Togo : C’est désormais clair et net, la crise électorale s’installe

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Togo : C’est désormais clair et net, la crise électorale s’installe

 

(AfriSCOOP Lomé) — Contrairement aux propos des officiels togolais qui ont réaffirmé ces dernières semaines dans la presse internationale que le « Togo n’est pas en crise », les acteurs politiques de ce petit pays d’Afrique de l’ouest vont s’enfoncer et s’engoncer dans un nouveau bras de fer qui risque d’être à nouveau violent, mais surtout sanguinolent.

Après une accalmie politique de deux semaines, les personnages phares du mélodrame politique qui ruine depuis les années 90 les efforts de développement multisectoriel de la « Terre de nos aïeux » sont de retour. C’est la “désignation” par le Parlement dominé par Unir (au pouvoir) de 15 des 17 membres devant composer la Ceni (Commission électorale) qui a mis le feu aux poudres. Sur ces 15 membres désignés, plus des ¾ sont favorables au régime de Lomé.

Les origines du nouveau différend qui risque de cisailler un peu plus les efforts de rapprochement entre Opposition et parti au pouvoir entrepris des deux côtés depuis la mi-2012 sont simples. Les partisans du président Faure Gnassingbé crient au respect des échéances constitutionnelles qui encadrent le renouvellement du Parlement, alors que pour la grande majorité de l’Opposition togolaise, « sans un dialogue crédible débouchant sur la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles (recommandées par l’Accord politique global de 2006), pas question de se précipiter d’aller à de nouvelles élections ».

Cette posture de ceux qui contestent depuis 2005 le pouvoir de Faure Gnassingbé n’est indirectement qu’une resucée de l’avertissement qu’avait lancé à la mi-2011 l’Anc (formation de Jean-Pierre Fabre, principal opposant à M. Gnassingbé) aux autorités togolaises : « Si l’Unir et ses partisans croient qu’ils vont rééditer leur exploit des années précédentes en organisant des élections injustes, ils se sont mis le doigt dans l’œil (…) Pas d’élections crédibles, plus d’élections au Togo (…) Nous allons mobiliser le peuple pour ce faire » !!

« Nous verrons bien au finish, entre M. Fabre et le gouvernement, qui organisera les prochaines législatives », a asséné ce 19 octobre, très serein et hyper confiant, Gilbert B. Bawara, ministre de l’Administration territoriale. Autant dire que la formation présidentielle est décidée à opérer un nouveau passage électoral en force, quitte à mâter les contestataires de sa politique. Sauf que contrairement à l’environnement dans lequel se sont déroulés les scrutins de 2005, 2007 et 2010 au Togo, prévaut une nouvelle donne.

Dopés par les images des révolutions arabes, ulcérés par leur paupérisation criarde qui côtoie la richesse insolente d’un cercle fermé de leurs dirigeants, les populations des zones urbaines du Togo sont décidées à faire barrage à un nouvel hold-up électoral. Cet état d’esprit fondé sur la détermination populaire et de solides convictions religieuses hétéroclites est perceptible depuis le lancement de la série de manifestations du Cst (« Collectif sauvons le Togo ») à Lomé et dans plusieurs cités de l’intérieur du Togo le 12 juin dernier.

Au regard du passé électoral togolais fait de violations massives des droits humains et de son lourd cortège de vies sacrifiées, il est à craindre le pire pour la « Terre de nos aïeux », si aucune médiation étrangère ne se dépêche de s’interposer entre les deux parties. L’issue de l’affrontement qui semble inéluctable entre Opposition et parti au pouvoir est d’autant plus incertaine parce que nul ne saurait prédire le camp vers lequel se pencheront les militaires pros-Bodjona et pros-Kpatcha, en cas de nouveau déclenchement d’hostilités politiques meurtrières en République togolaise. MM. Bodjona et Kpatcha, les principaux architectes de la montée au pouvoir de Faure Gnassingbé croupissent actuellement injustement dans les geôles de l’Etat togolais.

Un commentaire de Faustin Amoussouvi — La Rédaction © AfriSCOOP à Lomé

 

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