Vers l’instauration d’un état de terreur au Togo après les législative: Le domicile de Jean-Pierre Fabre pris pour cible,

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Vers l’instauration d’un état de terreur au Togo après les législative

Le domicile de Jean-Pierre Fabre pris pour cible,

des manœuvres pour fermer définitivement Légende FM et tous les médias critiques.

 

            Les législatives passées et après l’ouverture de la session de droit de la nouvelle législature le 20 août 2013 dans une ambiance totalement décrispée sous la présidence du Doyen d’âge Me Georges Lawson, place à un nouveau cap. Non seulement des coups de feu ont été tirés autour du domicile du leader de l’opposition togolaise, Jean-Pierre Fabre, par des individus non identifiés dans la nuit du vendredi à samedi, mais encore la HAAC, autorité de régulation des médias et l’ART&P se sont arrangées pour mettre sous éteignoir ad vitam aeternam la radio Légende FM qui a commencé à émettre depuis hier, après sa suspension d’un mois, en lui signifiant le refus de renouvellement de son autorisation d’émettre et la décision de retrait de sa fréquence. Selon les infos, plusieurs médias critiques seraient visés par ce plan abject.

            La démocratie avec en toile de fond la liberté d’expression demeure une quête permanente; et il suffit d’un moment de relâchement pour que tous les « acquis » de hautes luttes soient remis en cause. Comme le proclamait le Professeur Vignon, éminent enseignant à la Faculté de Droit de l’Université de Lomé, paix à son âme, « en matière de respect des droits de l’Homme et de démocratie, il n’y a jamais de garantie absolue. ». Au Togo, les avatars politiques remettent presque toujours au goût du jour l’épineuse question de la démocratie, disons plutôt de la démocratisation.

            Après les législatives prétendument remportées par l’Union pour la République, et la parenthèse de la session de droit de la nouvelle législature, le paysage politico-médiatique togolais ne semble pas s’éclaircir. Jean-Pierre Fabre, leader de l’opposition togolaise semble être la cible d’un plan d’intimidation ou d’assassinat. Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, des individus armés non identifiés ont semé un climat de terreur dans son quartier et plus exactement autour de son domicile. Entre 23h et minuit, ceux-ci ont en effet, selon plusieurs témoins, tiré plusieurs fois dans les environs du domicile du numéro un de l’opposition togolaise, avant de prendre la fuite. Quels étaient les réels mobiles de ces hommes de main vraisemblablement en mission pour le pouvoir ? Etaient-ils là pour foutre à Jean-Pierre Fabre la peur de sa vie ? Ou bien pour une mission bien plus délicate, à savoir l’extermination du leader de l’opposition ? Une chose certaine, c’est que des actes pareils commis à quelques encablures du domicile du politicien empêcheur de tourner en rond sont loin d’être fortuits.

            Si dans la nuit du vendredi à samedi dernier, le principal opposant de Faure Gnassingbé a eu des sueurs froides, depuis la veille des législatives du 25 juillet 2013, il ne fait pas bon être journaliste critique au Togo. Depuis lors, c’est plutôt un sale temps que passent les médias qui jouissent d’une liberté de ton vis-à-vis du pouvoir en place. En effet, la veille du scrutin, la radio Victoire FM qui ne passe pas son temps à fredonner des chants de louange à la gloire de Faure Gnassingbé, avait été avertie par la HAAC. Redoutant de subir une sanction plus sévère le lendemain, jour de vote, elle a, par mesure prudentielle, décidé de ne pas émettre. Carrément.

            Le jour du scrutin, Légende FM subissait le sort que radio Victoire Fm redoutait. Elle a été suspendue pour une période d’un mois, conséquence de sa témérité à jouer sa fonction de veille et d’alerte. Hier, elle a donc repris ses émissions, après avoir purgé sa peine. Mais ce qui devait être un sujet de joie pour cette radio ainsi que ses auditeurs a vite dégénéré en une source d’inquiétudes. Par voie d’huissier, une décision de la HAAC jusqu’ici difficile à comprendre a été notifiée à Flavien Johnson, Directeur Général de la radio. « Considérant … considérant … considérant … décide : Article premier : le refus de renouvellement de l’autorisation d’installation et d’exploitation de « Radio Légende Fm ». Article 2 : la présente décision qui prend effet à compter de la date de sa signature, est notifiée au Directeur Général de « Radio Légende FM », rendue publique et publiée au Journal Officiel de la République Togolaise ». Cette décision, faut-il le souligner, a été publiée dans le numéro 9105 de Togo Presse, avant qu’elle ne soit notifiée au principal intéressé. Respect des textes de la HAAC, dites-vous ? Passons.

            A la lumière de cette décision, Radio Légende FM devrait disparaître de l’espace médiatique et audiovisuel togolais, dès l’expiration de sa licence d’installation et d’exploitation.  Sans recourir à la Justice, Kokou Tozoun parvient à interdire définitivement la radio Légende FM de toute émission. En a-t-il la prérogative ? La polémique risque sous peu d’enfler. Voilà qui vient confirmer l’information publiée au journal et dans laquelle elle dénonçait des manœuvres du pouvoir visant à fermer définitivement cette radio qui jouit d’une liberté de ton et d’action vis-à-vis de Faure Gnassingbé. Ce nouveau développement confirme en outre les informations à nous parvenues, selon lesquelles, des plans visant à bâillonner tous les médias qui troublent le sommeil de Faure Gnassingbé et ses collabos étaient en cours et devraient être exécutés après les législatives 2013. Pour la Légende FM, le sort serait scellé, en attendant les recours de ses avocats. Emboîtant le pas à la HAAC, l’ART&P a, à son tour notifié à cette radio, la décision par laquelle elle lui retire sa fréquence. C’était hier dans la soirée. Votre journal Liberté, d’après les révélations, serait le second média sur la liste,  après Légende FM.

            Qu’est-ce qui justifie cette cabale contre cette radio et les autres médias critiques ? Selon les informations, Kokou Tozoun, président de la HAAC, et en froid depuis quelques semaines avec Faure Gnassingbé, chercherait, en fermant ces organes critiques les uns après les autres, à revenir dans les super grâces de l’autoproclamé « Leader nouveau ». Entre les deux hommes, un journaliste, un doyen en perte de repère, jouerait le rôle de médiateur.

            Le plan de musellement des médias critiques est déjà en cours : celui visant à déstabiliser le mental des leaders opposants aussi. Finalement, le pouvoir incarné par Gnassingbé fils ne chercherait-il pas à ramener le Togo à l’ère de la pensée unique par l’instauration d’un climat de terreur dans le pays ?

 Magnanus FREEMAN

Liberté N° 1522 du mardi 27 août 2013

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