14 avril 2017 : double triste anniversaire pour le peuple 5 ans de RPT avec l’UNIR, 50 ans de « Gnassingbécratie »

FacebookTwitterGoogle+

 

Liberte

14 avril 2017 :

double triste anniversaire pour le peuple 5 ans de RPT avec l’UNIR, 50 ans de « Gnassingbécratie »

 

14 avril 2017. Vendredi Saint, jour de Chemin de Croix pour les fidèles catholiques et les chrétiens de par le monde. A part cela, cette date parait neutre politiquement aux yeux du commun des Togolais. Et pourtant elle est symbolique au pouvoir en place. C’est un double événement qui est célébré à cette date. D’abord le 5e anniversaire de la création de l’Union pour la République (UNIR) sur les cendres du Rassemblement du peuple togolais (RPT), ensuite les 50 ans de la « dictature héréditaire » Gnassingbé. Deux événements célébrés aux dépens du peuple togolais, la plus grande victime.

5 ans de RPT avec UNIR …

« L’année 2018 étant une année électorale, cette année doit être considérée comme une année charnière au cours de laquelle nous devons commencer à nous préparer. Heureusement, elle coïncide avec le 5ème anniversaire de la création de notre parti. C’est avec beaucoup de joie que nous notons que cet événement nous concerne au premier chef, parce que c’est ici à Atakpamé que le parti a été créé. Nous avons demandé aux militants de se mobiliser pour fêter dignement cet anniversaire ». Ce sont là des propos du 1er Vice-président de l’Union pour la République (UNIR), Georges Aïdam, au sujet de cet anniversaire. Il invitait ainsi les militants et sympathisants du parti à célébrer dignement (sic) l’événement. Dans les rangs du parti, on peint un bilan super positif de ses 5 ans d’existence. Majorité remportée aux législatives de juillet 2013 avec soixante-deux (62) députés sur les quatre-vingt-onze (91) que compte l’Assemblée nationale et victoire (sic) à la présidentielle d’avril 2015 de son candidat, Faure Gnassingbé. Mais du côté du peuple togolais, quel bilan peut-on esquisser de ces 5 ans d’existence de l’UNIR ?

A l’origine de la création de l’UNIR, l’envie de Faure Gnassingbé de se débarrasser de l’image du RPT, le parti qui l’a porté au pouvoir et fait donc de lui ce qu’il est aujourd’hui, qui lui faisait désormais honte. Et c’est au pas de course qu’il a tourné la page. Dissous le 14 avril 2012 à Blitta, le RPT verra naitre, presque dans l’intimité, le même jour à Atakpamé, une autre formation sur ses cendres : l’UNIR. D’aucuns diront que c’est juste une démarche cosmétique et qu’en fait, c’est le RPT qui est ne de nouveau. Les déclarations ce jour peignaient une formation qui allait révolutionner la politique au Togo et apporter le bonheur au peuple togolais. Ce sont des vertus appréciables qui étaient chantées du nouveau parti. L’UNIR dit incarner une double vision : réconcilier et réunir les Togolais en transcendant les facteurs d’antagonismes qui les ont divisés et faire du citoyen un acteur de développement, responsable à la fois de sa propre prospérité, mais aussi du bien-être des autres. Concourir à l’expression du suffrage universel ; exercer le pouvoir dans le respect des valeurs de la République ; coopérer dans la paix, l’amitié et la solidarité avec les autres formations politiques poursuivant les mêmes idéaux ; concourir au développement économique etsocial. Tels sont les nobles objectifs que s’est assignés la nouvelle ancienne formation politique. En termes de valeurs défendues, elles seraient : la paix, la sécurité des personnes et des biens ; la promotion de la démocratie et de l’état de droit ; la justice sociale et l’égalité des chances ; la bonne gouvernance ; la solidarité et le bien-être des populations ; la consolidation de l’unité nationale et de la cohésion du peuple togolais ; la dignité de la personne humaine et le respect des droits de l’homme ; la protection de la nature et de l’environnement et l’union autour des idéaux communs de développement.

5 ans après sa création, il est aisé pour les Togolais de faire l’état des lieux. Pointn’est besoin de démontrer que les bonnes vertus déclamées ne se sont point manifestées dans les faits. La démocratie et l’état de droit sont loin d’être des réalités, le suffrage universel n’a aucun sens et le verdict des urnes est dévoyé ; les fraudes, le détournement des votes populaires…se font aujourd’hui à ciel ouvert, et c’est à raison qu’on parle de gangstérisme électoral. La réconciliation projetée, d’où le nom UNIR, reste un rêve de chien ; le parti a plus divisé qu’uni. Respect des droits de l’Homme ? Justice sociale et égalité des chances ? Développement économique et social du Togo ? A chacun d’apprécier. A l’épreuve du terrain, loin des bonnes intentions déclamées, ce sont les mêmes méthodes de gouvernance sous l’ancien parti qui ont toujours droit de cité, et même parfois avec plus de nocivité. Sous l’UNIR, on continue de voler les élections, comme au temps du RPT. Les pillages, détournements des ressources nationales et autres fléaux économiques ont toujours le vent en poupe et sont même banalisés. Les nouveau-venu sont promus et les vieux dignitaires du RPT laissés à la touche. Tout comme le parti défunt, l’UNIR a été imposé aux citoyens et vendu comme le canal de promotion sociale, le militantisme comme un passe-droit, un moyen pour protéger ses affaires, et la nouvelle formation est devenue un repaire d’arrivistes, de businessmen, de faussaires…L’enrichissement illicite est institutionnalisé et banalisé, la minorité accapare les richesses du pays au nez et à la barbe du chef suprême qui ne dit rien ; et contrairement au passé, les nouveaux Crésus du Togo que le nouveau parti a faits en l’espace d’un rien de temps, affichent ostentatoirement leur fortune acquise, sans aucune appréhension. C’est toujours le règne de l’impunité, la promotion des auteurs de crimes divers…A la fin, l’UNIR ressemble « Faure » bien au RPT. Et c’est légitimement que certains parlent de RPT/UNIR pour désigner ce parti.

