Aux Urnes Citoyens Togolais

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Aux Urnes Citoyens Togolais

Pierre S. Adjété

Québec, Canada

 

Les rêveries inapplicables du boycott des prochaines élections présidentielles au Togo sont le témoignage d’une complexité politique toujours vivante. Mais à chaque fois, les idéologues détenteurs d’une formule magique, facile à prononcer comme « Pas de reformes, Plus d’élection », réductrice et simplificatrice de tout, et en quête d’un théâtre d’exhibition et d’expérimentation, se remettent en scène. Bien plus tard, l’on expliquera ce renoncement par le prêche du boycott, le sermon de l’inaction politique en attente des réformes ou en se référant, surtout, à l’absence d’une parfaite unité d’action de toute l’opposition togolaise. Un instant! Du calme, et pas si vite : « Adoucissez votre palette. L’imagination, comme la musique, doit caresser l’esprit. Vous frappez trop fort » et pas forcément juste. Nous sommes dans les « tremblements essentiels » de cette année électorale qui ne présente aucun déterminisme politique : aucun jeu n’est fait en faveur du pouvoir, et ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini, alors que les candidatures franchissent une étape à la fois.

Reconnaissons! Le Combat pour l’Alternance Politique en 2015 (CAP-2015) est un effort considérable de rapprochement des partis politiques et du choix d’un candidat unique pour les prochaines présidentielles dans le contexte togolais où les égos, les opportunismes, la démagogie, la bassesse, l’inélégance et l’irrespect du rôle et de la place de chacun sont restés longtemps la norme, et ont souvent amoindri les actions communes autant que l’efficacité de toute l’opposition togolaise. Les déserteurs du CAP-2015 et des alliances antérieures avaient le choix de leur stratégie et ils possèdent encore toute la surface et la profondeur de leur conscience. Aussi, dans leur poitrine gît toujours la portée stratégique de leurs décisions et de leurs actes de renonciation au cheminement commun ainsi que la discipline minimum qui s’y rattache.

Les yeux fermés, on peut donc très facilement identifier tous ceux qui sont favorables au fameux boycott. Mieux encore, on peut tout aussi aisément suivre les sillons tortueux de leurs pas, ainsi reconnaître le déguisement de leur argumentation menant tous vers les querelles de personnes, les multiples procès d’intention et l’éternel refus d’un autre que soi. Véritablement pour certains, c’est systématiquement devenu un nocif et maladif refus d’une personne autre que celle venant de leur camp pour conduire vers l’État de droit, et même vers une transition qui devrait rétablir des règles de jeu, saines et transparentes, pour tous les partis politiques.

Ici, les regards sont toujours rivés sur les personnes et leurs faiblesses, au lieu que ne soient privilégiés les objectifs poursuivis, le capital de résistance humaine, la force de caractère ainsi que la vigueur et le soutien populaire utiles à l’atteinte des résultats, particulièrement dans une si longue marche vers la démocratie. Au Togo, les critiques sont demeurées partisanes et peu nobles, très peu généreuses, intempestives et mêmes oublieuses du devoir assidu de garder le peuple éveillé et mobilisé pour lui permettre d’exercer constamment sa souveraineté par tous les moyens légitimes. La noblesse du combat semble être perdue au profit des effets d’annonce et de considérations diverses.

Dans un contexte où la légalité elle-même n’a aucun droit et toutes les règles de jeu sont confisquées, non-réformées, non-auditées, non-consensuelles, la légitimité issue du peuple devient la seule alliée d’une alternance politique pacifique. Tant qu’il y aura sur la « Terre de nos Aïeux »cette confiscation de la légalité, l’appel constant à la légitimité du peuple togolais dans toutes les élections pourrait ne pas être inutile. C’est bien là l’une des clés de la complexité de la situation politique au Togo. Nous sommes bien loin des faciles incantations irraisonnées d’appel au boycott des élections présidentielles au Togo qui, curieusement, correspondent aux erreurs passées de l’opposition et aux souhaits actuels des adversaires de l’instauration de la démocratie dans notre pays. Le pouvoir présidentiel togolais n’aurait pas à organiser des élections qu’il s’en porterait bien. C’est aussi pourquoi, chose inouïe et bien étrange, « c’est au dedans de soi qu’il faut regarder le dehors » vers les méandres, les zigzags et les feintes de la politique togolaise ainsi que toutes ces candidatures détonantes.

