Réformes politiques au Togo Awa Nana et le HCRRUN à l’école du…Rwanda, un pays « démocraticide » !

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Réformes politiques au Togo Awa Nana et le HCRRUN à l’école du…Rwanda, un pays « démocraticide » !

 

- Paul Kagame a fait sauter le verrou de la limitation du mandat pour rester au pouvoir jusqu’en 2034

 

La fixation du Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles, occultant presque sa réelle ou le reste de sa mission, ça fait un bout de temps qu’elle est dénoncée ; mais Mme Awa Nana-Daboya et les siens persistent et signent. Dernier fait d’arme, après l’atelier sur les réformes en juillet 2016 qui n’a pas fini de faire couler de l’encre et de la salive, ils croient devoir accueillir une mission venue du…Rwanda ! Un choix qui affecte la morale vu que ce pays sort d’une guerre civile et est loin d’être une référence en démocratie ; mais il relève suffisamment les réelles intentions du pouvoir au regard du passé lourd de ce pays et des derniers actes par lesquels il s’est signalé en termes de réformes constitutionnelles.

 Une mission rwandaise dans nos murs la semaine prochaine Une délégation d’experts rwandais est attendue au Togo dès ce dimanche 12 février 2017, pour une visite de travail d’une dizaine de jours. Ladite délégation est censée partager l’expérience du Rwanda en termes de réformes constitutionnelles et institutionnelles de façon sectorielle, aussi bien avec les acteurs étatiques que non étatiques, pour permettre « une appropriation des différents mécanismes à mettre en place et des écueils à prévoir lorsqu’un pays s’engage dans le processus de réformes ». Et à cette occasion, le HCRRUN organise une série de rencontres « de travail et de partage d’expériences » entre différents acteurs et la délégation, à l’Hôtel Concorde à Adidoadin sis fin pavé, du 12 au 19 février.

A en croire le HCRRUN, cette activité s’inscrit dans le cadre de la poursuite de sa mission et de la mise en œuvre des conclusions issues de son atelier national d’échanges et de réflexion sur les reformes politiques et institutionnelles organisé du 11 au 16 juillet 2016 au Radisson Blu Hotel visant à « améliorer la gouvernance dans notre pays et à proposer des réformes telles que recommandées par la CV JR ». Il s’agit en quelque sorte d’un rattrapage, car à en croire les informations, cette délégation du Rwanda devrait être aussi de la partie en juillet dernier, mais elle n’avait pas pu faire le déplacement de Lomé. Soit.

Ces rencontres sectorielles de partage d’expériences sont organisées à l’endroit des membres de la Commission des réformes mise en place récemment et occupée par les béni-oui-oui de Faure Gnassingbé, des différents départements ministériels, des Institutions de la République et des organisations de la société civile. De façon générale, elles sont censées permettre aux participants de s’approprier les différentes démarches préliminaires, les mécanismes à mettre en place et les obstacles à prévoir dans un processus de réformes.

Spécifiquement, il s’agira de s’entretenir avec les membres de la Commission des réformes en vue d’échanger sur divers points liés à la mise en œuvre des réformes; permettre une large compréhension du concept de réformes politiques et institutionnelles liées à l’administration publique; donner un sens aux responsabilités déclinées et dévolues à chaque département ministériel et institutionnel telles que recommandées par la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CV JR) ; expliquer la nécessité du consensus politique comme condition, entre autres, de réformes réussies; partager les expériences du Rwanda en matière de réformes et de gouvernance, en termes de leçons apprises, écueils et défis à relever avec les différents acteurs de la mise en œuvre du processus des réformes; s’entendre sur un cadre de collaboration entre institutions.

Le Rwanda, un choix qui heurte la morale

Les responsables du HCRRUN ont tenté de légitimer cette mission rwandaise dans nos murs, mais lorsqu’on voit tout l’intérêt à elle accordé, c’est plus qu’un simple rattrapage. La mission du Rwanda seule durera une bonne dizaine de jours alors qu’en juillet 2016, les délégations venues du Maroc, du Ghana, entre autres, n’avaient eu que quelques minutes ou heures lors des séances de l’atelier qui n’avait duré que quelque six (06) jours, pour partager les expériences de leur pays. Le HCRRUN ou le pouvoir de Lomé, c’est selon, accorde donc visiblement une place particulière donc au Rwanda. Et c’est ici que ce choix peut choquer.

