Audiences à la CVJR : de véritables comédies publiques.

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Justice transitionnelle

Audiences à la CVJR : de véritables comédies publiques.

Depuis le 7 septembre 2011, la Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR) du Togo a entamé la phase dite la plus importante de la mission que le Chef de l’Etat lui a confiée par décret pris en Février 2009. Il s’agit la phase des audiences. Et selon la présidence de sous-commission des audiences, Pépévi Kpakpo, il y a trois typologies d’audiences : les audiences publiques, à huis clos (in caméra) et privées. Selon les commissaires, le public togolais et les hommes de médias sont autorisés à suivre celles qui sont dites publiques. Malheureusement un phénomène s’empare de ces audiences qui perdent du coup leur caractère public : l’absence du public togolais et la comédie organisée : C’est la déception totale

Les audiences de la CVJR étaient lancées en fanfare la veille, le 6 Septembre, par la Commission. Le Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé lui –même était annoncé pour la cérémonie officielle du lancement. A la dernière minute, il s’est éclipsé en envoyant le N° 2 de l’Exécutif, Gibert Fossoun, le Premier ministre qui était accompagné de la quasi-totalité de ses ministres. Toujours dans sa naïveté légendaire, le Premier ministre a suivi avec une attention particulière, cette cérémonie pour témoigner le sérieux et l’importance que son mentor accorde à ces activités de la Commission. Une fois le lancement terminé, le cap a été mis le lendemain sur les choses dites « sérieuses ». A l’audience du 7 Septembre la Commission a eu à auditionner des intervenants sur les événements politiques qui se sont déroulés en 1958. Mais avant toute audition, le Président de la Commission, Monseigneur Nicodème Barrigah-Bennissan, soumet les intervenants à une prestation de serment dans lequel ils jurent de ne dire rien de la vérité. Après le serment, les intervenants donnent leur part de vérité sur les événements auxquels ils sont victimes ou témoins. S’en suit une séquence de deux ou trois questions que le Président de la Commission adresse à l’intervenant avant de le remercier au nom du peuple togolais pour avoir accepté venir se présenter devant cette Commission. C’est ce même scénario qui se répète à chaque audience dite curieusement « publique ». A ces audiences, le public se résume presqu’aux journalistes qui se mettent devant les commissaires pour écouter les intervenants. La Commission aurait pu dire qu’elle convie des journalistes à des points de presse puisse que ces derniers ne sont pas autorisés à poser des questions. Donc le qualificatif « publique » n’a plus sa valeur d’être puisque les Togolais ne nourrissent aucun intérêt à ce déballage qui a commencé depuis la semaine dernière. Et si dans la capitale où le public est supposé connaître l’enjeu de ces audiences, manifeste un dégoût à leur encontre, il y a de quoi à s’inquiéter de ce qui adviendra à l’intérieur. Un observateur de la scène politique présage même que les audiences publiques de l’intérieur risquent de ressembler fort aux audiences in caméra, où seuls les commissaires seront face aux victimes, témoins ou auteurs présumés des violences politiques commis sur le territoire togolais depuis 1958.

Au-delà du fait que le public n’adhère pas aux folklores qui se déroulent au siège de la CVJR, c’est la crédibilité des déclarations qui sortent de la bouche des uns et des autres et les conditions dans lesquelles les uns et les autres viennent témoigner. Des informations persistantes font état de ce que la Commission aurait soudoyé des gens pour venir faire de faux témoignages sur les événements passés. Les prétendus témoins de l’assassinat du père de l’indépendance, Sylvanus Olympio en 1963, du vice-président Antoine Méatchi en 1984 ou encore des événements liés à la tragédie de la Lagune de Bè le 12 Avril 1991 ne semblent pas convaincre les Togolais qui ont eu à les écouter sur les médias. D’ailleurs, l’un de ces prétendus témoins de l’assassinat de Sylvanus aurait avoué à un proche une semaine avant le début de ces audiences que la Commission lui avait proposé un montant qui ne convenait pas pour venir témoigner sur l’assassinat d’Olympio. Ce proche dit être stupéfait quand il a vu ce témoin sur l’écran d’une télévision de la place faire des allégations sans tête ni queue sur les circonstances de la mort d’Olympio.

La Commission se complait à dire que les audiences ne constituent qu’une étape de la recherche de la vérité et par conséquent, elles ne sont nullement une session de restitution des résultats de ses travaux. Elle rappelle à chaque point de presse qui sanctionne les journées d’audience que les investigations se poursuivent sur bien des événements tragiques qui ont marqué l’histoire du Togo.

A voir la manière dont les Commissaires se plaisent et se complaisent de ces audiences, nombre de Togolais se demandent si un de leurs proches a été véritablement victime des violences politiques au Togo. D’autres observateurs se demandent quand est-ce que les vérités sur ces faits tragiques seront connues. A la fin des audiences ou lors du rapport final que la Commission rendra au Chef de l’Etat ?

Dans tous les cas, la population a soif, tellement soif de connaître la « vraie Vérité » sur certains événements chocs de la vie politique togolaise. La Commission aura lamentablement failli à sa mission si au bout de son mandat d’un an et demi qui a connu une rallonge d’un an, ne parvenait pas à dissiper les zones d’ombre qui sont restées dans la mémoire collective des Togolais des années durant. La Commission doit donc revoir la stratégie des audiences lors elle veut montrer plus crédible, sinon elle continue sur cette même lancée, elle apportera de l’eau au moulin de ceux qui pensent que les audiences publiques ne sont que des comédies publiques, des spectacles de cinémas où chaque acteur vient jouer le rôle et disparaître par la suite. Malheureusement, c’est l’argent des partenaires, de l’Etat qui a été organisé par ce groupuscule de membres de la CVJR. L’autre aura conclu que si l’un des membres de cette commission avait été véritablement victime d’une violence politique, si l’un des proches parents avait été assassiné ou mutilé, il ne se complairait pas dans ces montages. Heureusement que la vérité triomphe toujours sur le mensonge en toutes circonstances.

Jean-Baptiste ATTISSO
L’Indépendant expres N° 181 du 13 septembre 2011

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