De l’illettrisme à l’absurde des naufragés de la honte

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ls ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices et n’emploient les paroles que pour déguiser leurs pensées », ainsi appréciait VOLTAIRE ceux qui ont l’esprit de travers dans son œuvre Dialogue, le chapon et la Poularde. Ce constat de l’auteur traduit éloquemment ce à quoi nous assistons dans notre pauvre Togo sous les GNASSINGBE depuis quarante années, et l’état de notre pays en  est la preuve, l’œuvre d’un esprit malsain qui préside à l’orientation de notre parcours, de notre devenir.

La gestion de notre pays, de père en fils, est frappée d’un style de sottise spécifique et rare des espèces disparues dans la grande émancipation de l’homme et des peuples, dans un monde ouvert et intégré à la marche universelle. La faiblesse conceptuelle de nos dirigeants nous convaint de ce qu’ils n’ont mieux fait que de se donner la peine de naître, c’est-à-dire qu’ils sont rivés à leurs besoins primaires d’une vie végétative dans l’isoloir de la planète, incapables de s’accommoder à l’évolution, au progrès pour faire le bonheur des peuples. L’esprit juste leur est  interdit. Or « Gouverner, c’est maintenir les balances de la justice » comme le disait Franklin ROOSVELT. Les Togolais observent que nos institutions n’ont pas d’existence que dans l’apparence ; dans la normalité de leurs fonctions, elles servent à réaliser des coups bas dans une instrumentalisation à peine tue qui brise la vie, les droits de la personne et des peuples.

Le paradoxe saisissant des autorités togolaises tient de ce qu’elles ne connaissent pas l’importance des lois, leur respect, leur application mais, dans une singerie veulent intégrer les organisations communautaires, apparaître comme des dirigeants qui méritent la table universelle de la civilité et des droits. Le ridicule est qu’ils se sentent si mal dans ce jeu de propreté et peut-être plus maladroites que Méka dans le Vieux nègre et la médaille de Ferdinand OYONO. Autant on ne peut feindre l’élégance, autant on ne peut feindre l’intelligence et l’éthique.

A suivre les explications étonnamment flasques de l’alchimie oratoire des maîtres du verbalisme du RPT, dans une interprétation vaseuse de la décision de la Cour de Justice de la CEDEAO, nous sommes saisis de ricanement et de pitié. Un gouvernement ne peut pas être le passe-temps naturel des gens qui n’ont rien à y faire. Nous sommes exposés à des handicapés conceptuels, à des faux, à des gens qui mériteraient le suivi des instituts qui corrige le défaut de l’esprit des attardés.

Si la Cour ordonne à l’Etat togolais de réparer la violation des droits des députés et de payer des dommages et intérêts aux victimes de l’arbitraire, comment est-il possible de s’interroger encore sur les modalités de la réparation ? Les deux moments de la condamnation sont si clairs et si distincts, c’est-à-dire, si évidents et d’une élégance intellectuelle que tout recours en interprétation serait d’une inintelligence à l’état pur. La seule erreur de la Cour de justice de la CEDEAO est d’avoir pris ceux qui prétendent diriger le Togo pour des gens  normaux, lettrés et conséquents.

En réalité, le coup que l’ANC (Alliance Nationale pour le Changement) vient de porter à ce régime par le gain spectaculaire du procès est, à proprement parler, en terme sportif, dans le jargon du catch, un marteau-pilon. Et le chagrin de la défaite est un poison de l’esprit de ceux qui bavent d’idiotie à semer la confusion dans l’interprétation de la décision. Nous nous étonnons de la stupeur des démiurges du RPT à la suite de ce verdict. L’UIP (Union Interparlementaire avait entre-temps attiré l’attention des autorités sur le caractère dérisoire de la culpabilité imputée aux députés ANC en proposant aux institutions de vider cette pacotille d’accusation pour que les députés qui n’ont jamais démissionné participent aux travaux de l’Assemblée. Les conséquences de la résistance du pouvoir sont dans les mots de Charles Joseph de LIGNE lorsqu’il écrit dans Mes Ecarts : « Malheur aux gens qui n’ont jamais tort ; ils n’ont jamais raison ».

L’agitation et la diversion du régime peuvent-elles avoir raison d’un jugement implacable et contraignant pour l’Etat du Togo ?

 

1) La ronde des hyènes sur les médias.

La frénésie oratoire qui s’est emparée des membres du RPT et leurs caniches de PVD (Partie en Voie de Disparition) à la suite de la décision de la Cour de justice de la CEDEAO, dans un foisonnement de passage sur les ondes pour dénaturer le contenu, de l’arrêt, travestir la lettre et l’esprit de la décision, renverse le bon sens et interpelle les Togolais sur les motivations réelles de cette effervescence langagière des alliés de la forfaiture et leur champion.

