Le CAR remet contre Jean-Pierre Fabre le coup qu’il a fait à Edem Kodjo en 1993

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Sournoiserie, double jeu, sabotage…Me Yawovi Agboyibo, un obstacle rédhibitoire à l’alternance au Togo

. Le CAR remet contre Jean-Pierre Fabre le coup qu’il a fait à Edem Kodjo en 1993

Et si on l’appelait le Robin des bois du landernau politique togolais ?…En fin de semaine dernière, Me Yawovi Agboyibo a cru devoir briser le silence sur l’actualité politique au Burkina Faso et en faire le lien avec le Togo. Et sur la question de la candidature unique de l’opposition, le très bavard président d’honneur du Comité d’action pour le renouveau (Car) que certains affidés présentent à tort ou à raison comme l’homme qui a amené le flambeau de la démocratie au Togo, a lâché une phrase attentatoire aux efforts de l’opposition pour l’avènement de l’alternance au pouvoir en 2015. Une sortie qui illustre simplement la personnalité de l’homme : roublardise, duplicité, trahison…Flashback sur les actes depuis les années 90, d’un opposant (sic) qui se révèle un obstacle rédhibitoire pour l’alternance au Togo.

Sous le manteau d’un démocrate

C’est un démocrate modèle que les Togolais ont suivi en milieu de semaine dernière sur les ondes de RFI (Radio France International). Comme tous les opposants (sic), leaders d’opinion ou simples citoyens d’Afrique partisans de l’alternance sur le continent, Yawovi Agboyibo n’a eu aucun d’âme à l’endroit du président déchu. « Après tant d’années passées à la tête de l’Etat burkinabè, ce n’était pas sain que le président Blaise [Compaoré] ait cherché à manipuler la Constitution pour pouvoir rester (…) Il faut quand même que la République ait une raison d’être. On ne va pas vivre dans une République comme dans une monarchie ! Et ce qui s’est passé au Burkina Faso s’apparente davantage à une monarchie qu’à une République ! », a-t-il déclaré.

L’interlocuteur du jour n’a pas manqué de faire le parallèle avec le Togo. Pour lui, la chute de Blaise Compaoré est une bonne nouvelle pour le Togo. « Ce n’est pas sans raison que le monde entier s’est réjoui du départ de Blaise ! C’est incontestablement une bonne nouvelle pour tous les Togolais (…) Nécessairement, on peut en tirer des leçons au Togo ! Parce que si on essaie de regarder de près, les causes sont là. Il y a la question de la longévité au pouvoir, mais il y a surtout la question de la manière de gérer les richesses nationales de façon à ce que toutes les couches [sociales] puissent en jouir au même titre (…) Que ce soit au Burkina ou au Togo, la nécessité de limiter le mandat présidentiel s’impose partout! », a-t-il dardé.

Abordant la question de la présidentielle de 2015 et la problématique de la candidature de Faure Gnassingbé, Yawovi Agboyibo a laissé entendre : « Il y a un certain nombre de réformes à opérer avant toute élection et toutes les tendances de l’opposition réclament cette gouvernance. Le pouvoir en est conscient. Il y a un texte qui a été envoyé à l’Assemblée, cela signifie qu’il faut ces réformes. Je ne vois pas comment on peut s’y dérober en étant à la tête d’un Etat qui entend être pris au sérieux (…) Le président Faure sait qu’il y a une nécessité d’être à l’écoute de son peuple et d’être à l’écoute des événements qui se passent partout sur le continent et ailleurs. Cela fait des années qu’on voit des élections sans issue. Moi je suis de ceux qui sont convaincus que ce qui s’est passé au Burkina va changer les données au Togo avant les élections. Et j’ai observé avec intérêt qu’on essaie de dégager du processus d’assainissement de la situation au Burkina Faso, les militaires. Et cela vaut pour tous les pays ! La force ne peut pas être l’instrument dominant de commandement et de construction d’un Etat moderne ! ».

