AFRIQUE-PLUME: ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE FABRE

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N° 006 du 19 Janvier 2022

ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE FABRE

DEBOUT MALGRE TOUTAFRIQUE-PLUME

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Considéré comme l’incarnation des pures valeurs politiques au Togo, vous êtes l’homme politique qui suscite de l’intérêt chez les togolais. Que pensez- vous de cette représentation que l’opinion publique a de vous ?

J-P F : Je ne peux qu’être honoré par cette présentation. Si l’opinion me perçoit, comme « l’incarnation de pures valeurs politiques », après trois années d’une campagne médiatique sordide, menée par des gens se réclamant de l’opposition, et me présentant comme «un judas, un traitre, un corrompu… », c’est que cette campagne de lynchage a lamentablement échoué. Depuis des décennies, je me consacre corps et âme à la lutte de libération du peuple togolais du joug de la dictature qui l’opprime. Depuis des décennies, mes compagnons et moi, avons tout sacrifié à cette lutte et ne méritons pas de finir dans le caniveau où l’on a voulu nous jeter par pure malveillance. 

Je me félicite donc de cette perception de l’opinion publique. Elle est pour mes compagnons et moi, un encouragement à poursuivre résolument la lutte pour le changement au Togo.

Suivant de plus près l’actualité politique togolaise, votre dernière sortie porte sur une remobilisation des forces vives de l’opposition contre la classe politique dirigeante que vous qualifiez de dictature. Etant une alternative crédible, quelle est selon vous la meilleure stratégie pour s’affranchir du joug du régime ?

JPF : Je ne qualifie pas le régime RPT/UNIR de dictature. C’est une dictature. Et nul ne l’ignore. Ce n’est pas parce qu’il organise à échéances régulières, des élections qu’il prétend remporter, qu’il n’est pas une dictature. Il ne se maintient au pouvoir que par la violence, la corruption, la fraude électorale et la complicité d’une communauté internationale qui, au nom d’une lutte contre ‘’l’islamisme radical’’ préfère la ‘’stabilité’’ à la démocratie et à la bonne gouvernance. Le régime RPT/UNIR est une dictature militaire à façade civile. Comment en venir à bout ? 

Seule, la pression de la mobilisation populaire peut permettre d’obtenir le changement. En 2018, nous n’en n’étions pas loin. Nous avons échoué à cause d’une facilitation partisane de la CEDEAO et des stratégies de démobilisations orchestrées dans les rangs de l’opposition par des partis politiques dont le seul objectif était le leadership de l’opposition.

Il faut tout reprendre. Un travail d’explication est indispensable dans le contexte de confusion actuelle. Ce travail doit se faire sur le terrain par chaque parti politique dans la patience. L’ANC s’y emploie depuis son Conseil national d’octobre 2020.

Vous êtes le leader incontesté de l’ANC, le président national actuel. Des récriminations sont souvent formulées à votre endroit sur : le traitement que vous réservez aux résultats du CNAP, sur les résultats électoraux enregistrés récemment (boycott des élections législatives et le score de la présidentielle 2020). Que diriez-vous à vos militants et par extension aux togolais qui doutent de la pertinence de vos choix ?

JP F : A l’ANC, nous nous évertuons en permanence, à construire un véritable parti politique, c’est-à-dire un parti ayant un fonctionnement démocratique et disposant d’une assise ou d’une implantation nationale. Je ne sais pas si je suis un leader incontesté, mais je suis sûr d’être constamment à l’écoute de mon parti dont je tente de respecter scrupuleusement les textes. 

Dans notre pays, si tout le monde s’efforçait de comprendre, un tant soit peu, comment fonctionnent les partis politiques, beaucoup d’errements seraient évités. De prétendus activistes et une certaine presse, ne tenteront pas d’imposer leur diktat aux partis politiques, au nom d’une théorie de l’union de l’opposition. Si Mgr Kpodzro savait comment fonctionne un parti politique, il n’aurait pas tenté d’imposer, sans en avoir aucune compétence, un candidat unique aux partis politiques de l’opposition. 