Ceux qui se sentent ébranlés dans leurs sordides manœuvres d’instrumentalisation de nos institutions n’avaient pas mesuré les conséquences de leurs actes en renvoyant sur du fallacieux absolu les députés de l’ANC. La Cour de justice d’ABUJA, dans sa puissance communautaire ordonne la réparation des droits des députés avec, à l’appui, une charge additionnelle des dommages et intérêts. La Cour est dans sa vocation dans ce verdict en ce qu’elle a le devoir de contraindre les Etats de la Communauté à observer le droit, à réguler la justice, à veiller à l’application des textes de loi pour asseoir les bases de confiance qui président aux échanges, à l’investissement et au développement. Aucun développement n’est envisageable dans un pays où la pègre étale son empire et l’Etat, ses tentacules sur les violations des droits des citoyens et des peuples.

La Communauté est une fédération des pouvoirs qui se situe au-dessus de chaque pays membre. Cette transcendance de souveraineté communautaire écrase les particularismes et les écarts des individus. En matière de droits humains, il n’y a pas de restriction ni d’exception. C’est pourquoi le Togo, devant la Cour communautaire est une cible facile parce que ceux qui incarnent sa gestion sont d’une fragilité indicible en ce qu’ils se comportent toujours comme des hors-la- loi. C’est dans leur logique de libertins qu’ils se dressent contre l’évidence, un texte de condamnation qui ne souffre d’aucune ambigüité, à moins de résider dans une hémiplégie cognitive. Peut-être, le fracas de l’échec est-il si énorme qu’il a abruti les roitelets de l’arrogance et leur a fait perdre le résidu de leur latin.

Mais, il y a pour les hommes responsables une subtilité à gérer leur échecs, à digérer l’effet de la déception, à reconnaître leur tort, à en tirer les leçons pour en sortir par les portes de la grandeur. L’agitation et la campagne autour de la décision de la cour pour en vider la substance sont d’un enfantillage rare qui témoigne d’une perception étriquée et malheureuse de la puissance communautaire. Ce qui grandit un homme autant qu’un pouvoir, c’est le sens du devoir. Pour l’exprimer clairement dans son Journal, Jules RENARD écrit : « Si tu veux être sûr de toujours faire ton devoir, fais ce qui t’est désagréable », c’est-à-dire, répond de tes actes. L’ivresse verbale et l’esprit retors d’une explication de texte sur les médias par des compétences inconnues et illustres dans les pourritures terrestres est une faillite éthique, une niaiserie étincelante qui expose les auteurs sans les imposer. Les délégués du désespoir forcent la persuasion avec une arrière-pensée vexante d’un peuple cancre à qui ils veulent organiser un massage psychologique pour un autre coup de force. Ces hommes du pouvoir, LA ROCHE-FOUCAULD les connaît et sait qu’ils ont bu la coupe de la déraison jusqu’à la lie lorsqu’il écrit dans ses Maximes : «On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n’en trouve pas pour redresser un esprit retors ».

Ce qui est encore grave dans ce pays, n’importe qui se fait passer pour un écrivain ou un juriste de renom. Nous avons le devoir de crier que nos vrais écrivains et juristes sont à nos côtés, nous les connaissons et les touchons. Ils ne savent pas se mêler à des situations infamantes, aux petitesses monstrueuses. Ceux qui ont la prétention de s’ériger en écrivain pour nous produire des explications de texte complètement à l’envers, nous voulons leur dire qu’il ne suffit pas d’écrire un  ou deux livres tout à fait inconnus, dans un style approximatif pour une clientèle patriotique , et peut-être bons pour l’autodafé  à cause des graines pourries de l’intelligence qui s’y dégagent, pour s’affubler tous les titres de grands penseurs.

D’un autre côté, la valse d’un juriste précocement talentueux dans la dissimulation à l’intérieur des amphithéâtres et extraverti dans des activités multisectorielles est d’une agaçante provocation de l’intelligence de notre peuple. Nous devons féliciter les Togolais qui, dans la grande majorité n’ont pas succombé à la rhétorique des vieillards qui ont perdu le privilège de l’âge dans des interprétations oiseuses d’une décision de justice. Les détours insalubres de leur esprits n’ont guère fait perdre à nos concitoyens leur discernement parce qu’ils savent la différence entre « bien parler » et « parler bien ». Bien parler, c’est dire sans fioriture le vrai et parler bien, c’est utiliser la fioriture pour dire le faux, en un mot, c’est être sophiste. La minorité qui suit les champions du verbalisme comme par exemple le PVD doit vite se résoudre à la réflexion d’André MALRAUX dans L’Espoir : « Le plus difficile n’est d’être  avec ses mis quand ils ont raison, mais quand ils ont tort ».