 

En l’absence de légalité, seule la légitimité renouvelée par le peuple prévaut

Toutes les actions menant vers l’alternance politique au Togo sont donc des ripostes qui méritent de meilleures réflexions, de véritables réquisitoires d’un autre niveau de complexité qui se doivent de traquer un seul et même système incrusté depuis cinquante ans, de père en fils, et qui s’est reproduit avec un cynisme qui a déjà confondu et déçu ses plus fidèles adeptes de la première heure dont certains, et non les moindres, croupissent en prison ou ne sont plus de ce monde. Aussi désespérée que puisse être une cause politique, on ne la plaide pas en la boycottant, mais en lui prêtant la voix du peuple entier, l’entièreté de « La voix des sans voix », à chaque fois que l’occasion se présente.

La cause du peuple togolais doit être défendue, avant tout par le peuple togolais lui-même. Devant toutes les instances qui leur sont ouvertes, sur toutes les tribunes qui leur sont données, à toutes les occasions qui leur sont offertes, les hommes et les femmes peuvent saisir l’opportunité pour dire « Non! » à l’imposture et à la souillure de leur dignité; dire non au silence et à la détresse de toute une jeunesse, non au mépris et aux cris constants des travailleurs, non à l’obscurité et à la pauvreté d’une société sans autre espoir que la garantie de la mort par strangulation liberticide ou par mutilation démocratique. Non! Au Togo, plus personne ne boycottera la voix du peuple. La voix du peuple c’est la voix de Dieu, et cette voix n’est jamais insignifiante ni inutile pour faire naître la démocratie.

Il faut rapidement et solidement faire obstacle à cette idée débonnaire, doucette, démobilisatrice, insinuante, trompeuse, mielleuse, benoîte, juvénile, hâtive et sommaire d’un boycott des prochaines élections présidentielles au Togo. Un boycott qui possèderait un pouvoir magique qui soudainement renfermerait des forces surnaturelles, mais les retiendrait pour ne les déployer qu’après le boulevard des élections délaissées pour le triomphe immérité de Faure Gnassingbé. À ce chef d’État togolais qui savait qu’il ne ferait pas des réformes convenues depuis 2006, mais tournait tout le monde en bourrique au Togo, il faut en plus offrir la quiétude d’une élection non contestée et non contestable par la suite. Adopter une telle approche n’est rien d’autre que se tromper de cible, pénaliser les populations, s’autocensurer et se décrédibiliser dans toute contestation ultérieure. Aussi longtemps que prévaudra l’illégalité au Togo, il faut continuer à participer à toutes les élections; y aller cent fois plutôt qu’une en choisissant le meilleur cheval de bataille.

Refuser à tout un peuple de s’exprimer lorsque le monde entier est à l’écoute? Silence au peuple togolais? Non! Il s’agit davantage de toujours pousser les usurpateurs de la dignité togolaise à commettre le plus d’erreurs possibles, avant, pendant et après toutes les élections, aussi longtemps que les règles du jeu politique ne seront pas transparentes au Togo. Aucunement, une connaissance suffisante du régime présidentiel togolais ne peut raisonnablement aboutir au choix du boycott des élections prochaines. Tous les cas difficiles de conquête de la dignité humaine le démontrent et l’enseignent sans équivoque : « Surtout, ne jamais renoncer et ne pas se lasser de recommencer sans attendre une hypothétique situation parfaite ». C’est d’ailleurs ce que confirme Mādibā lui-même ainsi que les actes de son puissant et inaltérable héritage : « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever à chaque chute. [The greatest glory of living lies not, in never falling, but in rising every time you fall.] »

Soyons donc prudents et demeurons attentifs à la réalité politique togolaise dans toute sa complexité, et même à travers son absurdité. Méfions-nous de toutes ces « caresses que nous faisons à nos opinions pour obtenir d’elles qu’elles se changent en convictions » générales et faciles à gober à travers des slogans simplistes, des analyses superficielles, des animosités incompréhensibles et des querelles déguisées. C’est bien au Togo que le boycott des élections avait déjà coûté, à tout un peuple, sa Constitution de 1992. On y court toujours après, de Dialogues en Accords ou en Engagements, sans jamais pouvoir retrouver cette Constitution votée à la quasi-unanimité du peuple togolais. Et, des témoins et acteurs des boycotts des élections législatives et présidentielles au Togo, une véritable déconvenue stratégique, s’en mordent toujours les doigts pour n’avoir pas été suffisamment rebelles contre une si fâcheuse décision « de groupe », une posture politique aux conséquences incalculables.

Certes, la destination démocratique est devenue lointaine, en apparence éloignée; « Le but est éloigné. Est-ce une raison pour n’y pas marcher? » Certainement pas! Même sous pression et sous oppression, nous sommes libres de nos choix de circonstance, pour peu que nous valorisions la dignité humaine et en possédions une. Sachons les faire, ces choix, aussi longtemps que nous nous réclamons de la politique, science et art à la fois. Boycott des élections présidentielles, et refus d’entendre la voix toujours décidée du peuple togolais en cette année 2015? Non merci!

À d’autres!

● 3 mars 2015 ● 

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