« N’y a-t-il pas mieux que le Rwanda à choisir, si tant est qu’on veut vraiment faire les réformes constitutionnelles et institutionnelles ? Le bon sens aurait voulu que l’on s’inspire des pays qui font en Afrique des efforts démocratiques, puisque les réformes de l’APG s’inscrivent dans l’enracinement de la démocratie, l’avènement de l’alternance, le relèvement de la gouvernance politique et économique. Et il y en a plein ! Bénin, Ghana, Sénégal, etc. Personne ne trouverait à redire si cette mission attendue venait d’un de ces pays ; elle peut même séjourner un mois ou une année entière…En termes de « réformes et de gouvernance » comme le prétend le HCRRUN, s’enticher du Rwanda est un scandale ». Cette réaction d’un compatriote avisé, acteur de la société civile, n’est que trop légitime, car le choix du Rwanda est assez cocasse.

D’abord par rapport au passif lourd de ce pays. Qui parle du Rwanda doit avoir forcément un regard au génocide des Tutsis qui eut lieu d’avril à juillet 1994, commis dans le cadre d’une guerre civile opposant le gouvernement, constitué de Hutus (voir Hutu Power), au Front patriotique rwandais (FPR), accusé d’être essentiellement tutsi. L’ONU estime à au moins 800 000, en majorité des Tutsis, le nombre de personnes ayant été tuées au cours de ce conflit fratricide qui n’avait duré qu’une centaine de jours. Certains Hutus qui s’étaient montrés compatissants aux Tutsis ont été vus en traites pour la cause hutu et éliminés aussi. Ce fut le génocide le plus rapide et le plus meurtrier de l’histoire. Tout avait commencé avec la promotion d’une ethnie sur les autres, la discrimination, les frustrations, la haine tribale, etc.

 Ensuite sur le terrain des réformes constitutionnelles et institutionnelles même. On peut légitimement s’interroger sur le contenu de ces prétendues réformes qui suscitent tant l’intérêt des gouvernants togolais. S’il y en a eu, elles ne pouvaient qu’être calquées sur les leçons tirées de la guerre civile, du génocide, histoire d’éviter la récidive. C’était un peu le cas de la Côte d’Ivoire, avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles opérées entretemps par Alassane Ouattara qui s’est appuyé sur les sources de la crise politique et la rébellion. Pour le Togo qui n’a jamais connu de guerre civile (Dieu soit loué !), vouloir s’inspirer des réformes d’un pays qui est sorti du plus retentissant génocide de l’Histoire de l’humanité, c’est assez cocasse. Quelle utilité d’ailleurs de ces pseudos réformes qui suscitent tant l’intérêt du HCRRUN et du pouvoir de Lomé en face des derniers actes posés par Paul Kagamé pour s’accrocher au pouvoir ?

Le commun des Togolais ne le savait peut-être pas, le président rwandais, au pouvoir depuis 2003 et qui devrait s’en aller en cette année 2017 marquant la fin de son second et dernier septennat, a rallongé son séjour pendant dixsept (17) ans encore. Cela s’est fait à travers un référendum organisé le 18 décembre 2016 et qui a permis de réformer la Constitution, mieux, de sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel contenu à l’article 101 et ainsi rester au pouvoir jusqu’en 2034 ! Le projet de révision de cet article obstacle, dit-on, serait une initiative de la population (on parle d’une pétition de plus de deux millions de Rwandais pour le légitimer) et a pratiquement été plébiscité (98 % de oui) – on sait ce que représentent les consultations électorales avec les satrapes africains. Concrètement, le texte prévoit de ramener la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans et de limiter à deux le nombre de mandats successifs, mais fait une exception pour Paul Kagame. Le nouvel article (172) permet désormais à ce dernier d’achever son mandat actuel de sept ans et d’en briguer un troisième de même durée, puis deux mandats successifs de cinq ans. Il y a de quoi faire pavlover quelqu’un du côté de Lomé qui nourrit des desseins similaires… Le Rwanda est loin d’être un pays démocratique, il est logeable dans la même catégorie que le Togo ; les deux pays sont dirigés par des régimes « démocraticides », qui ont de l’allergie palpable pour cet idéal. En terme de « réformes et de gouvernance », que peut bien attendre le Togo du Rwanda ? Quelle est au finish la réelle symbolique de l’acoquinement avec ce pays ? Veut-on brandir indirectement le spectre de la guerre civile ? Ou officialiser au Togo la prédominance d’une ethnie sur les autres – elle existe bel et bien déjà, et tout le monde le sait- ? Voilà autant d’inquiétudes légitimes qui triturent les méninges. Ce choix du Rwanda, au demeurant, illustre suffisamment l’obscurantisme et les réelles intentions du pouvoir Faure Gnassingbé par rapport aux réformes de l’APG qu’il fuit depuis une décennie.

Tino Kossi

Liberté N° 2373du 10 Février 2017

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