Ce sont en somme des propos de tout opposant normal (sic). Mais le naturel est revenu au galop au sujet de la candidature de Jean-Pierre Fabre. Tout en maintenant le flou sur la sienne propre en se remettant au « destin » – Eyadema a là un disciple -, Yawovi Agboyibo a lâché : « On ne peut pas dans une situation marécageuse chercher à être candidat, chercher à être président. Il faut d’abord assainir le marécage », à la question du journaliste de savoir s’il va apporter son soutien au candidat unique de l’opposition. Petite phrase, mais lourde de sens. En clair, le président d’honneur du Car n’est pas prêt à soutenir ce porte-flambeau choisi par le Combat pour l’alternance politique (CAP 2015). Un sabotage en règle des efforts déployés par l’opposition pour arracher l’alternance confisquée par le pouvoir depuis bientôt un demi-siècle. « C’est en fait l’histoire qui se répète avec Agboyibo. L’homme a toujours été ainsi depuis les années 90 », a réagi un ancien leader de l’opposition qui avait collaboré avec lui lors de la lutte politique de l’époque.

Agboyibo, une histoire de sabotages et de trahisons

Manifestations de rue. C’est par ce moyen que le peuple burkinabé, fatigué de subir sa gouvernance qui ne leur apporte rien, a chassé Blaise Compaoré. L’opposant has been togolais s’en délecte assez bien et pense que la réussite au Burkina Faso peut influer sur le cours des événements au Togo. Mais pour ceux qui se rappellent un peu l’histoire, le Togo aurait pu réussir bien longtemps avant les hommes intègres s’il n’y avait pas des actes de sabotage d’un certain…Yawovi Agboyibo. Un petit saut dans l’histoire.

Mars 1991. Les étudiants, las de la gouvernance d’Eyadema, décidèrent de descendre dans la rue. Après quelques tentatives réprimées, le mouvement prit de l’ampleur et se généralise à toute la population, avec pour revendication ultime la démission du Général-président. Gonflés à bloc, les Togolais étaient prêts à faire tomber le Baobab, fébrile à l’époque. Mais il sera sauvé par Me Yawovi Agboyibo, alors président de la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), très influent dans le combat démocratique, qui prétexta qu’il y aurait un vide juridique au pouvoir et s’y opposa. Usant de son influence, il fit capoter les choses. Le reste est raconté par Claude Ameganvi dans son ouvrage « Pour l’avenir du Togo » qui se veut un diagnostic de l’impasse politique au Togo et une proposition de remède : « (…) L’indignation est à son comble et la crise politique extrême, accule ce régime aux abois dont les manifestants exigent à nouveau le départ. Une grève générale devant paralyser non seulement la capitale, mais tout le pays est alors annoncée pour le lundi 18 mars par les associations qui se sont multipliées de façon spectaculaire. Mais, coup de théâtre, à cette date du lundi 18 mars où devait commencer la grève, survint l’avocat Yawovi Agboyibo, alors président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), une institution officielle mise en place par le régime en 1987. Se présentant comme un  médiateur, il annonce, dans un premier temps, l’ouverture de négociations avec le pouvoir sur les revendications étudiantes, puis plus tard la conclusion d’un accord avec le gouvernement qui aurait accepté de satisfaire les revendications étudiantes. La grève générale est ainsi désamorcée. Parallèlement, se met en place une organisation qui, sous la responsabilité d’Agboyibo et de Joseph Kokou Koffigoh, alors président de la Ligue togolaise des droits de l’Homme et bâtonnier de l’Ordre des avocats, s’attela à prendre la direction d’un mouvement populaire dont le contrôle échappait jusqu’alors aux forces politiques. Ensemble avec d’autres responsables d’associations, ils œuvrèrent à la création du Front des associations pour le renouveau (FAR) au sein de laquelle furent regroupées les différentes associations apparues dans la capitale.  L’entrée en lice, à la tête du mouvement, de ces deux personnalités ayant des liens très forts et de longue date, soit avec le régime, soit avec les cercles dirigeants de l’impérialisme français, ne peut avoir d’autre signification qu’une volonté de sauver ce qui peut l’être. En effet les positions développées par Agboyibo et Koffigoh sont à l’opposé des exigences des masses. Alors que celles-ci, dans la rue, réclament le départ du régime, les responsables du FAR veulent, eux, plutôt un accommodement avec lui ».

