Le gouvernement reste logique dans sa fuite en avant

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Fixation de la date des élections au 21 juillet

Le gouvernement reste logique dans sa fuite en avant

 

 Un Conseil des ministres extraordinaire tenu dans la journée de vendredi 07 juin  dernier a permis de « légaliser » les forfaitures jusqu’alors orchestrées par la Commission  électorale nationale indépendante (CENI).  Au cours de ce conseil des ministres, deux décrets importants ont été pris : l’un fixant la date de l’élection législative au 21 Juillet prochain et l’autre fixant le montant de la caution de laquelle les futurs candidats devraient s’acquitter avant de se présenter au scrutin. Dans la foulée, la date limite pour le dépôt des candidatures initialement prévue pour le 10 Juin est repoussée jusqu’au 16 juin 2013. Des décisions qui ne font ni froid ni chaud à l’opposition qui continue de réclamer un dialogue préalable à l’élection législative.

Le gouvernement togolais est sorti de son mutisme vendredi dernier pour fixer à la hussarde la date des élections législatives maintes fois reportée par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). « Nous avons examiné et adopté un premier projet de décret qui fixe la date des élections et convoque le corps électoral. Au terme de ce décret, la date des élections législatives est fixée au dimanche 21 juillet 2013. Par conséquent, le corps électoral est convoqué à cette date. Le deuxième décret adopté, fixe le montant du cautionnement à 100.000 F.CFA pour les hommes. Les femmes n’auront qu’à payer la moitié, soit 50.000 F.CFA », a déclaré Me Yacoubou Hamadou, ministre  du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité Sociale dans le compte rendu du Conseil des ministres. Il a poursuivi en disant que dans  le souci d’apaisement, le gouvernement a également proroger la date de dépôt des candidatures  au 16 Juin  afin de permettre à toutes les formations politiques de pouvoir apprêter leurs dossiers et remplir cette formalité.  Bien beau. Le gouvernement semble se mettre dans la logique du cours normal des choses pendant que son opposition clame haut et fort qu’il y a des préalables qu’il faille satisfaire avant de convoquer le corps électoral. Mais à bien d’égard, cet appel est un guet-apens. L’opposition estime que le gouvernement continue de la provoquer puisqu’elle a posé clairement le problème des élections depuis belles lurettes. En effet, l’opposition soutient que le problème togolais ne réside pas dans  les élections mais plutôt dans la manière dont elles sont préparées. C’est pourquoi, elle met les bouchées doubles pour exiger des conditions de transparence et d’équité à travers un consensus qui selon elle, ne peut être issu que d’un dialogue inclusif.

Du pur dilatoire pour flouer l’opposition

A l’issue du  Conseil des ministres  de vendredi dernier, certains membres du gouvernement ont envahi les médias d’Etat. Leurs maîtres mots, le gouvernement tient beaucoup à l’esprit d’apaisement, c’est pourquoi,  il vient de prolonger la date de dépôts de candidature pour permettre aux  partis de  l’opposition qui estimaient que le délai d’une semaine était trop juste pour se mettre à jour. Ces déclarations ne sont que des paroles sibyllines et des provocations inutiles. En réalité, même le parti au pouvoir, RPT/UNIR n’est pas prêt pour ce dépôt de candidature.  Et pour preuve, le Premier vice-président de l’Union pour la république (UNIR), Georges AÏDAM rencontré quelques heures avant la prolongation de délai de dépôt dans les locaux de la CENI avait déclaré suite à une question d’un journaliste que son parti n’avait pas encore déposé la candidature de ses membres et que cela se ferait sous peu. Vu les tiraillements entre les caciques du pouvoir et les venus d’Europe, les réformateurs qui veulent aussi expérimenter l’aventure de l’hémicycle, ce parti a toutes les peines à dégager ses candidats. Les querelles intestines  et les coups bas n’ont pas encore fini de dire leurs derniers mots. En clair, le parti au pouvoir même n’est pas encore prêt pour déposer les candidatures de ses membres. Le Vice-Président de la CENI, Jean-Claude Homawoo, interrogé hier, a déclaré que  les partis comme l’Union des Forces de Changement dont il est membre et d’autres comme le PDR (Parti démocratique pour le renouveau) et l’Alliance ont retiré les documents relatifs à la candidature mais pour le moment la CENI n’a enregistré aucune candidature. Cela suppose que ceux-là mêmes qui pressent l’opposition ne sont pas prêts avant de la vilipender que c’est elle qui n’a pas la bonne volonté d’aller aux élections.

L’opposition opte pour un dialogue

Le pouvoir RPT/UNIR qui misait sur le boycott du scrutin législatif par l’opposition a été surpris par l’appel lancé par le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la Coalition Arc-en-ciel (qui incarnent l’opposition) à la population pour le recensement. Ces deux regroupements avaient entre temps souhaité qu’après cette étape franchie, le gouvernement devrait ouvrir un véritable dialogue avant de convoquer le corps électoral étant donné que  la situation sociopolitique n’est pas encore favorable à une élection apaisée.

Les différents responsables des formations politiques, que ce soit Jean-Pierre FABRE de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), Dodji APEVON du Comité d’action pour le renouveau (CAR) ou encore Agbéyomé KODJO de l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (OBUTS) et autres ont accordé leur violon pour ne plus boycotter les élections au Togo mais soutiennent que le dialogue est sine qua non.

Ce dialogue préalable, réitèrent-ils, est nécessaire pour assainir le climat politique. Aussi, tablent-ils sur la libération de leurs membres qui continuent de croupir en prison pour la fameuse affaire des incendies.

Pour eux, ce serait anormal que les potentiels candidats soient en prison et  sous  des procédures judiciaires et que le corps électoral soit convoqué.  En un mot et à en croire ces opposants, le dialogue est la solution  aux cycles répétés d’élections-contestations-répressions. Le Togo doit cesser donc de jouer au tango, c’est-à-dire un pas en avant, deux pas en arrière.

Le dialogue comme mission du gouvernement

Dans la lettre de mission du chef de gouvernement Arthème Ahoomey-Zunu, le dialogue permanent avec la classe politique était inscrit noir sur blanc. Mais actuellement, tout se passe comme s’il a mis entre parenthèses cet aspect de sa lettre de mission. A son arrivée aux affaires, il a fait semblant d’ouvrir de pseudos dialogues qui n’ont guère dépassé une journée voire une demi-journée de rencontre.

 Puis, on ne l’entend plus parler de dialogue. Son zélé ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Gilbert BAWARA comme à une pie, jacasse de média en média qu’il n’y a pas dialogue avec l’opposition  avant la tenue des élections législatives.

Et pourtant,  la démocratie repose sur la libre discussion des acteurs politiques. L’histoire récente de 2006  est là pour rafraîchir la mémoire de ceux qui ont oublié. Devant la crispation de la situation sociopolitique  de l’époque, le gouvernement, les partis politiques  de l’opposition et certaines organisations de la société civile se sont retrouvés sous l’égide du médiateur Blaise Compaoré du Burkina Faso pour faire baisser la tension à travers un accord, celui de cette année 2006.

 Aujourd’hui, point n’est besoin de dire que le pays traverse une situation que celle qui prévalait à l’époque. Et pourquoi alors les membres du gouvernement  s’obstinent-ils à réfuter tout dialogue ?

En bon observateur et vu la situation délétère du pays,  un dialogue franc et sincère  est une nécessité tant  avec les acteurs politiques  que les acteurs sociaux notamment les syndicats des travailleurs qui bourdonnent eux-aussi depuis près de six mois.

Le Togo a besoin actuellement d’une situation de paix. Cela passe par l’écoute des décideurs politiques de la population. Un pouvoir qui fait la sourde oreille aux préoccupations de ses protagonistes et qui manque d’égards à son peuple est voué au déclin. Le cas de Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein ou encore Bashar El Assad  sont là pour édifier.

Les tenants du pouvoir actuel au Togo ne devraient pas perdre de vue cette vérité indéniable. On  gouverne un pays, un peuple pour son bonheur. La population togolaise traverse des moments difficiles et ne saurait être maintenue pour longtemps sous le joug des assoiffés de pouvoir.

Le gouvernement doit s’en rendre compte et chercher des voies et moyens pour alléger ses souffrances. L’heure n’est plus aux  querelles politiques. Il va falloir que les acteurs politiques fassent un sursaut d’orgueil pour s’asseoir autour d’une table pour trancher les problèmes qui sapent le développement du pays. C’est de cela que le peuple a besoin et non celui qui est aux affaires.

Le peuple dont les gouvernants prétendent faire le bonheur gémit à cause de la crise  politique. A cela, se greffe  la crise sociale. Un dialogue inclusif s’impose. Et ce ne serait pas une invention  purement togolaise.

Le Tchad depuis  mars 2008 avait  décidé de la création de la Commission Indépendante pour le Dialogue Inclusif (CIDI). Elle s’était donnée pour mandat d’apporter une modeste contribution à la résolution de la crise politique tchadienne en œuvrant au rassemblement des tchadiens pour arriver à un dialogue politique susceptible d’ouvrir les voies vers une paix durable dans ce pays.

Le cas du Mali où les rebelles et membres du gouvernement sont en pourparlers aussi doit interpeller les décideurs politiques togolais, car dit-on, la paix se prépare. Le gouvernement Ahoomey-Zunu doit prendre le taureau par les cornes et prendre des mesures allant dans le sens de l’apaisement total,  sinon l’entêtement risque d’être suicidaire pour tous. Le chaos arrive quand on si attend le moins.

Somme toute, les tensions politiques et sociales qui ont cours dans le pays doivent inciter les décideurs à mettre la balle à terre et ouvrir des dialogues sincères à tous les niveaux où cela est nécessaire. Il en va de l’intérêt des gouvernants, des hommes politiques et de la population en général. Le meilleur roi est celui là qui écoute ses sujets. Alors, que le bon sens prévale.

Jean-Baptiste ATTISSO

L’Indépendant express du 11 juin 2013

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