En vertu de nos textes, le Bureau National est l’organe de décision du parti. Les décisions du parti émanent en conséquence du Bureau national et non du président. Toutes des positions que nous avons prises au sujet de la CNAP ont été longuement mûries et débattues au sein du parti. Et notre retrait a été décidé par consensus. Chacun a pu reconnaitre à cette occasion que les débats ont été francs et sincères. Jean-Pierre Fabre n’a rien décidé tout seul. 

Quant au boycott des législatives de 2018, c’était une décision de la C14 que nous avons respectée.

Je ne crois pas que nos militants doutent de la pertinence de nos choix. Nous en avons discuté au cours de notre dernier Conseil national qui ne nous a pas désavoués.

Les projets de développement sont au cœur de vos actions multiples notamment les projets de réhabilitation publique, les projets pour les CDQ, de la salubrité publique ainsi que d’autres projets de développement de nature différente. Que diriez-vous de la finalisation ou de la mise en œuvre de ces projets nominativement désignés. Etes-vous satisfait des résultats enregistrés jusqu’ici ?

JP F : Je suis un éternel insatisfait. Et je viens juste de commencer. Les résultats ne sont pas encore visibles. Les moyens considérables que nous avons engagés sont loin d’être à la hauteur des défis à relever. Nous avons été stupéfaits à notre arrivée, par l’insalubrité qui prévalait dans nos quartiers, surtout dans la vieille ville de Lomé, Nyékonakpoé, Béniglanto, Kodjoviakopé, Aguiarkomé, Adawlato etc.  Où les aspects les plus élémentaires de la vie quotidienne de nos concitoyens ont été négligés par nos prédécesseurs à la tête des communes, et surtout par l’Etat. 

Et nous nous employons à réparer les situations graves que nous y avons découvertes. Nous avons pris à bras le corps, la résolution des problèmes de salubrité, d’assainissement et d’hygiène. Toutes choses qui concourent à la santé des populations. 

La restauration de certaines écoles primaires, la fourniture de tables-bancs et la construction de latrines, inexistantes ou dans un état de délabrement indescriptible dans des écoles primaires, l’entretien et l’extension du réseau d’éclairage public, le curage et la fermeture des caniveaux à ciel ouvert ainsi que la construction de latrines publiques, sont autant de chantiers ouverts et en cours d’exécution en ce moment.

Il s’agit de faire en sorte que les populations de nos quartiers vivent dans un environnement sain. Nous sommes préoccupés par l’amélioration du cadre de vie, et décidés à le rendre propre, vivable et agréable. Mais nous ne pouvons réussir sans l’engagement et l’implication des populations dans une lutte déterminée, contre les pollutions de toute nature de leur environnement immédiat.

Les responsables de CDQ et les chefs de quartier sont des partenaires qui nous apportent une aide appréciable. C’est le lieu de leur rendre hommage pour leur engagement désintéressé au bénéfice des populations de notre commune. 

Votre commune a fait de l’obligation de redevabilité et de la transparence, ses principes cardinaux. Quels sont selon vous la place de ces principes dans la présentation de compte administratif et de l’exécution du budget que vous présentez régulièrement ?

JPF : La présentation du compte administratif est une obligation légale du maire qui en fin d’exercice, dresse ce compte qui retrace l’exécution administrative du budget. Le maire ne peut s’y soustraire. 

Ainsi, dans le cadre de l’accomplissement de mon mandat pour l’année 2020, les autorités municipales ont décidé d’offrir autant que faire se peut, un niveau des services de base et d’investissement pour l’amélioration du cadre de vie des habitants et du cadre de travail, à travers les axes prioritaires suivants : 

  • La propreté de la commune pour préserver la voirie bitumée et pavée, le réseau de canalisation et de drainage des eaux pluviales et les espaces publics ; 

  • Le développement des réseaux de voirie, d’éclairage public, des feux tricolore et de signalisation par leur extension et leur réhabilitation ;

  • Le réaménagement de bâtiments scolaires et la construction d’un bâtiment pour l’état-civil d’Amoutivé ;

  • Le renforcement des capacités techniques des services par l’acquisition d’équipements en matériels et mobiliers de bureau et la constitution d’une flotte automobile ;

  • L’élaboration d’un Plan de Développement Communal (PDC) pour asseoir un programme pluriannuel d’investissement (PPI) ;

  • Le renforcement des effectifs et des capacités du personnel par le recrutement de personnel complémentaire et la formation. 