Mai 1991, les partis politiques et associations formèrent une coalition, le  COD/FOD, avec pour revendication l’organisation d’une Conférence nationale souveraine. Devant  l’obscurantisme d’Eyadema, il fut décidé d’observer une grève générale illimitée jusqu’à son départ. Mais, comme un tonton gaffeur, Me Yawovi Agboyibo fit tout capoter. Alors que son parti était bien partant, il fit discrètement confectionner un tract pour prendre de court le mouvement. « Pour le faire céder, le COD/FOD dut recourir à une nouvelle épreuve de force : la première grève générale illimitée. Or Eyadema devait s’envoler le 4 juin pour Abuja, la capitale du Nigéria où il allait assister au sommet de l’OUA. Un ultimatum lui fut lancé, le sommant de répondre favorablement à l’organisation de la conférence nationale, faute de quoi une grève générale illimitée serait déclenchée jusqu’à sa démission (…) L’appel à la grève indiquait clairement : « Le Collectif demande à tous les travailleurs (…) et toute la population d’observer une grève générale illimitée sur toute l’étendue du territoire national (…) jusqu’à la démission du chef de l’Etat ». Avant même qu’elle ne commence, le CAR publia un tract affirmant que la grève générale illimitée ne visait qu’à obtenir une conférence, ni plus ni moins ; ce qui fut ressenti par tous comme un coup de poignard dans le dos du mouvement. Exploitant cette division du COD/FOD, Eyadema durcissait le ton à son retour d’Abuja », lit-on dans le livre de Claude Ameganvi, qui rappelle une interview du patron du Car à « Jeune Afrique Economie » qui avait déclaré, à la surprise générale, qu’« aucune organisation membre du Far ne l’a pour l’instant reprise à son compte (…) », faisant allusion à la revendication absolue de départ d’Eyadema.

Candidature unique de l’opposition. Voilà la recette identifiée comme une alternative pour maximiser les chances de l’opposition et arracher l’alternance en 2015. Toutes ses composantes sont partantes pour désigner un porte-flambeau unique, et dans cette dynamique, c’est le Car qui s’est illustré comme le phare, ses responsables ayant déclamé deuis l’ouverture du débat qu’aucune formation politique de l’opposition prise individuellement, ne peut à elle seule gagner le scrutin de 2015, et donc qu’il faut l’union. Et d’ailleurs ce parti avait poussé la Coalition Arc-en-ciel à désigner le 27 juillet 2014 son président, Me Dodji Apevon comme porte-étendard de ce regroupement politique à la candidature unique de l’opposition, avant même l’ouverture du conclave avec le Collectif « Sauvons le Togo » le 1er août. Mais se rendant compte que son pion n’a aucune chance de se voir accorder ce privilège de représenter toute l’opposition, le parti met le pied dans le plat, prétexte les réformes et claque la porte. On l’a dit plusieurs fois, derrière ces manœuvres se trouve le Bélier noir, le roublard devant l’Eternel qui manipule les premiers dirigeants de son parti. Sur la question justement, il nous revient qu’il existe des divergences et deux camps au sein du parti : l’un incarné par l’opposant has been qui militerait pour un boycott du scrutin de 2015 si le candidat unique de l’opposition ne venait pas de ses rangs ; et l’autre dirigé par Me Dodji Apevon qui serait partant, qu’il y ait réformes ou pas. Une réunion aurait été récemment organisée à Tsévié. Est-ce un désaccord sérieux ou juste simulé pour justifier encore des manœuvres?

