Le nouveau parti de Faure Gnassingbé, à en croire son sigle, se propose d’unir les Togolais.

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Mériter la confiance

Le nouveau parti de Faure Gnassingbé, à en croire son sigle, se propose d’unir les Togolais. Les promoteurs n’accepteront pas que l’on parle de creuset certes, mais l’intention est sans équivoque. Toutefois, je crois que, et tous les Togolais avec moi, que le nouveau parti devra mériter la confiance.

Du fait du lourd héritage laissé par son prédécesseur RPT, si tant est que le fondement du nouveau parti est le renouveau, il n’est pas facile pour autant de donner aussitôt carte blanche à UNIR. Faure Gnassingbé lui-même, s’il a les moyens d’analyser froidement le parcours de 43 années de vie et de pouvoir du parti de son père, doit avoir le courage de convenir que, dans la tête des citoyens de notre pays, c’est un cauchemar que de parler de parti politique au pouvoir, surtout si, fatalement, le président porte un nom comme le sien. L’intention est simple et innocente : loin de cristalliser des déceptions et des rancœurs autour d’un patronyme, je trouve opportun et important d’attirer l’attention du président d’UNIR sur la vérité selon laquelle seuls des actes et des propos qui tranchent avec le passé cauchemardesque du RPT peuvent autoriser les Togolais à accorder leur confiance au nouveau parti.

Ce serait ainsi une erreur de supposer que le RPT ayant été dissout, les opinions des citoyens changeraient automatiquement de façon à voir UNIR comme le parti du salut. Ce serait également une erreur de considérer les foules qui se mobiliseraient pour écouter le chef de l’Etat, lors de ses tournées, pour en conclure que le terrain est conquis ou que le pari est gagné. J’ai toujours souvenance que, quelques mois avant l’ouverture du pays à la démocratie, des émissaires du parti défunt avaient fait le tour du pays pour demander aux populations si elles voulaient la démocratie. Je me rappelle que, malgré les effusions de fidélité et de conservatisme manifestées au cours de ces foires politiques, ce furent des centaines de milliers de Togolais qui se mobilisaient pour désavouer le système RPT et réclamer des libertés et une nouvelle manière de gouverner.

Il en résulte que, pour mériter et avoir la confiance des Togolais, des hommes et femmes qui ont été réduits à l’hypocrisie politique : ils font semblant d’être avec le pouvoir mais attendent de rentrer dans l’isoloir pour le poignarder sans ménagement ; Faure Gnassingbé et son entourage doivent travailler vraiment et franchement pour apporter la preuve que le RPT s’en est allé avec les mauvaises pratiques, l’arrogance, la suffisance, les violences gratuites, le mépris de l’adversaire politique, la confiscation des biens publics et du pouvoir d’Etat, l’instrumentalisation des forces armées et de l’administration publique, l’inféodation de l’appareil judiciaire, etc. Si ce travail n’est pas fait, si par exemple on ne raie pas du circuit politique les marchands de suffrages électoraux que sont les associations de jeunes « générations spontanées » dont le travail est une violation flagrante de la constitution et du code électoral, les Togolais pourraient dire, sans se tromper, que le RPT a laissé sa place à UNIR, mais rien n’a changé. Même s’il passe une éternité en Europe, le chat ne peut faire autre chose que miauler. Faure Gnassingbé voudrait-il qu’on applique cet adage populaire à son nouveau parti ? A lui de voir.

Carole AKOGOVI

Le Correcteur N°338 du 23 avril 2012

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