Pour la réalisation de ces projets, le Conseil municipal avait adopté le 31 décembre 2019, en session ordinaire, le budget primitif gestion 2020, équilibré en recettes et en dépenses à la somme de 2 632 750 000 FCFA.

Conformément à la loi, les deux acteurs de l’exécution du budget, à savoir l’ordonnateur (le Maire) et le comptable public (le Trésorier ou Receveur) sont tenus de produire respectivement, le compte administratif et le compte de gestion qui retracent leurs opérations respectives.

Le compte administratif de l’ordonnateur (le Maire) retrace en recettes et en dépenses, l’ensemble des opérations d’émission de titres.

Le compte administratif du Maire pour l’exercice 2020 a été présenté en avril 2021 par le Maire. Il a été et adopté par le Conseil municipal. En toute transparence. 

Votre commune fait un travail remarquable en menant une politique volontariste au profit des jeunes et des populations vulnérables. Pensez-vous poursuivre ces projets si chers aux populations ? Quelle est selon vous l’utilité sociale d’une telle action ?

JPF : Bien sûr, nous devons poursuivre ces projets. Pour nous, je le répète, il s’agit d’abord et avant tout, de tout mettre en œuvre pour améliorer le cadre de vie de nos populations. Un environnement propre et sain est indispensable à cela. Nous devons en conséquence, réaliser les projets qui y concourent : balayage des voies, disparition des décharges sauvages, réhabilitation et construction de latrines publiques, réhabilitation de plusieurs marchés, curage de caniveaux, reprofilage des voies en latérite, etc. 

Malheureusement, nos moyens ne sont pas au niveau de nos ambitions. Pire encore, ces moyens diminuent drastiquement par un phénomène étrange. Les recettes fiscales collectées pour nous par l’OTR connaissent une chute vertigineuse et les prévisions de l’OTR pour 2022 suivent la même tendance alors que dans le même temps, le même OTR améliore régulièrement ses performances de recouvrement qui sont vantées par les pouvoirs publics. Que se passe-t-il ? On nous demande de croire que rien ne se passe à notre détriment. Nous avons des raisons d’en douter.

S’agissant des jeunes, plusieurs entreprises attributaires des appels d’offres que nous avons lancés sont dirigées par des jeunes. Et les autres travaux que nous réalisons, nécessitent pour leur exécution, le recrutement de plusieurs jeunes de nos quartiers. A notre arrivée, nous avons procédé au recrutement d’environ deux cents collecteurs et recouvreurs qui sont tous, des jeunes de nos quartiers. 

Nous aidons également des Centres Médico-Sociaux (CMS) qui sont sur le territoire de notre commune, notamment : Amoutivé, Kodjoviakopé. Nous venons d’accepter de prendre en charge les frais de dédouanement d’une ambulance au profit du CMS de Wétrivikondji. 

Nous sommes, comme vous le voyez, en plein dans le social. 

Nous venons d’entamer l’année civile 2022. Quels sont vos vœux pour les habitants de la commune et aux togolais en général ? Vos perspectives à moyen et à long terme pour la commune que vous dirigez avec brio ?

JP F : D’abord, à tous mes compatriotes togolais, une belle et heureuse année 2022. De la persévérance et beaucoup de patience dans la lutte pour le changement. Et puisque le mensonge est devenu une ‘’arme de destruction massive’’ à l’usage de personnes se proclamant de l’opposition, contre leur partenaire de l’opposition, beaucoup de discernement pour démêler le vrai du faux. Ne jamais agir par lassitude, afin d’éviter de se jeter dans les bras du premier charlatan venu. 

Aux résidents de la commune Golfe 4, en plus des vœux ci-dessus, à tous mes compatriotes, je sollicite leur implication, leur contribution et leur vigilance, pour la réalisation de nos projets visant l’amélioration de leur cadre de vie. 

Je vous remercie.

 

Afrique-Plume N° 006 du 19 Janvier 2022

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