L’essentiel à souligner est que le Car fragilise l’opposition avec les envies venues d’ailleurs de ses dirigeants et sabote les efforts faits pour arracher l’alternance. C’est en fait l’histoire qui semble se répéter, car des manœuvres pareilles  se sont passées 21 ans plus tôt, sous la maestria de Yawovi Agboyibo, tout feu tout flamme à l’époque. En effet, après les événements de Fréau Jardin et les dialogues politiques (Colmar, Ouaga 1, Ouaga 2 …), le COD II décida de présenter un candidat unique pour battre Eyadema à la présidentielle de 1993. Le leader du Car était à l’époque le plus grand promoteur – du bout des lèvres – de la candidature unique. Les leaders du Collectif de l’opposition démocratique se retrouvèrent à Cotonou afin de désigner ce porte-étendard unique. Edem Kodjo, à l’époque président de l’Union togolaise pour la démocratie (Utd), fut désigné, en présence d’Agboyibo. Mais revenu à Lomé, ce dernier fit volte-face et déclara aussi sa candidature, sabotant ainsi la dynamique unitaire. Il n’était pas seul, Gilchrist Olympio aussi voulait y aller ; mais il sera empêché par le pouvoir qui lui opposa le défaut des formalités. Toutes ces ambitions inaugurées par Yawovi Agboyibo se révélèrent suicidaires pour l’opposition. La manœuvre, selon des leaders politiques de l’époque, visait simplement à présenter Edem Kodjo à l’opinion comme un pion d’Eyadema qui allait simplement l’accompagner pour légitimer sa victoire (sic) ; alors même que c’est lui-même qui avait ce dessein secret. Manquant de soutien, Edem Kodjo dut jeter l’éponge et se retirer de la course.

Entre-temps, Yawovi Agboyibo qui avait remué ciel et terre pour aller au scrutin, y renonça aussi au dernier moment. Ce qui laissa un boulevard à Eyadema qui gagna (sic) le 25 août 1993 avec un score russe : 96,42 % des suffrages. Certains observateurs parlent de stratégie savamment orchestrée. Venance Konan, le journaliste ivoirien le rappelle dans le livre-portrait « Edem Kodjo, un homme, un destin », sur la base des témoignages de l’intéressé lui-même : « L’opposition togolaise se retrouve à Cotonou et désigne Édem Kodjo comme son unique candidat à l’élection présidentielle de 1993. Mais cette candidature ne sied pas à tout le monde au sein de l’opposition. Yawovi Agboyibo, pourtant promoteur de l’idée à Ouagadougou pendant les négociations, déclare que son parti, le Comité d’Action pour le Renouveau, aura son propre candidat. Malgré tout, Édem Kodjo se lance dans la bataille. Il fait venir deux hélicoptères en pièces détachées à bord d’un énorme Iliouchine soviétique affrété, et ils sont montés devant le peuple togolais ébahi. Il fait venir aussi plusieurs véhicules tout terrain pour sa campagne. Il laboure le territoire et il est triomphalement accueilli partout par des foules immenses avides de changement. À Atapkamé notamment, la foule est si dense et si enthousiaste qu’il faut porter le candidat sur les épaules afin qu’il puisse accéder à l’estrade. Mais l’opposition estime que seule une infime partie de cette foule est réellement inscrite sur les listes électorales. Elle demande que l’élection soit repoussée de deux semaines afin de permettre au plus grand nombre possible d’électeurs de s’inscrire. Éyadéma refuse. L’opposition menace de se retirer de la compétition si elle n’obtient pas la rallonge de deux semaines. Les chancelleries occidentales l’abjurent de ne pas commettre cette erreur. Mais pendant que certains demandent le report de l’élection, d’autres vont négocier avec Eyadema pour que la date prévue soit maintenue. Eyadema campe sur ses positions et finalement l’opposition refuse d’aller à l’élection. « C’est une grosse erreur que nous regretterons toujours, dit aujourd’hui Édem Kodjo. Je ne me mets pas en dehors de cette erreur. On ne m’a pas imposé cette décision. Nous l’avons prise ensemble et nous avons commis une erreur. J’aurais dû être moins beau joueur, être un peu plus voyou et dire simplement :”J’y vais tout seul. D’ailleurs j’ai déjà englouti de l’argent dans cette affaire”. J’aurais fait cela, j’aurais pu gagner. C’est ainsi que nous avons perdu l’occasion historique d’écarter Eyadema » ».

