Caution du pouvoir bourreau des innocents, le HCDH brille par un silence presque coupable

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Situation inquiétante des détenus dans l’affaire des incendies de marchés

Caution du pouvoir bourreau des innocents, le HCDH brille par un silence presque coupable

  Avec ou après la mort d’Etienne Yakanou, une peur bleue s’est emparée de l’opinion nationale en général, des responsables de l’ANC, du FRAC et surtout des parents des détenus. Quel est le sort de ceux qui sont encore détenus en divers lieux du pays ? Inquiétude d’autant plus grande que le bureau des Nations Unies en charge des questions de droits de l’Homme dans le pays ne semble nullement préoccupé par le sort funeste de ces citoyens visiblement mis au gnouf sans raison valable.

 

Une situation inquiétante

                Malgré la propagande gouvernementale qui tend à insinuer que des soins appropriés ont été faits à M. Yakanou avant que son état de santé ne décline au point d’aboutir à son décès, il est établi aujourd’hui que le gouvernement, à l’entregent des gendarmes qui ne sont pas des agents pénitenciers, est le principal responsable de ce drame. On en est arrivé là parce que, en amont, il y a eu violation flagrante des droits humains, cela se poursuit malheureusement. Selon toute vraisemblance, le décès de M. Yakanou est le point de non retour, la ligne Maginot à ne pas franchir dans le dossier des incendies. On l’a franchi pourtant et en dépit de l’émoi qu’une telle situation doit avoir normalement suscité en tout être humain, le gouvernement et le Procureur de la république restent sourds, bruyamment sourds.

                Peut-être voudraient-ils que tous les détenus meurent comme des mouches et comme Etienne Yakanou afin qu’ils se débarrassent d’un dossier devenu encombrant ? Autrement, ils ne montreraient cette intransigeance insensée face aux plaintes des autres détenus. Il nous revient de sources concordantes que les détenus politiques tels Alphonse Kpogo, l’ancien député Ouro-Akpo et Apollinaire Athiley entre autres se plaignent constamment de leur santé. Alphonse Kpogo et son compagnon d’infortune Ouro-Akpo Tchagnaou ont été déjà victimes de malaises dus à des problèmes cardiovasculaires.

                Tout ce que le gouvernement, agissant à travers le Procureur de la république et les officiers de gendarmerie, a pu faire, c’est de faire emmener les deux malades à l’hôpital pour des soins. Nos sources précisent que, aussitôt ces soins finis, les citoyens arrêtés ont été ramenés manu militari aux mêmes lieux de détention. De quel suivi peuvent-ils bénéficier en de tels lieux si tant est que Etienne Yakanou a trépassé au même endroit ? Y a-t-il une garantie que cette fois-ci les gendarmes affectés à la garde de tout ce monde vont montrer plus de promptitude et de pertinence ? Y a-t-il maintenant le matériel et le personnel adéquats pour parer au plus pressé en cas d’urgence ? Rien n’est moins sûr. Que va-t-il se passer dans les prochains jours ? Nul ne le sait raison de plus pour que les parents s’inquiètent.

Que fait le HCDH ?

                Dans ce contexte de troubles  et d’inquiétudes, dans un climat ambiant de violation de droits humains, les victimes et leur entourage ne voient personne venir à leur secours. Même le Haut commissariat des nations aux droits de l’Homme Bureau Togo se montre laxiste. Quel est alors son rôle ? A quoi sert-il s’il ne peut pas faire diligence pour que les droits des détenus soient prioritairement protégés et respectés ?

                En effet, c’est avec consternation et surprise que l’opinion nationale togolaise et les observateurs constatent l’aphonie et l’impuissance de l’institution dirigée par Ige Olatokunbo. Non seulement le HCDH ne semble pas en mesure d’influer sur l’action du gouvernement en matière de droits de l’Homme mais aussi il ne fait rien pour confondre ceux qui voient en elle une caution tacite du pouvoir de Faure Gnassingbé.

                Du fait de son statut, le HCDH est attendu dans l’opinion nationale pour être le gardien des libertés et des droits humains. Dans l’entendement de beaucoup de Togolais, il doit amener le gouvernement à respecter en temps et en toute occasion les droits de l’Homme. Dans cette affaire d’incendie des marchés, du début de l’enquête à ce jour, les droits des citoyens incriminés sont violés sans pudeur ni retenue. Qu’est-ce que le HCDH  a pu faire pour inverser la tendance. Naturellement, l’institution répondra qu’elle ne croise pas les doigts mais sur le terrain rien ne permet d’y croire.

