Répressions des manifestations ou le « come back » des années 1990

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Le  Collectif « Sauvons le Togo » a appelé  les populations  de Lomé et ses environs  à un  meeting d’explication au stade dit « Terrainvi » le dimanche  1er juillet 2012 conformément à son programme qu’il a publié et qui consiste à sillonner le Togo pour  expliquer sa  plateforme à  toutes les populations du pays. Malheureusement, à l’arrivée au stade Oscar Anthony, lieu de la rencontre, les forces de l’ordre ont déjà investi les lieux. Elles  avaient déjà bouclé les différentes voies menant au stade depuis la matinée pour  empêcher les manifestants d’atteindre le lieu. Ces forces de sécurité s’en sont données à cœur joie pour disperser à coup de gaz lacrymogène la manifestation du CST. L’épreuve de force engagée par le pouvoir  contre les manifestations du Collectif depuis les 12 et 13 juin continue son cours malgré les appels tous azimuts à un dialogue pour que la violence ne devienne pas la réponse à ces manifestations. Au vu de la  tournure des événements du dimanche passé,  il y a lieu de se demander si les protagonistes sont encore dans la logique de dialogue. Le gouvernement avait ces derniers jours laissé entendre par le biais de son porte- parole qu’il est disposé à  engager des discussions avec le collectif en vue d’entamer des négociations. Pour joindre l’acte à la parole, il a invité la semaine dernière, les responsables du Collectif à une rencontre à la primature pour plancher sur ses revendications. Les responsables du Collectif n’ont pas fait le déplacement de la primature mais ont fait une conférence de presse pour clarifier leur position sur d’éventuelles négociations. En clair, le Collectif pose des préalables avant toute négociation. Dans la foulée, il annonce  toute une série de manifestations sur toute l’étendue du territoire sans doute pour accentuer la pression sur le pouvoir. C’est dans la logique d’application de ce programme que le Collectif a invité les Loméens et les Loméennes à un meeting d’explication. A l’analyse de la  situation née de la répression du meeting de dimanche l’on se demande si le gouvernement n’est pas en train de commettre une grave erreur car un simple  meeting ne comporte rien de risquant pour susciter un refus ou une dispersion à laquelle on a assisté ce dimanche. Autant il est déplorable que le Collectif n’ait pas jugé bon de présenter ses préalables à temps, autant le gouvernement a raté aussi l’occasion de montrer sa bonne foi en laissant le Collectif tenir son meeting. En choisissant de réprimer le meeting du Collectif en un moment où il l’appelle à la négociation, le gouvernement n’est pas en train de poser des actes qui rassurent l’autre partie de sa bonne volonté à négocier. Cette manière de procéder donne l’impression de vouloir appeler un « ennemi » à la paix au moment il détient ses armes avec lesquelles il peut faire usage pour le décapiter. Cela risque de pousser le protagoniste à la radicalisation. Avec la répression et les poursuites judiciaires, le gouvernement semble choisir la voie qui risque de l’éloigner de son objectif de vouloir régler les problèmes dans l’apaisement. La répression ne va certainement pas étouffer les revendications. Elles ne feront juste que déplacer les problèmes pour les compliquer davantage.

Il y a mieux à faire que les procédés par lesquels le gouvernement s’y prend actuellement  dans la crise togolaise. Il faut éviter de retourner aux méthodes qui ont été décriées il y a quelques années. La violence aveugle avec laquelle les Forces de l’ordre  répriment  les marches ou autres actions publiques ne fera que jeter l’huile sur le feu. Par rapport aux revendications, il vaut mieux faire économie de violence, de morts, d’arrestations et de procès qui constituent une perte de temps en ouvrant de pré négociations avec le Collectif sur les préalables qu’il pose pour qu’enfin des négociations puissent s’ouvrir sur les questions essentielles qui divisent les acteurs politiques. Il ne sert à rien de continuer par entretenir les conditions de confrontation qui vont amplifier l’état de méfiance qui existe entre les acteurs de la vie politique nationale. La répression systématique nous avait conduits à la rupture de la coopération avec les conséquences que le pays a connues. Les Togolais continuent par subir les séquelles de toutes les conséquences de ces années noires. Avec l’interdiction à manifester et la répression systématique toutes les conditions sont réunies pour un retour à la case de départ c’est-à-dire le retour aux années 1990. Ce n’est pas une bonne chose pour la République. Le gouvernement a la responsabilité de nous éviter ce « come back » préjudiciable à l’état de droit que les Togolais appellent de leurs vœux.

Nasser O.Y.       

Indépendant express N°217 du 03 juillet 2012

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