Mars 2010. François Boko réunit à Paris l’opposition afin qu’elle choisisse un seul candidat pour l’élection présidentielle. L’ancien ministre de l’Intérieur sous Eyadema tenta de les raisonner à accepter que ce porte-flambeau vienne des rangs du parti le plus populaire. Ce qui ne plut pas à Yawovi Agboyibo qui claqua la porte. De retour à Lomé, il parla d’un guet-apens de Boko. Il fit des déclarations tapageuses et intoxiqua l’opinion, comme quoi Gilchrist Olympio a demandé à Jean-Pierre Fabre de le soutenir, lui Agboyibo pour ce scrutin. L’union scellée autour du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac) fut alors sabotée par ses soins. La fin, tout le monde la connait. Les voix de l’opposition furent dispersées et Faure Gnassingbé s’en sortit, après l’épisode du VSAT. De mauvaise foi, Yawovi Agboyibo dira après le scrutin que lui il est arrivé 3e, mais ne se prononce pas sur les deux premières places. C’est simplement la même manœuvre qu’il pilote aujourd’hui dans le cadre de la dynamique pour la candidature unique de l’opposition. « Agboyibo semble avoir pour mission à chaque fois de saboter la candidature unique de l’opposition et permettre au pouvoir Gnassingbé de s’en sortir à chaque fois. Sacrifiant ainsi le devenir de tout un peuple pour des intérêts. C’est comme il existe un deal éternel, une sorte de CDI (Contrat à durée indéterminée, Ndlr) qui le lie au pouvoir de père et en fils, et il est obligé de mettre à chaque fois le pied dans le plat. Bien qu’il soit souvent des discussions préalables, c’est toujours lui qui fout le bordel (…) Alors que l’opposition a réussi au forceps à désigner ce candidat en la personne de Jean-Pierre Fabre, le voilà qui débarque comme un Robin des Bois ou un cowboy en embuscade et veut remettre tout en cause », peste un concitoyen qui a du mal à appréhender l’homme.

Agboyibo pourtant candidat dans des « situations marécageuses » !

« Vous savez, on ne peut pas dans une situation marécageuse, chercher à être candidat, chercher à être président. Il faut d’abord assainir le marécage… ». Par ces mots, le très volubile président d’honneur du Car faisait allusion aux divergences au sein de l’opposition sur la question de la candidature unique, et pour être exact, aux gesticulations de son Car et de l’Addi. Cette réponse imagée donnée par Yawovi Agboyibo au confrère de RFI sur la question s’il soutiendrait Jean-Pierre Fabre, doit prêter à sourire, vu que l’homme s’est toujours présenté aux scrutins présidentiels au Togo dans des circonstances de désunion. « Le candidat de la discorde », c’est ainsi qu’il est caricaturé. Et le cas de la présidentielle de l’année prochaine est une illustration palpable.

On l’a relevé plusieurs fois, c’est lui qui tire les ficelles au sein du Car et de la Coalition Arc-en-ciel, avec un double dessein : faire désigner le candidat unique dans son parti, ou à défaut d’entente, se positionner  comme l’alternative. Dans le marécage ! Et s’il faut remonter un peu le temps, sa candidature avait été présentée en 2010 et en 2003 dans un contexte de discorde totale, soutenue seulement par son parti. Même s’il n’était pas candidat en 2005, son rôle joué avait été tout sauf clair. L’homme est donc de tous les scrutins présidentiels, même lorsque l’opposition y présente un candidat unique. Et on doit en rire, pour quelqu’un qui dit n’être pas obsédé par le pouvoir : « Vous savez, il y a des passionnés, je dirais même des malades du pouvoir. Moi je suis un passionné de la gouvernance. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que les richesses nationales soient équitablement partagées ? C’est ça ma passion. Donc le problème de savoir si on va être candidat ou pas, c’est le problème du destin. Je n’y consacre pas l’essentiel de mon énergie ». Cela illustre le niveau de sincérité (sic) de l’homme.