50 ans de « Gnassingbécratie »

14 avril 2017. Aujourd’hui, cela fait 50 ans jour pour jour que la famille Gnassingbé truste le pouvoir au Togo. Tout a commencé un 14 avril 1967, avec un certain Etienne Eyadema, qui démit Kleber Dadjo du pouvoir fantoche installé par un coup d’Etat et monta personnellement au trône, après avoir assassiné le père de l’indépendance Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963– c’est en tout cas l’intéressé même qui avait brandi le ballon d’or de cet assassinat -, placé Nicolas Grunitzky au pouvoir. C’est le début d’un long règne de la fratrie, mieux, de la dynastie Gnassingbé.

38 ans, c’est le nombre d’années que le père aura égrainé au pouvoir, sans partage, dans un pays qui dit avoir opté pour la démocratie ayant pour principe sacro-saint l’alternance. Un règne fait d’assassinats de leaders et militants politiques, d’autoritarisme, de violations des droits de l’Homme, de confiscation du pouvoir, de braconnage de la démocratie, de refus de l’alternance, de pillage de l’économie, d’enrichissement d’une minorité, de paupérisation des populations…L’avènement du vent démocratique et les événements des années 90, notamment l’insurrection populaire, la conférence nationale souveraine et les décisions qui en étaient issues, le désir d’alternance du peuple togolais auraient pu faire basculer le régime vacillant d’Eyadema. Mais l’homme trouva les ressources nécessaires pour reprendre le contrôle des choses, bien aidé par la traitrise d’une certaine classe de l’opposition. Après la présidentielle de 1993 qu’il remporta (sic) avec ce qu’il savait faire le mieux avec les élections, la fraude, il réussit à retourner en sa faveur la victoire de l’opposition et du peuple aux législatives de 1994 – Yawovi Agboyibo et Edem Kodjo en savent beaucoup. A la présidentielle de 1998, Eyadema qui était battu à plate couture dans les urnes par Gilchrist Olympio, se fit proclamer vainqueur, bien aidé par une certaine Awa Nana-Daboya, à l’époque à la tête de la Commission électorale qui, sous le coup des pressions, démissionna stratégiquement pour laisser le pouvoir prendre le contrôle et opérer le hold-up. Clopin-clopant, Eyadema vint au bout de son second mandat postavènement démocratique ; mais non repus, il mit le bistouri dans la Constitution le 30 décembre 2002, sauta le verrou de la limitation du mandat présidentiel, se représenta à sa propre succession en 2003, remporta la victoire – hum-, garda le pouvoir avant que le destin ne décide autrement le 5 février 2005.

Son fils Faure fut imposé au pouvoir ce 5 février-là par les dignitaires de l’armée. En une nuit, il était fait député, président de l’Assemblée nationale, puis président par intérim du Togo, et il lui était donné l’opportunité de terminer le mandat de son papa. Mais le tollé général suscité par ce scandale lui fit rebrousser chemin. Il reviendra néanmoins au pouvoir en avril 2005 à la faveur de l’élection présidentielle, en marchant sur les crânes et dans une mare de sang d’un bon millier de Togolais. Commença la seconde phase du règne Gnassingbé. L’Accord politique global (APG) scellé à la suite de pourparlers et qui était une sorte de paix des braves assortie d’engagements, n’a été qu’un saupoudrage. Faure Gnassingbé fermera les yeux sur les réformes qu’il a promis opérer et régneracomme son père avec lequel il a un trait bien commun : la boulimie du pouvoir. Après ses deux mandats effectués suite à des « victoires » aux élections présidentielles de 2005 et 2010, il prétexta la non limitation du mandat présidentiel par la Constitution et brigua un 3e mandat en avril 2015, dans les conditions que tout le monde sait.

Que ce soit le père ou le fils, la gouvernance est restée la même. Les deux ont fondé leur pouvoir sur l’armée, l’état de droit n’a jamais été une réalité, de même que la démocratie et l’alternance. Ils refusent la décentralisation qui est l’autre forme de démocratie à la base. La bonne gouvernance politique et économique est restée un vœu pieux, le bien-être des populations le cadet de leur souci. Le pillage des ressources publiques, l’enrichissement illicite et tous les maux économiques ont droit de cité, la promotion de l’impunité est leur marque de fabrique. Voici 50 ans que cela dure. Durant le demi-siècle de régence des Gnassingbé, presque tous les pays au monde ont connu l’alternance au pouvoir, sauf la Corée du Nord et le Togo. Mais la « Gnassingbécratie » est loin d’être à son terme. Faure Gnassingbé manœuvre avec les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’APG qui attendent depuis 11 ans, pour se donner les moyens de prolonger son bail sur le pouvoir. Cela passe par sa Commission d’intellectuels qui est en train de lui tailler un projet de septennat pour migrer vers une 5e République et une remise des compteurs à zéro en 2020. Malheureusement en face, il n’y a aucun répondant, la dynastie a affaire à un peuple super candide et gentil, drôlement indifférent à son sort…

Tino Kossi

Liberté  N° 2419 du vendredi 14 Avril 2017

Autres articles pouvant également vous intéresser: