale par exemple d’adresser des rapports d’activités à l’Assemblée Nationale. Pour l’ancien Procureur de la république, ces prescriptions légales sont la preuve que « le législateur a voulu que les députés jugent de l’ensemble des opérations législatives ».

En outre, M. Lawson a passé en revue les tâches qui lui semblent essentielles auxquelles les députés devront s’attaquer afin de créer les conditions d’une véritable démocratie dans le pays. Il s’agit de faire des lois pour rééquilibrer le découpage électoral, renforcer les mesures de l’indépendance du législatif vis-à-vis de l’exécutif, garantir la protection aux députés, pour ne citer que ces exemples. D’où cette invitation adressée à l’ensemble des députés : « je ne saurais trop nous recommander de veiller à la dignité des débats, à l’écoute attentive et respectueuse de l’autre, à la réflexion préalable à toute intervention,  à l’étude objective et sérieuse des problèmes qui nous sont soumis ».

En dernier lieu, il convient de rappeler cette formule fondamentalement suggestive proposée par M. Lawson : « souvenons-nous qu’on ne se sauve pas de la  réalité politique en refusant de la connaître ou en lui donnant un nom injurieux » et surtout son invitation finale à ses collègues et au président qui va présider les travaux après lui : «  car en définitive, dans le tourbillon des événements et des idées, des adversités politiques déclarées ou contenues, notre objectif essentiel et permanent reste le bonheur de toutes les Togolaises, de tous les Togolais et bien sûr de tous les hommes installés chez nous ». Belle feuille de route pour une mandature satisfaisante.

 

Au commencement étaient des promesses…

Dama Dramani est un politicien dont les opinions et les attitudes ne sont pas inconnues. Ayant longtemps travaillé et milité à l’ombre et au pied de feu Eyadèma, sa présence à tout niveau de l’administration publique met tout le monde d’accord qu’il ne peut pas faire autre chose que de défendre les intérêts du clan au pouvoir contre ceux du peuple.

Quand son nom a été avancé comme président de l’Assemblée nationale, les observateurs de la vie politique nationale en ont aussitôt conclu à un choix de radicalisation de la part de Faure Gnassingbé. Ce n’est pas faux de le dire ou de le croire puisque les œuvres suivent les hommes et que surtout sur l’échiquier politique national, les opinions et les tendances des hommes politiques de la famille politique au pouvoir sont bien connues, à peu de choses près.

M. Dramani le sait sans doute très bien et à la rentrée solennelle de la représentation nationale le 1er octobre 2013, il déclarait en présence de ses pairs de la sous-région venus assister à la rentrée que l’Assemblée Nationale togolaise avait l’obligation de qualité dans ses activités. M. Dramani indiquait en substance que « nous devons produire un travail de qualité et faire preuve d’une diplomatie parlementaire très active » parlant au nom de ses collègues députés.

Dans le débat sur le lieu approprié pour faire les réformes politiques, M. Dramani avait jeté un pavé dans la mare en arrachant définitivement au profit de la représentation nationale le privilège et le droit exclusif d’en connaître et d’en décider. A l’occasion, l’ancien secrétaire général du RPT mettait en relief la nécessité d’avoir une vision plutôt républicaine des fonctions de base de l’Assemblée Nationale. Dans la foulée, il avait déclaré solennellement que la session qui s’ouvrait ainsi allait être celle desdites réformes, au-delà de ses attributions constitutionnelles de vote du budget. Qu’-t-il fait de ces promesses ?

 

Dramani, le présent au passé antérieur

Le chemin tracé est vite abandonné, oublié. Les promesses faites ne sont pas tenues. M. Dramani a tenté de faire croire que l’Assemblée Nationale qu’il dirige va se démarquer des viles pratiques observées d’antan. Une année d’exercice a prouvé le contraire. On s’est vite rendu à l’évidence que ce n’est pas le chef protocole de feu Eyadèma et ancien secrétaire général du défunt RPT qui va favoriser les mutations dans les pratiques.

Alors que M. Dramani avait lui-même déclaré que la session budgétaire allait être celle des réformes et que ce droit revenait à l’Assemblée Nationale, il a participé à la comédie organisée par « son » patron Faure Gnassingbé et qui a consisté à faire envoyer un projet de loi à l’Assemblée nationale pour ensuite voir les députés de la même majorité gouvernementale le rejeter sans ménagements. Nicolas Warnery a fait observer avec subtilité et ironie que cet acte était un vote de défiance du gouvernemental que soutiennent ces mêmes députés mais il a intérêt à se raviser. Au Togo, la politique a une autre définition et lorsque des députés d’une majorité rejettent un projet de loi envoyé par le gouvernement qu’ils portent, ce n’est pas un signe que ce gouvernement doit démissionner.

En plus du caractère loufoque et exceptionnellement scandaleux du vote de refus des réformes, l’acte posé par les députés chapeautés par Dama Dramani est une entreprise partisane et égoïste. Bien que M. Lawson ait appelé à viser d’abord et avant tout le bonheur général qui doit rester « l’objectif essentiel et permanent » des députés, M. Dramani et ses collègues députés de Faure Gnassingbé ont choisi de protéger les intérêts égoïstes de leur patron et de lui remettre le Togo comme on remet le sceptre royal d’une chefferie à un prince. Voilà des députés qui, au lieu de servir le Togo, servent exclusivement les intérêts de leur famille politique. A ce titre, ils sont devenus les adversaires de la démocratie et de l’Etat de droit.

De plus, M. Lawson a regretté le sort réservé aux neuf députés UFC en 2010 et a invité les uns et les autres à ne plus retomber dans les mêmes crises. Peine perdue : à peine M. Dramani a-t-il pris le maillet et la bannière que des députés se sont encore retrouvés dans la situation de M. Fabre et compagnie. Le député Targone a vu son immunité levée dans des conditions incroyables. M. Dramani, attendu pour porter la rupture et la modernité,  a même eu l’intelligence de refuser le débat avant le vote de levée de l’immunité d’un député. En plus d’avoir traité ses collègues députés comme de vulgaires écoliers de la maternelle à qui on fait faire gestes et gesticulations, M. Dramani a prouvé aux yeux du monde entier que l’Assemblée Nationale au Togo n’est pas un pouvoir mais un vassal du pouvoir exécutif qui en dispose comme bon lui semble.

Dama Dramani et ses collègues députés de Faure Gnassingbé doivent donc revoir leur copie, s’ils sont capables de faire autre chose. Autrement, les Togolais devront faire le deuil de tout espoir ou de toute confiance en leurs députés qui, au lieu de les protéger et d’œuvrer strictement pour leur bonheur, jouent à les brimer et à les plonger davantage dans la misère et dans l’oppression.

 

Nima Zara

Le Correcteur N° 534

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