« Agboyibo est la négation du sérieux, de l’honnêteté politique », glose une concitoyenne qui a été du combat démocratique dans les années 90. Le peuple assoiffé d’alternance devra identifier ses autres ennemis, à part bien sûr le pouvoir. Ils sont nombreux à se déclarer de l’opposition, mais au service du pouvoir, avec pour agenda secret de saboter les efforts d’union de l’opposition et pour l’avènement de l’alternance. Claude Ameganvi illustre assez bien les différentes sortes d’opposition que l’on a au Togo et qui sont encore d’actualité : « …L’opposition togolaise se distingue en trois principales tendances : la première regroupe ceux dont les responsables et les principaux cadres dirigeants sont issus du régime Rpt auquel d’importants intérêts continuent à les lier. Généralement partisans d’un accommodement avec le régime, ils considèrent les formules de gouvernement d’union nationale avec ce dernier comme un moindre mal. Adhérent à la logique de négociations sous l’égide et la médiation des puissances étrangères,  ils en sont venus à s’opposer à l’idée même du départ du président  Eyadema hors du cadre fixé par le calendrier politique élaboré lors ces négociations (…) La deuxième tendance regroupe les partis et responsables qui, tout en proclamant leur adhésion au processus ouvert par le peuple togolais, ont chevauché une double orientation. Tout en apportant leur soutien à ce mouvement populaire, ils ont également été partisans d’une solution d’union nationale négociée avec le régime du RPT jusque y compris dans ses conséquences gouvernementales en assumant une gestion commune du pouvoir (…) La troisième tendance regroupe les partis qui ont su rester fidèles aux aspirations du peuple. Traités en adversaires politiques tant par  le parti au pouvoir que par les partis d’opposition qui sont prêts à composer avec lui, ils sont généralement dans une situation difficile ».

La sincérité d’Agboyibo vue par Edem Kodjo

A l’issue des législatives de 1994, l’opposition s’en était sortie majoritaire et Eyadéma devait nommer un Premier ministre dans ses rangs. C’est Edem Kodjo qui fut l’heureux élu ; mais ce n’était pas sans avoir subi la fourberie de son partenaire (sic) Yawovi Agboyibo. Le président de la Fondation Pax Africana et émissaire de l’Union Africaine dans la crise burkinabé en a fait le témoignage dans le livre portrait.

