TRANSITION APAISEE EN AFRIQUE : C’est l’esprit républicain qui manque le plus

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Les transitions ou dévolutions démocratiques de pouvoir en Afrique sont très rares. Plus rares encore sont celles qui débouchent sur une alternance permettant l’accession au pouvoir d’un candidat issu de l’opposition. Quant aux alternances caractérisées par une passation pacifique de charges entre présidents sortant et entrant, elles sont tout simplement rarissimes sur le continent noir. Les batailles des urnes, auxquelles les prétendants au fauteuil présidentiel se livrent sans merci pendant les campagnes électorales, ont toujours été suivies de coups de canons et de bains de sang. Et même quand une éclaircie se présente, comme ce fut le cas au Sénégal, les choses ne se passent jamais de bout en bout dans les règles de l’art.

L’acceptation de sa défaite par l’ancien président Abdoulaye Wade a, certes, remis le pays sur les rails, démocratiquement parlant. Elle ne peut cependant pas suffire à elle seule pour redorer le blason du pays et colmater les brèches ouvertes par son entêtement, malgré son âge et sa décennie de gouvernance, à refuser toute alternance dans son pays jadis cité comme un exemple en la matière. Pour arriver à un changement de régime au pays de la Téranga, il a fallu que le sang de Sénégalais coule. Tout comme au Niger, en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire où le changement de main du pouvoir s’est fait dans des conditions difficiles.

La persistance des contestations des régimes en place par les candidats malheureux aux élections prouve que même la reconnaissance par certains, de la victoire de leur ex-concurrent, ne venait pas du fond du cœur. Une des raisons à cette difficile alternance en Afrique est sans doute liée à la mauvaise organisation des scrutins qui les rend peu fiables et donc moins crédibles que ceux qui se tiennent en Occident. Les candidats à leur propre succession ont presque toujours une mainmise sur le processus électoral et mettent tout en œuvre pour donner au verdict des urnes la sentence qui leur est le plus favorable.

De là, apparaissent des scores vertigineux dont la grandeur numérique n’a d’égale que l’ingéniosité dont ont fait montre les acteurs commis au tripatouillage des résultats. S’attendre en ce moment à ce que des résultats falsifiés soient entérinés par un camp qui croit dur comme fer que sa victoire a ainsi été confisquée, reviendrait à demander à ce dernier de valider une parodie d’élection. Et la tradition de mauvaise organisation des élections est tellement ancrée dans les pratiques africaines que même quand un vote se passe dans des conditions acceptables, le bouc émissaire est vite trouvé par le perdant pour laisser planer le doute sur la propreté du processus. Le cas le plus récent a été enregistré en Côte d’Ivoire où Laurent Gbagbo a voulu faire recours au recomptage des voies pour se tailler artificiellement une victoire à la mesure de sa boulimie du pouvoir.

Dans certains cas donc, c’est plutôt l’esprit républicain qui manque le plus pour assurer aux pays africains ayant réussi une élection acceptable, une transition apaisée. Les cas presque réussis de certains pays comme le Sénégal, dernièrement, laissent penser que les lignes commencent à bouger et qu’il n’est pas impossible, des transitions à l’occidentale sur les scènes politiques africaines. Pour peu que les politiciens du continent se laissent séduire par les bons exemples. En la matière, la passation en cours et qui ne manque pas de fasciner tant par le caractère responsable de ses principaux acteurs que par sa beauté théâtrale est celle consécutive à la présidentielle française de 2012.

Depuis la proclamation des résultats de cette élection, aucun propos malveillant n’a jusque-là été enregistré, ni de la part de Nicolas Sarkozy, candidat malheureux, ni de la part du nouveau président, François Hollande. Et tout se passe comme si le bel exemple des deux responsables avait été suivi à la lettre par leurs lieutenants et collaborateurs respectifs qui semblent rivaliser dans le discours courtois et l’attitude fair-play. Après avoir appelé ses électeurs et autres sympathisants à respecter le président élu, le chef de l’Etat sortant a donné le ton de cette bienséance en invitant son successeur à commémorer à ses côtés le 8-Mai dernier.

Tous les gestes des deux présidents lors de cet événement qui salue la mémoire de ceux qui sont tombés lors de la Seconde Guerre mondiale, et dont la symbolique occupe une place de choix dans l’histoire de la France, s’apparentaient fort à une concrétisation de la passation de charges dont l’officialisation se fera bientôt. Les dirigeants africains ont toujours brillé par leurs aptitudes à adopter à l’excès la vie mondaine de certains monarques et dictateurs de l’Europe antique. Ils rechignent cependant à copier le comportement citoyen et républicain de certains de leurs pairs occidentaux dont ils rêvent pourtant de jouir des avantages et surtout de la notoriété.

La beauté des transitions des pays développés tarde un peu trop à faire des émules en Afrique malgré l’urgence de l’avènement d’une vraie gouvernance démocratique pour déclencher son émergence. Les populations doivent jouer davantage leur rôle de contrôle et de coercition pour amener les décideurs à prendre les mesures et à adopter les comportements nécessaires à une dévolution républicaine du pouvoir d’Etat. C’est seulement après cette prise de conscience réelle que l’appui des pays occidentaux (qui sont les principaux bailleurs de fonds et sont appelés à financer les dégâts causés par les crises post-électorales), pourra contraindre les partisans du pouvoir à vie, à discipliner leurs envies.

« Le Pays »

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