2) Vérité, victoire et conséquences

La rage des chiens de garde du pouvoir et leurs caniches sur l’arrêt du tribunal d’ABUJA n’est que l’arrogance au premier degré ; malheureusement, elle inhibe l’intelligence .Il y a des questions simples que nous sommes en droit de nous poser sans ambiguité. Les réponses et leurs conséquences nous indiqueront indubitablement la voie à suivre. Qu’est-ce que la cour reproche à l’État togolais ? Elle a statué sur la violation des droits des députés ANC, ordonne la réparation de ces droits et condamne l’État à payer des dommages et intérêts chiffrés. Quels sont les droits de ces députés ? La jouissance de la souveraineté du peuple et l’exercice de celle-ci dans l’hémicycle. Du fait qu’ils en ont été injustement privés, en quoi doit-elle consister la réparation ? Quand on est privé injustement de l’exercice d’une souveraineté populaire, la réparation du tort, de la violation du droit n’est que le rétablissement de l’exercice de cette souveraineté. En donner une autre interprétation, c’est se prévaloir d’un juridisme, c’est-à-dire d’un abus malsain du droit. Mais, ce que le RPT (Rassemblement des Prédateurs du Togo) oublie, nos intentions malveillantes sont des flèches qui nous reviennent. La preuve en est qu’en choisissant de nuire aux députés ANC, le régime s’est monté un piège dont il est proprement la première victime. Son agitation et sa fébrilité en ces heures sombres de sa gloire invisible montrent que le coup que la Cour lui a porté provoque des brûlures profondes en son sein.

Le prétexte démentiel d’un recours en interprétation de cette décision est le sommet de la sottise qui doit faire ricaner le monde entier et jeter des quolibets à une intelligentsia moribonde d’un vieux parti malade de lui-même. Charles BAUDELAIRE illustre bien la posture du RPT dans Les Fleurs du mal lorsqu’il écrit : « La bêtise est au front du taureau ». La faiblesse de sa puissance, c’est de croire que par la force et l’entêtement, elle peut parvenir à la victoire en toute circonstance. L’élégance intellectuelle, la subtilité du droit, l’observation de l’éthique de la Cour sont tout à fait hors de portée de tout esprit qui se croit redoutable par la force brute. Le RPT, par son recours en explication se vend dans sa foire aux cancres à vil prix aux intellectuels de l’espace CEDEAO. Cette lettre de clarification n’est nullement une habileté qui grandit le régime togolais. Nous sommes tout yeux, tout oreille pour suivre les couleuvres que la Cour fera au pouvoir de Faure. Nous sommes persuadé que le tribunal communautaire donnera des bonus amers à la valeur de pacotille de nos « experts » en droit qui ont peine à tricoter une couronne au prince. Par la lettre de clarification à laquelle semble être assujetti le RPT, nous savons qu’elle ne saurait provoquer un soulèvement géologique qui donnerait autre raison que l’exigence d’un retour des députés à l’Assemblée. L’histoire du RPT est logée dans Histoire de mes pensées d’ALAIN, qui fait dans ce constat malheureux : « La bonne option que j’ai de mes semblables sans exception est corrigée par cette idée qu’ils sont bien capables de faire des imbéciles et longtemps, s’ils en font seulement le stupide pari » Mais dans l’entêtement, l’arrogance et le faux orgueil à suivre le droit, qu’est-ce que la République gagne ? Le Togolais a perdu tout son sérieux. Il est une vraie intelligentsia en Afrique. Nous avons enseigné au Gabon, en Haute-Volta (Burkina), en Côte d’Ivoire, au Niger, au Congo, au Tchad, même au Sénégal… Combien de juristes, d’économistes, d’administrateurs civils, de médecins avons-nous formés pour le Niger, le Burkina, la Côte d’Ivoire, l’Angola, le Congo (les deux), le Cameroun ?… Dans les années 60, le premier noir pilote de ligne dans le monde entier est un Togolais, le sieur AJAVON à la Lufthansa. Le premier noir, titulaire en chair dans une Université européenne est le professeur ATTISSO. Le premier noir connu au pôle nord que les Esquimaux ont touché pour la première fois, c’est un Togolais, Michel KPONMASIÉ…  Nous avions la connaissance, l’ouverture sur le monde et nous étions partout appréciés. La force de notre éducation, l’intelligence de nos actes, l’attachement aux valeurs qui fondent l’homme étaient enviés.

Nous mesurons l’énormité de notre chute et les incongruités de notre régime n’arrangent rien ; elles ne servent guère à nous relever. La cour de la CEDEAO se moque de nos institutions parce qu’elles sont incapables d’observer le droit. Quand elle souligne que notre Conseil constitutionnel est un  couloir de la mort du droit et qu’il méconnaît nos dispositions légales, nous sommes atterrés et la honte nationale se lit sur nos têtes courbées. Le niveau de prédation des valeurs de la République par le régime RPT est si effroyable que l’esprit corrompu qui siège dans les choix de ce parti nous creuse chaque jour le gouffre de l’infamie. Soulignons qu’il y a un autre dossier qui attend l’Etat togolais sur la table du tribunal d’ABUJA : l’Affaire Kpatcha GNASSINGBE.

Pour l’heure, que devons nous retenir de la victoire de l’ANC dans ce procès ? Nous savons aujourd’hui avec certitude dans quel camp sont les populistes et les marchands des niaiseries politiques. Secondo, l’ANC nous apprend que les victimes ne doivent jamais respecter leurs bourreaux. Ce principe de base de la lutte participe de leur libération. Et enfin, l’ANC nous enseigne que la politique est la science de la liberté, de la coexistence et une culture du respect des institutions.

 

Didier Amah DOSSAVI

www.lalternative-togo.com

 

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