« J’avais des doutes sur l’attitude réelle d’Agboyibo à l’égard des ses partenaires de l’UTD, mon parti. Bien que des réunions se soient multipliées entre nos représentants et souvent entre nous-mêmes, des rumeurs me parvenaient avec insistance sur la volonté d’Agboyibo de traiter avec le RPT pour constituer une grande alliance qui rejetterait l’UTD en marge de la donne politique. Pour contraindre Agboyibo à plus de coopération, je fis une déclaration affirmant que l’UTD est l’appoint indispensable pour une majorité parlementaire et qu’à ce titre, elle pouvait être considérée comme “un parti charnière”. Cette déclaration, qui n’était pas comprise parce qu’on ne pouvait pas en mettre les menus détails Sur la place publique, a fait beaucoup de bruit. J’ai convoqué mon bureau politique qui a écrit une lettre au CAR que j’ai signée de ma main, pour lui signifier que nous nous rangions derrière eux. Nous étions d’accord pour qu’Agboyibo soit le Premier ministre. Nous avons rendu cette lettre publique, ainsi nous pensions que les rumeurs allaient s’estomper. Le calme revint. Les réunions entre nos deux partis ont repris et on s’est mis à plancher sur un programme de gouvernement. Mais Agboyibo allait souvent voir Eyadema qui ne le nommait pas. Finalement, Eyadema lui a demandé de proposer trois noms parmi lesquels il allait choisir le Premier ministre, parce que la Constitution prévoit que c’est le chef de l’État qui choisit le premier ministre au sein de la majorité parlementaire. Or, Eyadema – ce que
nous apprîmes plus tard – avait l’intention, depuis longtemps, de me nommer Premier ministre. Selon son expression, c’est au forgeron que l’on demande de forger, et au charpentier que l’on demande de raboter. On ne donne pas le rabot au forgeron et le marteau au charpentier. Il disait qu’Agboyibo ne connaissait rien à l’économie, à l’administration et aux affaires de l’État. Comment le nommer Premier ministre alors qu’il avait à côté quelqu’un qui avait fait tout le parcours probant ? Ministre des Finances, ministre des Affaires étrangères, Secrétaire général de l’OUA. Il ne s’en cachait pas devant ses intimes. Il pensait qu’Agboyibo allait mettre mon nom sur la liste, mais ce dernier a plutôt mis les noms de deux obscurs individus, dont un qui aurait eu des démêlés avec la justice, et lui- même s’est placé en troisième position. Quand Eyadema a vu cela, il a ri. La preuve ultime que j’ai eue, c’est qu’Agboyibo passait me voir tous les jours, avant d’aller voir Eyadema à Lomé 2. Un jour, comme “le bon Dieu est à cheval”, il est venu me dire qu’il avait rencontré Eyadema, mais que ce dernier ne lui avait rien dit à propos de sa nomination et de la situation politique du pays. Mais voilà qu’Eyadema me convoque l’après-midi. Il me parle d’Agboyibo et je lui dis : « Mais vous vous êtes vus ce matin. Il m’a dit que vous ne lui avez rien dit de concret ». Eyadema sourit, contourne son bureau, ouvre un dossier, en sort un papier et me lit douze points dont ils avaient discuté ensemble, Agboyibo et lui-même. C’était un programme commun de gouvernement avec le Rpt. J’étais tellement abasourdi que j’ai dit : « Ce n’est pas vrai ». Il me dit: « Tu vas voir». Il appelle M. Djondo, un de ses anciens ministres qui a été le fondateur et le président du conseil d’administration d’Écobank et qui guidait Agboyibo à sa demande. Il demande à Djondo comment ça allait avec Agboyibo. Djondo lui répond qu’Agboyibo se trouvait justement avec lui. Eyadema demande à lui parler, me regarde fixement puis ouvre le haut-parleur pour que j’entende la conversation. Il lui demande : « Alors, maître, sur quelle base marchons nous ? » ; et l’autre de lui répondre : « Mais, sur la
base que nous avons convenue, c’est-à-dire que vous prenez la présidence de l’Assemblée nationale, je prends la Primature, on fait la jonction et on sort le pays des difficultés ». Et le Président lui demande : « Et Kodjo, qu’est-ce qu’il devient ? ». Agboyibo lui répond : « Mais celui-là, il ne représente rien dans le pays. D’ailleurs il est malade. J’ai été le voir l’autre jour, il est alité. Il est défait complètement. Non, non, il ne compte pas ». Eyadema a raccroché, m’a regardé et m’a dit : « Tu as vu ? ». J’ai dit : «J’ai compris », et j’ai décidé que si Eyadema m’appelait pour être Premier ministre, je n’hésiterais pas une seule seconde parce que toutes les rumeurs qui circulaient avec insistance se confirmaient. Mes yeux commençaient à s’ouvrir; le double jeu de mon partenaire devenait évident ». « Il n’y a personne qui connaisse Agboyibo autant qu’Eyadema. Il disait de lui qu’il n’avait jamais été sincère », avait aussi témoigné l’ancien ministre Katari Foli-Bazi, à l’époque membre du bureau politique du RPT, et aujourd’hui d’Unir.

 

Tino Kossi

Liberté N° 1821 du Lundi 10 Novembre 2014

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