                Un exemple évocateur selon des analystes : Mohamed Loum, l’un des principaux accusateurs dans le dossier, a créé la sensation en tournant Casaque au mois de mars. Etant revenu sur ses premières déclarations d’accusation, le sulfureux jeune homme a été récupéré et installé à la prison civile de Lomé par Ige Olatokunbo en personne. Raison évidente : garantir un tant soit peu sa sécurité après ce volte-face. Mais alors, sait-on depuis lors si Madame Olatokunbo se préoccupe encore de la situation du jeune homme ? Nos sources indiquent que depuis quelques jours, Mohamed Loum est victime d’un mal qui lui fait uriner un liquide sanguinolent. Signe d’inquiétude sans doute puisque cette métamorphose est le symptôme d’une maladie grave. Le HCDH ne le sait peut-être pas.

                Supposons même qu’il est informé de la situation sanitaire de Mohamed Loum : qu’est-ce qu’il a pu faire dans le bon sens ? Sur la base des informations en notre possession, jusqu’à l’heure où cet article passe sous presse, Mohamed Loum n’a pas eu de nouvelles de sa bienfaitrice d’un jour, Ige Olatokunbo. Pourtant, a-t-on besoin de dire que le pouvoir togolais n’a aucun intérêt à soigner Mohamed Loum, étant donné que, selon les nouvelles déclarations du prévenu, l’accord de base a été trahi par lui ? On comprend nettement que la santé de Mohamed Loum ne peut préoccuper le pouvoir public et que surtout il faut des forces extérieures pour garantir au jeune homme sa sécurité et, de toute urgence, des soins appropriés. Madame Olatokunbo peut-elle retrouver ses bons réflexes de défenseur des droits humains ?

Pour un HCDH pertinent et efficace

                Il n’est pas exclu que le HCDH  TOGO se défende en argumentant que son cahier de charges et le mandat attachés à sa mission ne lui permettent pas de faire ci, de faire ça. Soit, mais beaucoup de Togolais peuvent lui demander ce qui a bien pu changer sensiblement dans le pays depuis qu’il y est installé. Si l’administration de Madame Olatokunbo fait son bilan, elle ne manquera pas de reprendre à son compte tel ou tel fait correspondant à la situation des droits de l’Homme au Togo. Soit. Il demeure indéniable que les attentes sont plus grandes et elles n’ont pas été comblées dans le cadre de l’affaire des incendies des marchés.

                Certains observateurs ne cachent pas leur surprise devant l’immobilisme  du HCDH bien que, en son sein, il y ait M. Hofferman, un personnage dont les origines riment normalement avec rigueur et tolérance zéro vis-à-vis des violations des droits humains. Patron du HCDH pour quelques mois, l’homme serait-il si incapable qu’il a fallu ramener Ige Olatokunbo ?

                Cependant, Madame Olatokunbo et ses collaborateurs peuvent encore faire quelque chose. Ils peuvent parer au plus pressé en réorientant leur politique d’action. Généralement, on peut jouer sur les règles administratives et diplomatiques pour faire faire aux politiques ce qui est convenable au regard de sa mission. Aujourd’hui, il y a une urgence qui fait obligation au HCDH de se secouer afin de sauver des vies humaines. Comment une telle institution peut-elle rester muette face à la situation actuelle où des citoyens sont gardés en des lieux qui ne conviennent pas ?

                Que fait le HCDH lorsque le Procureur dit que les citoyens incarcérés sont déférés dans les prisons alors qu’il n’en est rien ? De toutes les manières, le HCDH a grand besoin de montrer dans le contexte actuel de la pertinence et de l’efficacité. Celles-ci passent par une diligence effective en vue du transfèrement des détenus vers des centres officiels de détention et surtout d’une garantie de leur santé. Il ne sert à rien de laisser survenir les drames pour ensuite demander à apporter de l’aide aux veuves et orphelins. L’argent qu’on va donner à Madame Yakanou ne servira pas vraiment à grand-chose comparé aux efforts qu’on aurait dû faire pour préserver la vie de son mari.

 

Nima Zara

Le Correcteur N° 435 du 22 mai 2013

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